ROME DANS LA TRAGÉDIE D'HORACE
bien fixée, offrant d'ailleurs un cinquième acte qui affaiblit le pathétique au lieu de le faire croître ou, tout au moins, de le soutenir, Horace semble bien être, comme œuvre dramatique, inférieur, dans l'ensemble, à des pièces telles qtie le Cid ou Polyeucte. On peut y critiquer encore quelques scènes languissantes au troisième acte, et une certaine monotonie dans le personnage de Sabine. — Si, malgré ces défauts, Horace reste un chef-d'œuvre, c'est qu'il a presque assez de mérites pour les faire oublier : une progression savante dans le développement des trois premiers actes, et, à travers toute la pièce, des situations fortes et dramatiques, des émotions vives et profondes, une succession de scènes admirablement conduites et souvent sublimes, un mélange heureux de sentiments tendres et énergiques, une réunion de caractères groupésavec art, un rôle entier, celui du vieil Horace, merveilleux d'un bout à l'autre de naturel et de grandeur, — une peinture imposante du patriotisme romain, avec la forte impression des destinées de Rome au fond de la pièce : c'en est assez, malgré tout, pour faire d'Horace un drame saisissant. Du reste, pour la pure beauté d'un grand nombre de vers, pour la mâle fermeté du style, Horace ne le cède à aucune autre parmi les pièces de Corneille. Le Cid, Polyeucte, peuvent offrir, surtout au point de vue du théâtre, un ensemble plus parfait : ils n'offrent rien qui dépasse, comme mouvement dramatique et. comme poésie, comme sentiment et comme expression, la beauté de certaines scènes d'Horace.