‹ Corneille: études sur le théâtre classiqueChapitre 48 sur 134 · HORACE ET LES RÈGLES · texte numérisé non relu

HORACE ET LES RÈGLES

Le sujet d'Horace se pliait, plus aisément que celui du Cid, aux unités de temps et de lieu.

Il n'offrait aucune difficulté pour ce qui concerne l'unité de temps. Il a suffi à Corneille de prendre pour le jour de Faction, dans sa pièce, celui où les deux armées sont en présence pour une bataille décisive : la tragédie peut, dès lors, s'achever dans la même journée sans aucune invraisemblance.

L^unité de lieu est observée d'une manière rigoureuse, et non plus avec la latitude que Corneille s'était donnée dans le Cid, Ce n'est plus seulement l'unité d'une même ville, mais celle d'une même salle dans la maison des Horaces. Et tout peut se passer d'une manière assez vraisemblable dans ce lieu unique, — jusqu'au cinquième acte. Mais Corneille reconnaît lui-même (1) que si le roi Tulle « fait l'office de juge dans le logis même d'Horace », c'est uniquement par suite de « la contrainte qu'imposait la règle de l'unité de lieu. » Cette seule cause, à défaut d'autres, suffisait pour amener Corneille à rapetisser, comme il l'a fait, la scène du jugement d'Horace, si imposante dans Tite-Live ; car, en admettant que le roi Tulle n'est venu dans la maison d'Horace que pour féliciter le père, et qu'il n'y devient que par hasard, — sur l'intervention de Valère, — le juge du meurtrier de Camille, Corneille rendait moins sensible l'oubli des formes régulières pour ce prQcès improvisé.

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