PAULINE
. Au début de la pièce, nous trouvons mêlés dans le cœur de Pauline le reste de son ancien amour pour Sévère et l'affec- •tion qu'elle a donnée, par devoir, à Polyeucte £> ; mais, de ces deux sentiments, le second grandit peu à peu et finit par régner .seul, à l'exclusion de l'autre.
Un je ne sais quel charme encor vers vous m'emporte (II, 2),
dit-elle à Sévère au second acte, et elle ne se sent sûre d'elle- ■même quîà la condition de ne plus le revoir. Au cinquième acte, nous l'entendons parler à Polyeucte le langage de la passion la plus entière et la plus émue :
; Ne désespère pas une âme qui t'adore (V, 3),
lui dit-elle, et quand, après avoir assisté à la mort du martyr, elle se retrouve en présence de Sévère, elle n'a plus un mot pour lui ; elle semble ne plus le connaître, elle est chrétienne, elle aussi : Polyeucte a gagné dans son cœur toute la place qu'y occupait d'abord Sévère.
(1) Et c'est là que bientôt, voyant Dieu face à [ace.., (V, 2.)
(2) Je donnai par devoir à son affection
Tout ce que l'autre avait par inclination. (I, 3.)
; s ii-
Parmi les raisons de cette évolution, H fautmettr -mier lieu Vidée du devoir, à laquelle obéit Pauline, devoir qu'elle a commencé à aimer Polyeuclé, c'est encore qui contribuera à chasser de son cœur l'a Sévère. Panline est une âme droite, ferme, énergl sait gouverner son cœur et faire régner chez elle 1. sur la passion (1). Or la situation où elle est placée la tension de cette volonté, en exigeant de sa part grands efforts. Les événements viennent la tenter : blent solliciter sa passion : Pauline se raidira d'au contre elle, et la comprimera si bien qu'elle f l'étouffer.
Elle s'est attachée, par devoir, à Polyeucte, mais < à Sévère, qu'elle croit mort, un souvenir attendri il de sou âme pourrait longtemps encore demeurer te crise qui vient le troubler. Le premier moment crise, c'est le retour inattendu de Sévère : l'ancienn se réveille toute vive, il faut à Pauline un violent el
"la dompter (3), mais elle prend une résolutiou ■ Sévère ne doit plus la revoir. Tout danger est passé t-il- Non : le péril, la tentation reparait presque
■Polyeucte va renverser les idoles, la mort doit être ment de son crime, et Sévère est toujours là. Dès lor faire Pauline ï Entre Polyeucte qui la délaisse, qu dans une secte impie, sans paraître se soucier d'elle, cher une mort ignominieuse |4), et Sévère qui est
-cause d'elle, couvert de gloire et toujours plein d'à
•neva-t-elte pas céder à l'inclination qui la poussa
i (i) Mi raison, il es! vrai, dompte mes senllmenla... (II, 1.)
. (ï) Eicme le» soupirs
Qu'arrache encore un nom Irop cher > mes désira. [I, 3.) (1) £1 quoique la dehors soit sans émotion... ele. (It,î.| , (i) Li mort tu plu* iafdme, Us l'appellent martyre. {III, 3.)
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dernier ? — Après tout, elle pourrait maintenant s'y croire autorisée. Selon les lois de l'empire, selon l'opinion des païens, . Polyeucte a mérité la mort : elle n'a qu'à le laisser à son sort, et elle sera libre de retourner à Sévère. En repoussant une première fois l'homme autrefois aimé, elle a fait son devoir, tout son devoir : mais voici que de lui-même le mari semble ne demander qu'à disparaître : une femme ordinaire accueillerait sans scrupule une pareille occasion. Pauline la rejette. \ S'y abandonner, ce serait laisser chez elle quelque empire à / la passion : sa gloire le lui défend, sinon le devoir proprement ) dit : sa gloire, c'est-à-dire une certaine manière scrupuleuse, / délicate, «raffinée, d'entendre le devoir ; sa gloire, c'est-à-dire 1 ce désir, commun à tant d'héroïnes cornéliennes, de se montrer inaccessible aux faiblesses ordinaires, de déployer avec orgueil l'énergie d'une forte et hautaine volonté. Pauline refoulera donc tout sentiment qui pouvait lui faire envisager avec un secret plaisir la disparition prochaine de Polyeucte, et, pour mieux écarter toute pensée de ce genre, elle agira dans un sens tout contraire. Loin d'accueillir l'occasion qu semble la tenter, elle va chercher à la supprimer. Au lieu de se dire : laissons Polyeucte mourir, puisqu'il le veut, — elle s'efforcera de l'arracher à la mort malgré lui, pour se donner le plaisir de mortifier sa passion, pour être bien sûre de lui refuser tout espoir et tout aliment.
L'épreuve n'est pas finie. Elle comporte un degré de plus. Polyeucte lui-même semble vouloir dissiper tous les scrupules de Pauline : il va mourir, mais afin que sa femme ne se croie pas obligée de lui rester fidèle même après la mort, il l'unit, lui-même, avec celui qu'elle aimait. — Il semble que rien ne puisse empêcher Pauline d'accepter. Rien, en effet, au point de vue du devoir. Mais accepter, c'est encore, pour Pauline, céder — ou paraître céder à ce qui est, à ce qui a été du moins, une faiblesse de son cœur ; c'est y céder si elle dure encore, c'est en favoriser le retour, si elle est près de disparaître. Pauline repousse donc énergiquement l'idée d'épouser jamais Sévère après la mort de Polyeucte : elle demande, au contraire,
à Sévère d'user de son influence pour obtenir la i tien, — et même quand Sévère aura montré par d'avoir causé, désiré seulement la mort de son r au contraire efforcé de le sanver, il est entendu qu jamais renoncer à l'espoir de voir Pauline lui rev