I III
Ainsi Pauline est sans cesse préoccupée de d< refouler, d'étouffer ce qui lui reste de son ancien Plus les événements semblent la rapprocher de S elle s'écarte de lui pour s'attacher, au contraire, i
Seulement, à mesure que la volonté, ainsi résiste aux occasions où la passion pouvait ti compte, elle a de moins en moins de peine à L'amour pour Sévère, toujours refoulé, finit par s'eff; Pauline repousse l'espèce de testament par lequel la laisse à Sévère, l'idée de sa gloire, si raffinée n'est plus seule à l'inspirer. L'action de la volonté : s'exercer en faveur de Polyeucte, amène l'amour L'amour, ainsi créé par un effort soutenu de la vo quelque chose de bien cornélien. Et ce résultat, si qu'il puisse paraître, s'explique sans trop d'invrai
Pauline, d'abord, subit le contre-coup de ses * sauver Polyeucte. En se donnant pour tâche Polyeucte a la mort, elle fait de lui l'unique préoc( sa pensée.' Elle s'attache de plus en plus à l'œu poursuit, et, dans cette lutte contre l'inflexibilitt contre l'obstination de Polyeucte, elle finit par se entière et sans réserve, non plus seulement ave* mais encore avec son cœur. De là, l'accent de p ému de ses prières à Félix et des paroles qu'elle martyr. Et, tandis que Polyeucte devient ainsi U de sa pensée, Sévère l'occupe de moins en moi
Toccupe encore, c'est surtout comme un moyen à mettre en œuvre pour sauver Polyeucte. -
Pauline, d'ailleurs, se laisse d'autant plus prendre à l'ardeur de cette lutte qu'elle trouve Polyeucte lui-même plus rebelle à ses. efforts. Il y a chez elle, inconsciente peut-être, mais réelle, une coquetterie féminine qu'irrite la résistance de Polyeucte On peut dire cela sans craindre de rabaisser Pauline, qui n'a pas besoin, pour être intéressante et admirable, d'être la perfection même. Du reste, Corneille prête volontiers à ses personnages de femmes un haut sentiment de leur valeur : ses héroïnes, qu'elles s'appellent Pauline ou Emilie, Rodogune ou Viriate (i), savent ce qu'elles valent et ne se font pas faute de le dire, ou tout au moins de le faire sentir : cette vanité fait partie de leur fierté et de leur grandeur. Pauline trouve étrange que Polyeucte fasse d'elle si peu de cas: quoi! elle est là, et il veut mourir ! — Emilie disait en parlant de
Et qu'il choisisse après de la mort ou de moi !
et Pauline s'écrie en s'adressant à Polyeucte :
Tu préfères la mort à l'amour de Pauline ! (IV, 3.)
Elle montre naïvement sa surprise ; il l'aimait, pourtant, naguère, ce Polyeucte : qu'est donc devenu son amour ? Elle pensait qu'elle n'aurait même pas besoin de le lui rappeler (2), — et voici que, non content de la quitter, et de la quitter avec joie (3), il la cède à Sévère, à son rival. Pauline met d'autant plus d'ardeur à essayer de reconquérir Polyeucte, qu'elle le voit s'éloigner d'elle davantage : mais à force de chercher ainsi à reconquérir Polyeucte toujours rebelle, elle finit par être conquise elle-même,
(1) Dans Sertorius.
(2) Je croyais que l'amour t'en parierait assez... (IV, 3.) - (3) Tu me quittes, ingrat, et le fais avec joie..^(lV, 3.)
SÉVÈRE 25r
L'attitude de Polyeucte étonne Pauline, et l'étonnemeht est le premier degré de l'admiration. Pauline en vient, en effet, à admirer Polyeucte, et l'admiration la conduit à l'amour. Elle est séduite par l'héroïsme de ce chrétien qui a cherché la û °^ r ^ lc mort, et qui s'obstine à la vouloir. Sévère est noble et généreux, ** sans doute, mais elle est pour ainsi dire de plain-pied avec ^ '< ce genre de grandeur ; celle de Polyeucte a pour elle l'attrait de quelque chose dejn^sjérieux et d'inexpliqué. Quand Sévère reparaissait au début de la pièce, elle pouvait le croire encore au-dessus de Polyeucte : mais celui-ci lui révèle une grandeur supérieure et inattendue : elle se tourne vers lui. N'est-il pas naturel que, chez une femme comme * Pauline, l'amour et l'admiration ne puissent pas être séparés ?
Elle finit donc par aimer Polyeucte :
Je te suivrai partout, et mourrai si tu meurs,
lui dit-elle quand elle le voit marcher, plein d'extase, à la mort, à la gloire. Elle le suit jusqu'au bout, en effet : elle ne meurt pas, mais elle se fait chrétienne. Le sang du martyr accomplit en elle l'action de la grâce. Cette conversion est le terme naturel de son rôle. En se détachant peu à peu de Sévère pour se rapprocher de Polyeucte, elle se préparait à devenir chrétienne comme lui ; car, Polyeucte mort, elle ne ^ peut plus le rejoindre que dans l'au-delà de la mort, c'est-à- r ' dire dans l'unité de la même foi et des mêmes espérances^/