L'IDEE CHRETIENNE DANS LA PIECE
C'est donc bien, avec Pol y eue te, l'idée chrétienne qui la tragédie. Elle nous apparaît dès la première scè pièce, elle forme le nœud de l'action, — puisque ce qc Polyeucteau temple, c'est la grâce, c'est la vertu enco puissante du baptême, — elle triomphe, enfin, au ment. A côté de Polyeucte et de Néarque, qui l'es directement, les autres personnages se groupent p< dire autour d'elle.
Stratonice parle des chrétiens avec haine, avec avec une sorte d'effroi H), mais elle n'est qu'un pei subalterne, de condition vulgaire comme ses sentime représente les préjugés de la foule, hostile aux cl Et pourtant elle ne peut s'empêcher de rendre jus patience qu'ils montrent dans les persécutions (2|.
Félix ne les voit qu'en personnage officiel. Il ne saîi chose, c'est qu'ils sont des criminels d'Etat et qu'il es! par l'empereur de les poursuivre. Il n'a pas plus t contre eux qu'il n'a de dévouement à la cause de se Les dieux, il en parle assez souvent, mais au fond il soucie guère. Les injures qu'on leur fait le toucherai
(41 I, 3. Leur secte est Insensée, impie al sacrilège...
III, !. C «M l'ennemi commun da l'État et des dieux... (8j I, S. Quelque sévérité que sur eux ou déploie... etc.
si elles ne s'adressaient en même temps à une autre divinité autrement redoutable pour lui, celle de l'empereur. L'égoïste Félix est trop occupé de lui-même pour avoir une opinion sur les chrétiens : il ne représente contre eux que la rigueur des lois.
Sévère, plus encore que Félix, étant plus près que lui de l'empereur, aurait qualité pour représenter contre les chrétiens les principes suprêmes de l'Empire. Mais sa grande àme l'empêche d'étouffer sa conscience sous des maximes de politique officielle. Or ses sentiments personnels sont favorables aux chrétiens. Il les a regardés de près : il a trouvé leur dogme raisonnable, leur morale pure, leur conduite innocente ; il ne les a jamais vus rebelles ni disposés à l'être (1). Corneille a mis dans sa bouche une véritable apologie du
christianisme. Cette apologie, l'occasion se présentait bien de la faire faire par Polyeucte lui-même. Rotrou nous montre ainsi, dans son Saint Genest, le comédien converti entreprenant une démonstration en règle du christianisme devant sa camarade Marcelle qui l'attaque. Corneille a procédé autrement. Son Polyeucte se borne à des professions de foi rapides et enthousiastes (2). Il désire la conversion de Pauline et de Félix, mais c'est de la grâce, et non de la raison, qu'il l'attend. Il est chargé de glorifier l'idée chrétienne par son martyre, non de la démontrer par de froids raisonnements. En fait d'arguments, quelques mots de Sévère produisent plus d'effet que n'en aurait produit toute une longue tirade de Polyeucte : car on y sent simplement le langage d'une raison impartiale et d'un cœur généreux, et non pas le zèle trop fervent d'un néophyte ou d'un apôtre. Le rôle de Polyeucte représente le domaine de la grâce, le rôle de Sévère celui de la raison : or la raison seule ne peut rien si la' grâce ne vient achever son œuvre : aussi Sévère a-t-ii beau reconnaître
(1) Cf. IV, 6.
(2) IU,i. Le Dieu de Polyeucte et celui de Néarque... etc.
IV, 3. Et ce n est pas un Dieu comme vos dieux frivoles... etc.
V, 3. Je n'adore qu'un Dieu, maître de l'univers... etc.
LE SUJET CHRKTIBK
que la raison est du côlé du christianisme, il sort » sans être chrétien, parce que la grâce n'est pas toucher. Hais son hommage au christianisme si venant d'un païen, ou plutôt d'un philosophe, que plus de poids au point de vue de la raison seu
Lagrâce, qui manque ainsi à Sévère, est accordée Celle-ci partageait pourtant dans une certaine r préjugés populaires contre les chrétiens (I): elle a tout en protestant à cause de Polyeucte seul, les ii Stratonice accumulait contre eux (2) ; mais elle généreuse pour ne pas admirer déjà leur abnégalio héroïsme dans les souffrances (3). Avant d'être coi foi nouvelle, elle lui rendait hommage. Et sa conve point, comme celle de Félix, un miracle inattend préparée par tout son rble antérieur.
Ainsi les trois personnages que la pièce, à d inégaux, propose à notre admiration, concourent i manières & glorifier l'idée chrétienne: Sévère pari de sa raison, Pauline par sa conversion finale, par son rôle entier. Polyeucte, qui les domine chrétien ; Pauline a • trop de vertus [4| » pour devenir, et Sévère en a assez pour comprendre et r la beauté de la religion du Christ.