LE SUJET CHRÉTIEN
L'inspiration chrétienne pénètre donc la piè< C'est, en effet, une légende sacrée, une histoire de r a servi de point de départ à Corneille. Mais il n'i impossible que le sujet primitif s'effaçât un peu d inventions propres du poète, que l'élément prof
Ml I, 3. Mils je crains doi chrétiens les complots et les charme: lS]ltl,2. Il est ce que tu dis, rtl ombras» leur toi... etc.
par Corneille prit, sans peut-être que Fauteur en eût bien conscience, le pas sur Pélément religieux, qu'enfin Corneille se trouvât avoir construit, sur un sujet sacré, une pièce profane. Il n'en a pas été ainsi La tragédie qui avait pour point de départ la légende de Polyeucte est bien restée une tragédie chrétienne.
Le sujet était bien choisi pour permettre au poète de conserver ainsi à l'élément religieux la place prédominante, — et cela en raison même de l'attitude provocante avec laquelle se présentait le martyr. Cette attitude a été blâmée au point de vue chrétien. Des personnes autorisées, au xvit® siècle, condamnaient l'attitude de Polyeucte allant briser les idoles. On disait que « plusieurs évêques et plusieurs synodes avaient expressément défendu ces attentats contre l'ordre et contre les lois, et qu'on refusait même la communion aux chrétiens qui, par des témérités pareilles , avaient exposé l'Eglise entière aux persécutions (1). »
En principe, ce n'est pas à Corneille que va le reproche, puisque Corneille ne faitque suivre le récit de Surius 2). Mais le poète, après tout, est devenu responsable du sujet adopté, choisi par lui. Les annales des persécutions lui offraient bien d'autres légendes de martyrs : a-t-il été bien inspiré en portant au théâtre celle qu'il a prise dans Surius ?
D'abord Corneille, par l'agencement même de sa pièce, a atténué ce qu'avait d'excessif la violence toute gratuite et arbitraire du martyr de la légende. Son Polyeucte se borne à profiter d'une situation qu'il n'a point créée. — Un sacrifice doit être célébré par Sévère. Polyeucte est invilé à y assister. Il ne peut pas accepter : Néarque, le chrétien raisonnable, le lui rappellerait, s'il l'oubliait:
Quoi ! vous mêler aux vœux d'une troupe infidèle? Oubliez-vous déjà que vous êtes chrétien ?
(i) Voltaire, Commentaire, H, 6. — Voir, du reslc, la façon dont Tillemont parle de la légende de Polyeucte dans son Histoire ecclésiastique.
(2) « .... Surius, ou plutôt Mosander. qui l'a augmenté dans les dernières impressions.... » (Corneille, Abrégé du martyr de saint Polyeucte.)