‹ Corneille: études sur le théâtre classiqueChapitre 79 sur 134 · LE ROLE DE SÉVÈRE AO POINT DE VUE DE L'ENSEMBLE DE LA PIÈCE · texte numérisé non relu

LE ROLE DE SÉVÈRE AO POINT DE VUE DE L'ENSEMBLE DE LA PIÈCE

Corneille, si bien inspiré dans le choix de son sujet, l'a-t-il été autant dans les inventions qu'il y a ajoutées de son propre fonds?— Il résume lui-même ainsi (1) ce que lui fournissait le récit de Surius: « Polyeucte était Arménien, ami de Néarque, et gendre de Félix, qui avait la commission de l'empereur pour faire exécuter ses édits contre les chrétiens. Cet ami Payant résolu à se faire chrétien, il déchira ces édits qu'on publiait, arracha les idoles des mains de ceux qui les portaient sur les autels pour les adorer, les brisa contre terre, résista aux larmes de sa femme Pauline, que Félix employa auprès de lui pour le ramener à leur culte, et perdit la vie par l'ordre de son beau-père, sans autre baptême que celui de son sang. » D'autre part, Corneille énumère ainsi (2) ses propres inventions : « le songe de Pauline, l'amour de Sévère, le baptême effectif de Polyeucte, le sacrifice pour la victoire de l'empereur, la dignité de Félix, que je fais gouverneur d'Arménie, la mort de Néarque, la conversion de Félix et de Pauline. »

Ces différentes inventions n'ont pas toutes la même portée.

(1) Dans son Examen.

(i) Abrégé du martyre de saint Polyeucte.

Le songe de Pauline n'est qu'une affaire de structure dramatique : il sert à motiver, à ordonner, à embellir l'exposition. La qualité de gouverneur d Arménie a été attribuée à Félix « pour donner plus de dignité à l'action (lj » ; de même, le sacrifice public a été imaginé pour « rendre plus illustre l'occasion (2) » où Polyeucte se déclare chrétien. Ces inventions ne concernent que la forme dramatique ou le cadre extérieur de la pièce.

Il en est d'autres qui touchent d'une manière plus intime au fond même de la tragédie, mais dont on reconnaît sans peine l'utilité immédiate pour la mise en œuvre du sujet chrétien. Le baptême de Polyeucte exprime l'idée chrétienne d'une manière plus précise, en nous faisant voir, dans l'enthousiasme qui anime subitement Polyeucte, l'effet du sacrement encore récent. La mort de Néarque est une épreuve pour la constance du héros principal. Enfin la double conversion de Pauline et de Félix, tout en rendant le dénouement plus net et plus complet, sert à dégager une autre idée chrétienne : l'effet du martyre, après l'effet du sacrement. Toutes ces inventions ont un lien étroit avec l'idée première de la tragédie, avec l'idée chrétienne.

Il n'en est pas ainsi de l'amour de Sévère. C'est là un élément profane qui tient dans la pièce une place importante à côté du sujet chrétien, mais sans rapport direct avec lui. Quelle est donc la raison de cette invention ?

Corneille l'appelle « un embellissement de théâtre (3) ».Il y a eu recours, sans doute, pour étendre, orner et varier son sujet. Il ne trouvait peut-être pas, en s'en tenant rigoureusement au récit de Surius, la matière suffisante pour remplir cinq actes de tragédie: il fallait quelque ressort nouveau pour permettre au drame de se prolonger sans monotonie. -^ Du reste, le grand Corneille a toujours eu un goût pour les sujets un peu complexes. — Enfin l'introduction d un amour profane

(l-2i Expressions de Corneille dans son Examen. (3) Abrégé du martyre de saint Polyeucte.

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