I.K THÉATBB CLASSIQUE. — COBK BILLE
rare. Est-ce le devoir qui commande à Polyeucte d'aller briser les idoles, ou, ensuite, de céder Pauline à Sévère? Ces deux derniers parlent assez souvent de leur devoir, mais c'est un devoir qu'ils entendent d'une manière particulière, comme Emilie, dans Cinna, entend le sien. Où est le devoir qui oblige Pauline à disputer, malgré lui, Polyeucte à la mort? où est celui qui oblige Sévère à intervenir pour obtenir la grâce du chrétien ? — En réalité il s'agit surtout de leur gloire, il s'agit de montrer de quels efforts de volonté ils sont capables, il s'agit de s'élever au-dessus des vertus ordinaires et communes.
C'est là une idée qu'expriment volontiers les personnages de Corneille. C'est celle qu'exprime le jeune Horace quand il se félicite d'avoir à combattre, pour Rome, contre les Curiaces ses parents :
Combattre un ennemi pour le salut de tous, Et contre un inconnu s'exposer seul aux coups, D'une simple vertu c'est l'effet ordinaire :
Mille déjà l'ont fait, mille pourraient le faire.
Mais vouloir au public immoler ce qu'on aime... etc. Une telle vertu n'appartenait qu'à nous.
C'est à peu près dans les mêmes termes que Pauline invite Sévère à intercéder pour Polyeucte:
Je sais que c'est beaucoup que ce que je demande : Mais plu* Veffort est yrand, plus la gloire en est grande. Conserver un rival dont vous êtes jaloux, C'est un trait de vertu qui n'appartient qu'à vous... (IV, 5.)
Et de même, quand Fabian fait remarquer à Sévère le péril auquel il s'expose en entreprenant de sauver un chrétien, Sévère répond fièrement:
Cet avis serait bon pour quelque âme commune*», etc.