LE DÉVELOPPEMENT DE L'ACTION : LA RÉALISATION
DES PLANS D'AESINOÉ.
Pour mettre en œuvre ces desseins, une première condition est nécessaire : il faut attirer Nicomède à la cour et le séparer ainsi de l'armée victorieuse qu'il commande. Le provoquer par une démarche offensive de Flaminius tandis qu'il est à la tête de ses troupes, ce serait un jeu trop dangereux : Arsinoé est trop prudente pour s'y risquer. Rappeler ouvertement Nicomède serait tout aussi maladroit. Il faut donc, en ceci encore, employer un moyen détourné pour arriver au but.
Nicomède connaît bien la haine d' Arsinoé contre lui, et, depuis quelque temps, il peut facilement, sans deviner l'intention finale de la reine, soupçonner quelque chose de ses desseins secrets : il sait qu' Arsinoé s'était entendue avec Flaminius pour lui livrer Annibal et obtenir par lui le retour de son fils (i); il sait qu'Attale depuis son retour fait la cour à Laodice (2), il se dit que Flaminius doit avoir une raison (3) pour prolonger son séjour à la cour de Prusias, et que cette raison ne peut être qu'un projet d'obtenir de Prusias, pour Attale, la main de Laodice (4).
Nicomède se doute de tout cela, et Arsinoé sait bien qu'il doit s'en douter. Elle a donc envoyé, à l'armée de Nicomède, deux de ses affidés, Métrobate et Zenon, qui ont pour mission de se déclarer, devant le prince, subornés par elle pour l'assassiner (5). Elle se dit que Nicomède s'empressera de
(1) Cf. I, 4. Je sais que les Romains, qui l'avaient en otage... etc. (2) Cf. 1,1. Je lésais, ma princesse, et qu'il vous fait la cour...
(3) Cf. I, 1. Lui mort, ce long séjour prétend quelque autre ebose ..
(4) Cf. I, 4. ... Et je ne vois que vous qui le puisse arrêter...
(5) Cf. I, 5. ... Métrobate Ta fait, par des terreurs paniques,... etc..,
llTa, grâces aux dieux, doucement amené...
l'action revenir, enchanté d'avoir une occasion de signaler les perfides agissements de sa marâtre.
Nicomède tombe en effet dans le piège : il < armée, emmenant avec lui les deux prétendus assa les produire, au besoin, devant Prusias (1).
Mais, s'il les fait parler, dira-t-on, que répondra convaincue ainsi d'avoir voulu faire assassinerNicc Arsinoé n'est point assez nafve pour laisser ses pro se retourner contre elle. Elle a tout prévu. Loin redouter que Nicomède se plaigne d'elle au roi parler Métrobate et Zenon, c'est justement là i attend et ce qu'elle désire (2) : elle n'aura mém justifier ; ses affldés se déclareront subornés par pour déposer contre elle, le roi alors s'attendr faveur et se montrera d'autant plus excité par la perfidie de Nicomède. Ainsi le moyen employé ps à double effet : quand il aura servi à faire revenir à la cour, il servira encore à le perdre dans l'esprii
Il y a même un autre effet immédiat qu'Ars encore en attendre. Prusias s'offensera de voir revenu sans son ordre, et ce retour qu'Arsinoé pour séparer Nicomède de son armée sera ut motif qui indisposera le roi contre son fils (3).
Tout est donc combiné avec le plus savant mach Arsinoé porte pour ainsi dire dans sa tête le déve entier de la pièce où elle figure : elle est l'âme d elle a prévu, elle a en quelque sorte réglé d'avai des passions et des caractères mis en présence : l'exécution de ses desseins que nous allons voir s tour à tour la fierté de Nicomède, le généreux c ' Laodice, la faiblesse de Prusias, la politique de F
il sachet que h reine...
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c'est elle qui, en irritant Nicomède, en le mettant aux prises avec l'ambassadeur et avec le roi, va donner lieu, en particulier, à la révélation complète de cette nature héroïque; action et développement des caractères, tout est préparé par Arsinoé pour servir ses projets.
Et c'est Arsinoé qui est arrivée à réunir à la cour de Prusias, pour les besoins de ses plans, tous les personnages que Corneille a voulu rassembler dans sa pièce : l'ambassadeur Flaminius, qu'elle y a retenu pour rompre le mariage de Laodice avec Nicomède, — Attale qu'elle y a fait revenir par l'intermédiaire de Flaminius, — Nicomède, enfin, qu'elle vient d'y attirer par une ruse. On peut dire, à ce point de vue, que le drame entier qui va se jouer est en quelque sorte l'œuvre d' Arsinoé.
Le retour de Nicomède, annoncé au début de la pièce, est donc un premier pas de l'action, puisque, loin d'être un hasard, il a été provoqué par Arsinoé elle-même. Arsinoé n'attendait que l'arrivée du prince pour faire jouer les fils de son intrigue. Nicomède est là : la pièce peut commencer.
L'ambassadeur romain fait officiellement la démarche décisive qui, inspirée par Arsinoé et conforme aux instructions du Sénat, doit irriter Laodice et Nicomède : en présence de Nicomède, il demande à Prusias, au nom de Rome, de faire épouser Laodice au prince Attale (i). Nicomède s'irrite en effet, et ses paroles hautaines (2), comme l'avait prévu Arsinoé, ne peuvent qu'offenser la susceptibilité de Prusias (3).
Nicomède résiste : on se passera de son consentement ; on tâchera seulement d'obtenir celui de Laodice (4), Mais on trouve chez celle-ci la même résistance jque chez Nicomède :
(2) II, 3 ... Une seconde fois avisez, s'il vous piait... etc.
(3) Cf. II, 4. Cet orgueilleux esprit, enflé de ses succès...
(4) Cf. II, 4.
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les ordres, les raisonnements, les menaces de Prusias et de Flaminius n'ont sur elle aucun effet (1).
Cependant Nicomède, se voyant provoqué par Arsînoé (car il a bien reconnu que le coup venait d'elle] (2), a recours à son grand moyen : il fait entendre au roi Métrobate et Zenon (3). C'est justement, nous l'avons vu, ce qu'attendait Arsinoé. Mis en présence du roi, ses affidés ont changé leurs dires. Ils se sont déclarés chargés par Nicomède d'impuler faus la reine, pour la perdre, une tentative d'assassin Arsinoé en profite pour attendrir Prusias par les 11 son innocence calomniée (5). Le roi s'indigne a fils (6) : au fond, néanmoins, surtout après les fières du prince accusé, il ne le croit pas capable de la pe: l'on met sur son compte (7); mais, puisque Rome e s'accordent pour vouloir assurer un trône au prince met Nicomède en demeure de choisir entre Laodice ritage paternel. Nicomède répond qu'il préfère r< ses droits d'héritier légitime, mais qu'il se réserv revendiquer plus tard, une fois Prusias mort, contr qui l'aura supplanté : cela revient à dire qu'il enter meut ne renoncer à rien, car il aura ainsi, suivant 1 mêmes de l'alternative posée par le roi, Laodice et I pour le présent, et il conservera, en dépit de son Bithynie en espérance pour l'avenir (8;. Irrité de ■ vade, Prusias, devant l'ambassadeur romain qui déclare qu'il reconnaît désormais Atlale pour soi héritier et que Nicomède, arrêté sur son ordre
|3)Cf. III,*. Mais enfin on pi'j force, et lout un crime Maie... el
<*-Cf. III, 7, 8; IV, 1, t,