‹ Corneille: études sur le théâtre classiqueChapitre 93 sur 134 · LA CONFIDENTE D'ARSINOÉ · texte numérisé non relu

LA CONFIDENTE D'ARSINOÉ

Tous les plans qu'elle a combinés, Arsinoé nous les révèle, à la fin du l e r acte, dans une scène avec sa confidente Cléone (2).

Voltaire critique vivement ces confidences d'Arsinoé : «.. Une reine politique, dit-il (3), ne doit faire part de ses projets qu'à ceux qui les doivent servir. » Il est certain qu'Arsinoé n'a aucune raison pour « ouvrir son cœur (4) » à Cléone ni à aucun autre ; mais le spectateur a besoin d'être instruit de ses projets. Sans ces explications préliminaires d'Arsinoé, l'action paraîtrait aller à l'aventure: on n'en apercevrait ni le sens ni le vrai sujet; elle ne se déroulerait pas avec assez de clarté. Les confidences d'Arsinoé nous font, au contraire, saisir, dès le début, la logique qui doit présider au développement de la pièce : et, comme l'action de Nicomède est, dans son ensemble, une création d'Arsinoé, Arsinoé seule peut nous indiquer le but vers lequel elle la dirige.

Arsinoé devait donc — et elle pouvait seule — mettre le spectateur dans la confidence de ses secrets desseins. Un monologue lui aurait permis de le faire sans associer à cette

(4) Cf. I, 5. Il n'est fourbe ni crime

Qu'un trône acquis par là ne rende légitime.

(3) Comm., I, 5.

(4) Cf. I, 5. « Voilà mon cœur ouvert, et tout ce qu'il prétend, » dit Arsinoé.

confidence aucun des personnages de la pièce : mai comme Arsinoé, développant longuement et froid un monologue, toute une série de combinaison c'eût été absolument invraisemblable. Il ne restait! possible, qu'une conversation avec un des acteurs

D'autre part, Arsinoé est trop prudente pour ei ses intrigues à des personnages qui comptent rëe le drame. A Prusias, à son fils Attale, elle n'ei presque rien; à Flamiuius elle n'en fait part mesure où l'ambassadeur doit y concourir ({). E dire à Cléone, parce que Cléone ne compte pas: rôle de confidente, Cléone gardera scrupuleusem de sa reine (St). C'est un personnage abstrait el s'efface aussitôt après avoir servi [3).

Il ne faut donc voir, dans les confidences d'Arsii ni la naïve imprudence d'une reine qui livrerai tout le secret de ses desseins, ni la vaine coqu intrigante qui prendrait plaisir à étaler tous les de sa diplomatie: cette coquetterie marne, succès, — serait encore une maladresse. Il faut plementun moyen d'exposition auquel le poète éta les conditions mêmes dans lesquelles il avait coi

On peut, maintenant, accorder à Voltaire q manière d'instruire le spectateur » n'est point < délicat (*) ; mais on voit qu'elle était à peu p possible. Corneille, d'ailleurs, a su placer cette scèn le plus favorable pour nous la faire aisément ac au début de la pièce, elle n'eût été que froide e

(3) Cléooe ne reparaîtra ptus qu'au V- urlu (V, *), pour apport (1) Voltaire Ht même qu'elle est tant art el tant iatéllt. (Corn

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mais, au moment où Ton sait que Faction va s'engager par suite du retour de Nicomède, où Nicomède nous a déjà intéressés par son amour, par son ironie et par sa fierté, où Ton a vu aux prises Arsinoé et le prince échangeant des paroles aigres-douces, pleines de sous-entendus hostiles, — on écoute avec curiosité ces révélations d'Arsinoé qui complètent ou rectifient ce que nous savions déjà, par Nicomède et Laodice, du péril dont les deux amants sont menacés.

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