PRUSIAS
L'étude même du rôle d'Arsinoé nous a déjà amenés à indiquer les principaux traits de celui de Prusias.
Prusias est une àme faible : aimant Arsinoé, il se laisse gouverner par elle, et le juste sentiment qu'il a de la puissance romaine se traduit chez lui par une crainte servile à l'égard de Rome. Arsinoé, qui le connaît, s'arrange de manière à le conduire à la fois par la faiblesse qu'il a pour elle et par la peur qu'il a des Romains.
Prusias, d'ailleurs, est jaloux des apparences de son pouvoir. Arsinoé et Flaminius, avec leur diplomatie, ménagent assez bien cette susceptibilité. L'une procède par insinuations, l'autre par conseils ; et Prusias se sent parfaitement à son aise dans ses relations avec l'ambassadeur romain : persuadé que l'appui du Sénat lui permet seul de régner, il se regarde comme un vassal naturel de Rome, et il ne recule devant aucune complaisance pour la puissance dont la sienne dérive. Mais, comme s'il avait vaguement conscience de son humiliation, il tient, devant les autres, à montrer qu'il est le roi, sans se dire que les autres ne pourront guère respecter en lui une royauté ainsi avilie par lui-même.
Tous ces sentiments, les plus forts de l'àme de Prusias, se trouvant en conflit avec l'affectign paternelle, •— très réelle
puisque Arsiooé même craiot de la choquer, — t serve pour le ûls de sa première femme, — finiront lement par l'emporter.
Il voit en Nicomède une cause de soucis pour Arsi aime. Il voudrait lui trouver pour elle plus de défé s'irrite de l'entendre menacer la reine (i), celle-ci soin d'ailleurs de dissimuler ses intrigues et de ue pi voir que les provocations viennent d'elle. Il voit pleurer à cause des prétendues calomnies de Nia pousser cependant la générosité jusqu'à demander d'un prince qui l'offense ; et il crie à Nicomède d'uni l'attendrissement se mêle à la colère : « Ingrat, que dire (8) T »
Nicomède lui apparaît aussi comme un disciple d qui ne cache pas assez son hostilité contre les Itoma est trop capable de le compromettre dans ses relati le Sénat.
o Ah '. ne me brouillez point avec la République (3), » lui crie-t-il, quand il l'entend attaquer ouvertemen l'ambassadeur romain, l'alliance romaine. D'ailleur langage de Nicomède au sujet de Rome ;4| a le te reprocher d'une manière plus ou moins détournée la son abaissement.
Enfin Nicomède lui apparaît comme un héritier r pour son propre pouvoir. Les victoires du prince lu ombrage. Il se sent humilié de devoir trois royaumes auquel il n'en aurait laissé qu'une). II se sent, aussi, t lui aux yeux de ses sujets (6). La popularité de Nicon quiète (7). Et, travaillé par sa peur, comme par les insinuations d'Arsinoé, il s'imagine parfois Nicomè
r, que peui voira in
(i) II, 3.
(SI II, I. (6) Cf. Il, 1.
tient de régner à son tour (1), capable d'en hâter le moment par quelque violence (2), par une sédition (3), peut-être par un parricide (4). Il se rend bien compte que, par ses propres complaisances pour Arsinoé et pour les Romains, il a donné plus d'un motif au mécontentement du prince, et ce sentiment même augmente ses défiances.
Aussi la moindre irrégularité dans la conduite de Nicomède prend-elle à ses yeux les proportions d'un crime. Nicomède est revenu de l'armée sans son ordre (5) : c'est un attentat contre son autorité, c'est la rébellion ouverte d'un sujet qui se croit trop grand pour obéir. Et, dans ses défiances, dans sa peur, dans son orgueil blessé, Prusias trouve l'énergie de tenir à Nicomède un langage vraiment royal :
Mais gardez- vous aussi d'oublier votre faute, Et comme elle fait brèche au pouvoir souverain, Pour la bien réparer, retournez dès demain.
Remettez en éclat la puissance absolue, Attendez-la de moi comme je l'ai reçue, Inviolable, entière, et n'autorisez pas De plus méchants que vous à la mettre plus bas. Le peuple qui vous voit, la cour qui vous contemple, Vous désobéiraient sur votre propre exemple : Donnez-leur-en un autre, et montrez à leurs yeux Que nos premiers sujets obéissent le mieux. (II, 2.)
Du reste, cette fermeté de langage, il la trouve plus d'une fois, dans sa faiblesse même, quand il s'agit de parier à Nicomède ou à Laodice (6;. La résistance qu'il rencontre de leur part
(4) II, 1. ... Qu'un père garde trop un bien qui leur est dû...
(2) II, 1. Car je dois craindre enfin que sa haute vertu... etc.
(3) II, 1. Sûr de ceux-ci, sans doute, il vient soulever l'autre...
(4) II, 1. Qui se lasse d'un roi peut se lasser d'un pèro ;
Mille exemples sanglants nous peuvent l'enseigner... etc.
(5) II, 1, z.
(6) Cf. III, 1 ; — IV, 3.