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On peut juger de l'effet que doit produire sur Prusias tremblant l'étalage de toule cette puissance dont Nicomède prétend disposer. Plus loin, quand Prusias le met en a™-»™ •*choisir entre Laodice et ses quatre royaumes, Nico; d'abord, dans sa constante attention à réserver c les droits de l'indépendance royale, la réponse plus flère et la plus adroite :
A ce frère si cher transportez loua met droit». Et laissez Laodice eu liberté du choix. (IV, 3.)
Ainsi, avec le consentement apparent de Nicon aurait, comme le désire Arsinoé, l'héritage de P Nicomède se serait assuré pour le présent Laodi restant décidé à revendiquer ses droits sur la jour où la succession serait effectivement ouvert! firait de dissimuler cette arrière-pensée pour dé, les intrigues d'Arsinoé. Mais dissimuler, se réser à ta faveur d'une équivoque, ce serait indigne d surtout quand Prusias, le voyant choisir Laodice le droit de l'accuser d'une lâche faiblesse pour 11 et, froidement, Nicomède explique son sous-ente renonçant pour le moment à la Bithynie, il ne réalité à rien, puisque la Bithynie n'a jamais dû qu'après la mort de Prusias et qu'il compte bien r moment-là, en possession de son légitime héi justement cette insolente annulation, par avant les décisions que Prusias pourra prendre, qui pn part du roi l'ordre d'arrêter son fils pour le li otage aux Romains.
Ainsi Nicomède se perd lui-même, comme l'a Arsinoé, par ses fières bravades. Séparé, par
de la reine et par sa propre imprudence, de l'armée qui faisait sa force, trop audacieusement confiant dans son prestige et dans son droit, il est venu se livrer lui-même à ses ennemis; et, sans le secours inattendu de cet Attale qu'il a tant méprisé, le fougueux élève d' Annibal voguerait , forcément paisible, vers Rome, sur la galère de Flaminius.
Et pourtant Pironie de ce dénouement, même définitif, ne l'abaisserait pas. Vaincu, Nicomède conserve toute sa grandeur. Sa volonté n'a point cédé; sa fierté peut demeurer entière. Il Pavait dit lui-même à Prusias : « vous pouvez me dépouiller pour Attale , mais obtenir mon consentement, jamais (i). » — Il est vaincu, parce qu'il aurait cru lâche d'abandonner une partie de ses droits pour jouir tranquillement du reste. Il a su nous offrir en lui, intact jusqu'au bout, l'idéal qu'il se fait de la dignité d'un roi, — et il reste grand, même dans, la défaite, parce que sa grandeur après tout n'est fondée ni sur son armée, ni sur ses victoires, mais sur l'énergie indomptable de sa force morale.
Et puis il aura pris d'avance, sur ses ennemis, une sorte de revanche, par son ironie. L'ironie est, chez Nicomède, la marque propre de son caractère; c'est un tour d'esprit qui, en précisant sa physionomie, la rend très vivante et lui donne un singulier relief.
Nicomède a pour la raillerie un goût naturel. Il le montre dès le début de la pièce : quand, se trouvant avec Laodice, il voit arriver Attale,
« Il ne m'a jamais vu », dit-il à Laodice, « ne me découvrez pas (2).»
Que veut-il donc ? Profiter de l'ignorance d' Attale pour surprendre ses confidences à Laodice? Il se doute bien d'avance de ce qu'Attale vient dire, et d'ailleurs une ruse de ce genre serait peu digne de son caractère. Ce qu'il veut,
(1) II, 3. Vous pouvez l'en guérir, Seigneur, et prorapteraent;
Mais n'exigez d'un Gis aucun consentement...
(2) I, 4, fin.
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c'est tout simplement se donner le plaisir de mystifier son rival. Il ne se gênera pas pour le railler encore plus tard, lorsqu'il sera connu de lui ; mais, en attendant, il trouve une occasion de l'intriguer et de s'amuser de ses colères : il en profite.
Il y a bien des nuances dans l'ironie de Nicomède. Il est toujours prêt à employer la raillerie, il sait du reste la manier avec bonheur, mais il n'y recourt pas hors de propos. Avec Laodice, naturellement, il abandonne tout à fait le ton ironique: il y a entre ces deux personnages une entente trop complète, fondée surJ'amour et sur l'estime mutuelle, pour qu'il puisse y avoir autre chose qu'une simplicité respectueuse dans les paroles qu'ils s'adressent L'ironie est une arme que Nicomède réserve pour ceux qui sont avec lui en état d'hostilité.
Il ne s'en sert qu'avec modération contre Prusias. — Prusias est son père, et il est roi : roi avili, sans doute, mais ce n'est pas à Nicomède à l'avilir davantage ; Nicomède voudrait au contraire le redresser devant Rome, et il sait bien que ce n'est pas avec de l'ironie que Ton peut donner du cœur à un homme qui craint. Lorsqu'il est invité par Prusias à répondre à la demande faite par Flaminius en faveur d'Attale (1), il commence par parler sérieusement, négligeant la proposition particulière de l'ambassadeur pour protester, en principe, contre l'insolente intervention de Rome ; mais, lorsque Prusias l'oblige, par son insistance, à prendre la question par le petit côté, et à dire nettement s'il faut donner, oui ou non, à Attale le royaume demandé pour lui (2), — Nicomède, comme s'il voulait éviter de prendre encore de grands mots, du moment qu'il ne s'agit plus que de la défense directe d'un intérêt personnel trop apparent, donne à sa réponse la forme de l'ironie:
Eh bien ! s'il est besoin de répondre autre chose, Attale doit régaer, Rome Fa résolu,
(2) Parlez, et nettement, sur ce qu'il me propose. (II, 3.)
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Et puisqu'elle a partout un pouvoir absolu,
C'est aux rois d'obéir alors qu'elle commande. (II, 3.)
De même, au quatrième acte, quand Prusias lui annonce son intention de faire quelque chose pour contenter Rome et Arsinoé, il commence par le rappeler, sur un ton grave et sérieux, à son rôle de roi (1) : mais, comme Prusias s'obstine dans son idée, et veut l'obliger à consentir en faveur d'Attaleau sacrifice dune partie de ses droits, Nicomède reprend le ton de l'ironie, et toute la suite de ses réponses n'est qu'un e insolente moquerie à l'adresse de Prusias. — Ainsi, quand il s'agit de donner à Prusias des leçons de dignité royale, Nicomède les lui donne, avec une certaine hauteur sans doute, mais sans ironie (2) : son langage, alors, est sérieux et grand comme l'idée même qu'il soutient. Le ton de la raillerie apparaît, quand, irrité par l'obstination de Prusias, forcé de se prononcer lui-même sur des propositions où son intérêt propre est directement en jeu, il comprend l'inutilité de faire appel plus longtemps, chez un roi comme Prusias, aux grandes idées d'honneur et de souveraineté royale. L'indignation près d'éclater, mais soutenue par l'orgueil d'une âme toujours maîtresse d'elle-même et dédaigneuse des vaines colères, se traduit alors, chez Nicomède, par l'ironie.
Cette ironie, à l'adresse de Flaminius et d'Attale, va souvent jusqu'au sarcasme et jusqu'à l'insulte. On peut trouver que c'est aller un peu loin à l'égard d'un ambassadeur et d'un frère. Mais il faut tenir compte des dispositions d'esprit de Nicomède. Corneille n'a point compromis, en lui prêtant de gratuites et grossières insolences, la sympathie que devait inspirer son héros. Nicomède ne raille et n'insulte que parce qu'il est injustement provoqué. Dans la personne de son frère, il voit un rival qu'on lui oppose, un rival soutenu de toutes
(1) .... Et que doîs-je être ? — Roi, etc. (IV, 3.)
(2) II, 3. Seigneur, c'est à vous seul de faire Attalo roi.
IV, 3. Seigneur, Toalez-vous bien vous en fiera moi?... etc.
les intrigues d'Arsinoé et de toute l'influen rival, il ne peut pas l'estimer, parce qu'il n l'enfant gâté d'Arsinoé, le docile élève de Ron sur le trône ses habitudes de soumission el Rien ne l'avertit qu'Attale n'est pas au courai d'Arsinoé, dont il doit en tout cas profiter ; ments d'Anale (O.dès lors, il ne sera teni hypocrisie ; et avec tout ce qu'il doit penser sonnage, on conçoit qu'il ne ressente contre h santé irritation. — Envers Flaminius, de mt ont des excuses. Flamiuius est à ses yeux l'ambassadeur inviolable de Rome: il est l'hoi sentiment de basse vengeance, a réduit An «ausecoursdu poison|2) »:si Nicoroèdenep* sion de lui rappeler Trasimène, c'est parce ( souvenir de la défaite paternelle est ce qui a particulière de Flaminius contre Annibal ; < ambassadeur, Flaminius le provoque en ser d'Arsinoé, — et, puisque Rome l'attaqué dans ses droits, puisqu'elle se permet d'atten gance à la dignité royale, Nicomède se croi venger en rappelant au représentant de Rom désastres passés. Il ne parvient même pas to sous le masque de l'ironie l'irritation quepro cœur les insolences de Rome, et il la lais franche et toute vive, à certains moments:
Ainsi, Nicomède qui n'a, en principe, qu'à défendre contre les intrigues d'Arsinoé ses droits attaqués, est amené, par les moyens que met en œuvre son ennemie, à représenter contre Rome la cause de la dignité et de l'indépendance des rois. Il sait bien qu'après tout Rome est dans son rôle, sinon dans son droit, en cherchant à asservir les trônes : mais c'est aux rois .à lui résister, et, pour son compte, il ne cédera pas. Il luttera, s'il le faut, pour faire respecter son indépendance. En attendant, n'étant pas le maître encore, il veut, du moins, montrer à Rome qu'il ne la craint pas; il répond à ses menaces par d'autres menaces. Et, pour empêcher ces menaces-là de nous paraître de vaines fanfaronnades, Corneille, par une heureuse invention, a rapproché de Nicomède le .grand vaincu de Garthage, qui, lui, ne pensait guère à la dignité des rois, mais qui, aux yeux de Nicomède, aie mérite d'avoir vaincu et fait trembler Rome. Le nom d'Annibal, répété dans la pièce, constamment mis en avant par Nicomède (1), sert à entretenir dans l'esprit du spectateur l'impression que Rome peut être vaincue, qu'elle l'a été récemment, qu'elle pourra l'être encore par Nicomède lui-même ; -car, élève d'Annibal, héritier de ses maximes, de son prestige, de son talent militaire peut-être, — il a commencé à en donner -des preuves, — estimant Rome, d'ailleurs (2), sans la craindre, ce petit prince de Bithynie ne nous paraît plus du tout ridicule avec sa prétention de vaincre les Rpmains. En tout cas, même vaincu, Nicomède pourra rester grand, car, dans le triomphe même de la puissance romaine, Nicomède restera debout, avec l'orguei d'une volonté qui ne sait point plier.
LAOD1CE.
Le personnage de Laodice est comme un reflet de celui de Nicomède. Ces deux amants sont unis avant tout par l'idéal
(1) Cf. H, 3; — III, 3, et aussi par Laodice, III, 2.
(2) Cf. II, 3.... D'estimer beaucoup Rome, et ne lacraiodre point...
commun qu'ils se font de la dignité royale. Laod reine, comme Nicomède saura être roi. Il y a l'admiration au fond de l'amour qu'elle a pour lu héritier de la Bithynie, auquel la destinait le t son père, lui est apparu avec un air de mâle séduite, et, en l'aimant, elle a achevé de se f< image. Pour elle comme pour lui, la cause de lei la cause même de l'indépendance des rois. Elle : aucun pouvoir au-dessus d'elle, pas plus celui c celui de Prusias (1). Puisque la volonté dernière et son libre choix l'attachent à Nicomède, elle rosi: à tous ceux qui voudraient la séparer de lui. On Attale, mais elle ne veut pas avoir pour époux otage des Romains, destiné à rester leur esclav sans aimer Nicomède, elle repousserait Attale, parce qu'il se présente à elle sous le patronage d< regarde l'alliance romaine comme une souillu roi (3), non point qu'elle méprise Rome, mais cette alliance lui parait nécessairement impliqi lité.
Il y a quelque grâce de la part de cette reine comme elle le fait, sa fierté devant Nicomède. protection du prince (4), c'est sa manière à elle < gner sa tendresse. Elle aime à se sentir appuyée lance de son amant. C'est le nom de Nicomède qu avec assurance aux menaces de Prusias et de Fiai
Mais, lors même que cette protection viendrai quer, lors même que la fortune viendrait à trahir
(Dcr. I.i.ss m, *,î.
(î) Cf. i, *.
(3) M, S et »t w-.n alliance