Hommes et Livres (lib. Lecène et Oudin, in
rêverie, dépourvu de sensibilité, ses passions sont de violentes impulsions vers des objets déterminés; il ne jouit pas de leur agitation; il n'en fait pas une volupté; elles lui donnent des fins et des forces pour l'action. Il estime surtout l'action, mais l'action précise et efficace, la poursuite d'un but par des moyens choisis; surtout l'action volontaire, qui dispose avec réflexion, utilement, de toute la personne. Il n'admire rien tant que la raison, qui tient en bride les passions, les lâche ou les retient, et qui sait profiter ou se garer des circonstances : la parfaite maîtrise de soi est l'idéal qu'il s'efibrce de réaliser dans sa vie. Tous les grands hommes de l'époque, ou presque tous, sont des hommes de volonté : un Richelieu qui, à l'âge où l'on ne rêve que bagatelles ou plaisirs, se fixe pour but le ministère, et y marche obstinément pendant douze ou quinze ans; un Retz qui suit le même but plus tard, mais le manque, politique que jamais une passion n'a dérangé ni précipité, capable d'exprimer avec vérité et de quitter avec facilité tous les sentiments selon le besoin des affaires, disposant de son âme avec une étonnante aisance dans toutes les fortunes. Bossuet, pour déraciner l'ambition du cœur des courtisans , offrait une définition de la puissance, qu'il savait bien qu'on ne lui dénierait pas : ^'ouloir ce quil faut, pouvoir ce qu'on veut, sans y faire rien entrer de la satisfaction des appétits, de l'épanouissement voluptueux de la personnalité, où l'on mettrait aujourd'hui la puissance. Et enfin — car à quoi bon multiplier les exemples? — c'était cette nature cornélienne ou cartésienne, c'est-à-dire
raisonnable et volontaire, qui faisait écrire à La Rochefoucauld, dans le portrait qu'il donnait de lui-même :
« J'ai toutes les passions assez douces et assez réglées : on ne m'a presque jamais vu en colère, et je n'ai jamais eu de haine pour personne. Je ne suis pas pourtant incapable de me venger si l'on m'avait offensé, et qu'il y allât de mon honneur à me ressentir de l'injure qu'on m'aurait faite. Au contraire, ye suis assuré que le devoir ferait si bien en moi l'office de la haine, que je poursuivrais ma vengeance avec encore plus de vigueur qu'un autre. L'ambition ne me travaille point. Je ne crains guère de choses, et ne crains aucunement la mort. Je suis peu sensible à la pitié et je voudrais ne l'y être point du tout. Cependant il n'est rien que je ne fisse pour le soulagement d'une personne affligée; et je crois effectivement que l'on doit tout faire, jusqu'à lui témoigner même beaucoup de compassion de son mal; car les misérables sont si sots, que cela leur fait le plus grand bien du monde. Mais je tiens aussi qu'il faut se contenter d'en témoigner, et se garder soigneusement d'en avoir. C'est une passion qui nest bonne à rien au dedans d'une âme bien faite, qui ne sert qu'à affaiblir le cœur, et qu'on doit laisser au peuple, qui, n'exécutant jamais rien par raison, a besoin de passions pour le porter à faire les choses. J'aime mes amis, et je les aime d'une façon que je ne balancerais pas un moment à sacrifier mes intérêts aux leurs. J'ai de la condescendance pour eux, je souffre patiemment leurs mauvaises humeurs, et j'en excuse facilement toutes choses : seulement Je ne leur fais pas beau-
coup de caresses, et je n'ai pas non plus de grandes inquiétudes en leur absence. »
Evidemment l'idéal humain a changé depuis Racine, surtout depuis Rousseau. La Rochefoucauld n'était pas sensible, et il s'en vante. S'il l'était, cette vanterie n'est que plus remarquable. S'il n'était pas tel qu'il s'est vu, il a voulu se voir tel qu'il s'est peint, et sa délicatesse de moraliste apporte un témoignage considérable en faveur de la vérité actuelle de la psychologie de Corneille. Elle fait ressortir tout au moins le trait caractéristique, l'aspiration commune des belles natures de ce temps-là.
Même les femmes alors, quand on les regarde dans la vie et non dans les romans, ces grandes aventurières , ces vaillantes héroïnes , ces fières précieuses, ont moins de grâce sentimentale ou de tendresse passionnée que d'esprit énergique et de robustesse virile. Ce sont des créatures de force, de sang riche et chaud, capables de raisonnement et d'action, et traitant les passions comme fournissant la matière des résolutions et l'objet de l'effort : si elles s'attardent dans les préliminaires de l'amour, c'est par curiosité d'esprit et par un exercice de l'esprit : ce n'est pas pour les jouissances du sentiment. Leurs lettres ont la solidité raisonneuse, les explications tirées, les grandes périodes articulées de conjonctions, étagées d'incidentes et de relatives, tout l'esprit enfin et la substance du discours cornélien. Mme de Rambouillet, Mme de Montausier, Mme de Sablé, la grande Mademoiselle, voilà les femmes de Corneille, les modèles des Emilie et des Pauline, et aussi des Pulchérie : Mme de Sévigné
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en esl aussi, sauf l'imaginalion débridée et la maternité intempérante. Dans Mme de La Fayette, le type racinien perce déjà sous l'autre.
Mais quelque intérêt que l'historien des mœurs trouve à interroger la tragédie cornélienne, ce serait peu de chose, si des vérités plus générales et permanentes ne s'y rencontraient. Je ne m'attarderai pas à expliquer ce qu'il y a de réalisme moyen chez Corneille. Ces caractères médiocres, dont on s'est demandé s'ils n'étaient pas des types de comédie et si la tragédie avait droit de les admettre, ces pères égoïstes, ces maris faibles, ces rois intéressés et pusillanimes, Félix, Valens, Prusias, Ptolomée, ces politiques froids, réalistes, interprètes de la raison d'Etat, sectateurs de l'utilité, et serviteurs des circonstances, ces amoureux qui calculent ce que l'amour rendra à leur fortune, ou qui ouvrent les deux oreilles à l'intérêt contre l'amour : ces demi-passions, ces composés de calcul et de sentiment, de goût et d'intérêt, de raison et de préjugé, ces conduites compliquées et tortueuses où toutes les considérations sociales entrent en compte avec la vraie nature, ces affections modérées nées des rapports sociaux et des liens de famille, ces scènes de ménage qui font tampon entre les explosions de l'héroïsme, ce ton bourgeois qui enveloppe les sentiments extraordinaires, tout cela donne un air de vérité moyenne à beaucoup de parties de la tragédie de Corneille. On en a déjà vu quelque chose quand il a été question de la politique et des passions. On étudierait aisément dans Polyeucte comment la réalité familière des caractères et des scènes de second
plan, comment les manières, si je puis dire, simples et communes de tous les personnages enveloppent l'idéal héroïque et nous le rendent plus abordable.
Mais c'est à cet idéal surtout qu'on fait le procès. On admet en art un art qui dépasse la nature en la respectant, qui change les proportions des choses sans en altérer l'essence, qui affranchisse les êtres des circonstances ordinairement oppressives, pour les faire épanouir en liberté dans la plénitude de leur force. Mais on prétend que cet idéalisme-là n'est pas celui de Corneille, qu'il a faussé la nature, ou qu'il est sorti de la nature en l'agrandissant, qu'il l'a poussée oîi, même en son maximum de puissance et de beauté, elle ne saurait aller; qu'au lieu d'un idéal naturel, il a donné un idéal extra-naturel, qui n'est « ni humain, ni vivant, ni réel ».
Ce n'était pas le sentiment de Corneille qui prétendait peindre les rois dans leur humanité, par la nature commune en eux avec tous les hommes, et qui enseignait aux mères de famille à se reconnaître dans son abominable Cléopâtre. Mais il ne faut jamais s'en rapporter à un auteur sur son œuvre : regardons l'œuvre.
Corneille a concédé lui-même que les faits tragiques qu'il expose sont invraisemblables , hors de la vraisemblance commune. La vraisemblance commune est que Chimène ne poursuive pas si ardemment Rodrigue, qu'elle pleure sans agir; mais c'est aussi qu'elle n'épouse pas le meurtrier, et que la tyrannie des convenances soit la plus forte : c'est qu'Emilie soit ingrate sans conspirer, qu'Auguste fasse couper la lêle à Cinna, sans conviction, et
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qu'un chrétien aille au martyre sans céder la femme qu'il aime à un amant; c'est qu'Horace, défenseur de la patrie, jette à la porte de chez lui, sans la tuer, sa sœur qui n'est pas patriote. On ne voit pas communément dans la vie des pères hors d'état de distinguer leur fils de leur mortel ennemi, des hommes se demandant si le verre de poison qu'ils tiennent à la main a été versé par leur mère ou leur femme, des amoureux ménageant le mariage de leur maîtresse et de leur rival, et des généraux aimant mieux mourir que d'épouser des filles de rois.
Mais remarquer cela, c'est faire le procès de tous les sujets légendaires ou historiques, de tout ce qui n'est pas la simple photographie de la vie vulgaire. Car voit- on plus souvent des pères qui veulent égorger leurs filles pour avoir du vent, des fils qui épousent leurs mères ou qui les tuent, des amoureux qui jurent à leurs maîtresses de tuer leurs enfants s'ils ne sont acceptés d'elles pour maris? Ni Iphigénie, ni Phèdre, ni Britannicus, ni Hamlet, ni Othello, ni le roi Lear, ni Œdipe, ni Agamemnon ne sont plus que le Gid, Horace ou Cinna dans la vraisemblance commune : ce n'est pas là la vie que nous voyons.
Mais ces sujets extraordinaires, invraisemblables, peuvent devenir des expressions poétiques, des symboles saisissants de cette vie réelle, infiniment plus médiocre et plus terne. Il n'est pas. besoin que le fait tragique soit un fait divers de l'expérience quotidienne; il suffit qu'il contienne en son ampleur tout un ordre de faits, qu'il soit comme le « déve-
lopperaent » prodigieux et fidèle d'une image cachée dans l'obscurité indécise du réel.
II le sera si par la préparation scénique il est réduit de son invraisemblance singulière à la vraisemblance commune, si de faits donnés et acceptés, vrais ou vraisemblables, le poète nous conduit au fait extraordinaire par des liaisons si exactes, si justes, que nous ne puissions nous refuser à recevoir l'effet, ayant connu les causes, et que l'impossible de tout à l'heure nous apparaisse maintenant comme possible et même comme nécessaire.
Il faut, pour cela, que les actes hors nature soient le produit de sentiments naturels, que les perversités ou les héroïsmes qui étonnent la nature nous apparaissent comme étant dans la nature, ou sortant de la nature par une cause naturelle. Il faut que toutes les passions, les efforts, les crimes, les dévouements qui ne se voient guère dans le train commun du monde, nous aient l'air d'être les effets des principes que nous sentons en nous, et que les personnes tragiques ne nous semblent pas des êtres artificiellement grossis et grandis, mais des créatures affranchies des entraves extérieures ou intérieures qui nous lient dans la vie ordinaire, et mises en état d'être en acte tout ce que nous ne serons jamais qu'en puissance.
Or il n'y a point de doute que Corneille ait ramené à des causes morales, à des jeux de caractères et à des chocs de volontés les effets invraisemblables que ses sujets tragiques contenaient. Il s'agit donc de savoir si les forces morales qu'il a mises en action sont en nature ou en degré vraisemblables,
si les personnes idéales qu'il a constituées sont autre chose que des chimères de son imagination. Tout se ramène au fond à décider si l'héroïsme cornélien est naturel et dans quelle mesure.
Nous l'avons vu déjà tout à l'heure, Corneille est moins près de nous que Racine, cela est certain : son théâtre ressemble moins à ce que nous sommes, surtout à ce que nous croyons être, à l'image que nous nous complaisons à former de nous, au portrait que la littérature d'aujourd'hui nous en offre. Depuis le romantisme surtout, la vérité, c'est la passion débordée, furieuse, ravageante; c'est l'instinct irrésistible et vainqueur : c'est la passion mise au-dessus du devoir, tantôt glorifiée, tantôt condamnée, toujours victorieuse et sympathique : ce sont les velléités stériles, les efforts décousus, les dissolutions lentes ou les chutes brusques des meilleures âmes. La vérité, c'est de se regarder choir sans se retenir, c'est de perdre dans la sûreté de l'analyse la capacité d'agir, c'est de pouvoir moins à mesure qu'on voit plus clair; c'est l'incompatibilité de la con- ' science et de l'énergie, si insépai'ables dans Corneille. La vérité, c'est qu'il n'y a de forte et d'agissante que la raison pratique, égoïste, intéressée, le calcul étroit et mesquin : l'homme fort, c'est l'homme d'affaires. Voilà la vérité actuelle : mais avons-nous le droit d'ériger notre veulerie intelligente en formule définitive, universelle de l'humanité? Est-il sûr que la réalité même actuelle soit telle que des partis pris d'école, des points de vue d'art, ou d'impérieuses généralisations d'états subjectifs nous la montrent? N'est-on pas frappé de voir dans les anciens por-
Iraits que tous les visages d'une époque ont un air de ressemblance? Ce n'est pas que la nature ait des modèles de nez et de mentons pour chaque époque : mais, inconsciemment ou non, chacun se fait la tête de son temps, Louis XV ou Directoire, Louis-Philippe ou second Empire. N'en serait-il pas de même au moral et quand nous nous observons, quand nous nous composons, ne réduisons-nous pas notre visage moral, qui souvent, laissé àlui-même, serait tout autre, à une expression et comme à un profil qui nous sont imposés du dehors par la mode contemporaine ?
Les héros de Corneille, à notre goût, savent trop ce qu'ils font, ne perdent pas assez la tête. Puis, leur mouvement les élève, au lieu de les précipiter : la vie les ennoblit, au lieu de les dégrader.
Mais d'abord la matière de leurs actes, la matière que travaille leur volonté, c'est l'honneur et le sentiment filial, c'est le patriotisme et l'amour, c'est l'ambition affamée ou rassasiée, c'est la lassitude qui suit les désillusions, les désillusions qui suivent la possession du bien longtemps convoité, c'est l'amour de Dieu, l'amour paternel, maternel, fraternel, c'est l'orgueil, et la dignité, et l'intérêt, public ou privé : tout cela n'est-il pas profondément humain, et pris en plein courant de la vie ?
Il reste donc uniquement, à la charge de Corneille, que de faire effort sur soi pour un bien qu'on connaît, d'avoir conscience entière des motifs de ses actes, de vouloir persévéramment, sans être ébranlé par aucune pression du dedans ou du dehors, de savoir dire non, et le maintenir quand le ciel croulerait, c'est là un idéal hors nature.
On pourrait se demander si ce n'est pas une illusion qui nous fait croire que les grandes passions sont plus dans la nature que les grandes volontés. En réalité, il n'y a peut-être pas beaucoup plus de gens capables de tout sacrifier à l'amour — devoir, honneur, intérêt, famille, ou simplement les commodités et les habitudes de la vie — qu'il n'y en a de capables de sacrifier l'amour. La vérité commune, ce n'est pas Oreste, c'est l'amoureux de la Petite Marquise. Mais il nous semble pourtant qu'il y a plus de gens qui tombent, qu'il n'y a de gens qui montent. C'est peut-être qu'il nous est plus agréable de voir les premiers que les seconds; et nous cherchons plus patiemment ce qui rapetisse les grandeurs que ce qui relève les défaillances.
Peu d'idées, une ou deux passions sans tendresse, converties en raison et rédigées en maximes, la sereine conviction de bien faire en donnant le moins possible au sentiment dans la conduite, cela sans doute peut se rencontrer chez nous. Mais si le fanatisme froid, l'égoïsme sec, qui se raisonnent et s'autorisent, sont des choses dont la réalité ne saurait guère être contestée, il en est autrement de l'héroïsme, du sacrifice de soi, si sûr, si calme, si exempt d'hésitation, de repentir et d'angoisse : c'est cela à quoi l'on ne croit point.
Cependant le principe de l'héroïsme cornélien est un principe réel, naturel. Nous avons des moments de lucide conscience, nous avons des velléités de bien faire. Nous combinons sans exécuter autant de bonnes actions que de coquineries; et nous croyons très bien que, si nous voulions, nous ferions les unes
el les autres. Pourquoi ne croirions-nous pas qu'il y a des gens qui vont au bout et des unes et des autres? Nous n'usons guère de notre volonté : mais nous l'avons; ou nous croj^ons l'avoir : car là où elle manque, nous appelons cela une maladie. L'homme normal et sain a une volonté. Le plus misérable, le plus faible de nous ne s'abandonne pas à tous les moments de son existence ; et notre vie journalière est tissée de presque autant de résistances à l'instinct, aux tentations, de presque autant de petites victoires sur nous-mêmes et de redressements de notre direction morale, que de faiblesses, de consentements et de déviations.
N'avons-nous jamais dit un non dont nous ayons été bien contents? n'avons-nous pas tous dans le cœur quelque partie intangible, dont aucune force ne nous ferait rien céder, quelque chose à quoi nous ne saurions renoncer sans renoncer à nousmêmes? et ne connaissons-nous pas tous, tout au moins, quelqu'un qui peut dire un de ces non, qui peut se retrancher dans quelque fort intérieur? Ne savons-nous pas, en traitant ou luttant avec nos semblables, qu'il y a presque chez tous un moment où l'on a touché le roc, où il ne faut pas essayer de percer plus loin, d'entamer plus profondément?
Et si çà et là nous trouvons des efforts commencés vers le bien, si souvent nous apercevons des tètes froides que nulle affection ni désir ne fait dévier de la voie marquée par leurs calculs, ordinairement égoïstes, le poète ne pourra-t-il tracer ce que la nature jalonne, réunir ce qu'elle sépare, réaliser ce qui reste puissance ou rêve, donner la plénitude de la vie à ce
qui le plus communément avorte? Ni l'élan vers le bien, ni la force active des idées, ni la possession de soi, ni la conscience claire des motifs, ni le choix réfléchi des actes, ni même la préférence donnée à la raison sur l'instinct, au devoir sur l'intérêt, à l'honneur sur l'afTection, ne sont des choses hors de la réalité ; et c'en est assez pour légitimer le parti pris psychologique de Corneille.
Ses héros sont des créatures d'exception : mais les héros détraqués ou passifs du roman et du théâtre contemporains sont-ils davantage la nature moyenne et normale? Et n'esl-il pas aussi légitime de choisir dans l'universelle humanité quelques formes d'âmes plus rares, que de peindre des états qui ne sont communs que dans une très restreinte et particulière humanité?