‹ Corneille inconnuChapitre 13 sur 50 · Corneille ei i^nn femp · texte numérisé non relu

Corneille ei i^nn femp

SLimait en ces termes son opinion sur les dernières pièces du poète :

« C'est ici, à proprement parler, c|ue finit le s-rand Corneille : tout le reste n'offre que des lueurs passagères d'un génie éteint. Il n'y a rien dans Théodore^ dans Attila, dans Pulcliérie, dans Sui'éna . On ne peut citer Béréaice cjue pour plaindre l'auteur d'avoir consenti à lutter contre Racine dans un sujet où il lui était si difficile de soutenir la concurrence. PertJwrite n'est remarc^uable qite par la découverte que Voltaire a laite de nos jours qve le second acte de cette pièce contient en germe la belle situation d'Hermione demandant à Oreste, cjui l'aime, la tète de Pyrrhus, cpi'elle aime encore -. »

Le professeur enchérissait dans cette même leçon sur la sévérité de Voltaire, lorsqu'il prétendait que le Commentaire réduisait l'œuvre de Corneille à deux ou trois pièces, hors desquelles le tragique n'avait fait que de beaux morceaux. Voyez la pro-

1. Ceci est une étourderie de La Harpe, qui en commet souvent. Théorlore, on le sait, est de beaucoup antérieur à Scrtorius.

2. Pour un arbitre des élégances, voilà une phrase bien lourde, un style singulièrement négligé. Remarquons aussi que Corneille n'avait pas confierai à luNcr contre lidcinc. puisque les deux poètes avtiiejit traviiillé à l'insu Tun de Tautre.

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gressioR clans les éliminations successives. Despréaiix admire encore chez Corneille neuf pièces do théâtre ; Voltaire n'est enthousiaste que de cinq ou six ; La Harpe se contente de deux ou trois. Il est difficile d'aller plus loin.

Dès le commencement du dix-neuvième siècle, madame de Staël et Chateaubriand, en élargissant l'horizon moral, en s'appliquant à la découverte des beautés plutôt qu'à la recherche des défauts, en s'inibrmant avec équité des circonstances dans lesquelles les o.Hivres s'étaient produites, du milieu où Fauteur avait vécu, préparèrent les voies à une critique nouvelle. Celle-ci, toutefois, ne gagna que lentement du terrain. Les Arislarques du premier Empire, Geoffroy en tète, ne se montrèrent ni plus indulgents ni moins exclusifs que Voltaire et La Harpe. Plus tard, lorsque les digues furent rompues, lorsque l'ère des réhabilitations eut sonné, l'œuvre de Corneille ne profita guère de ce retour vers la justice, trop passionné d'ailleurs et trop absolu dans ses conclusions pour ne point souvent dépasser le but. On s'occupa de Saint- Amant, de Collelet, de Cyrano de Bergerac avant de songer à lui. Il eut son tour cependant, mais lorsque la ferveur de redressement et de réparation qui s'était emparée du public littéraire tendait déjà à se refroidir. Ses panégyristes eurent le toi^L de prendre purement et simplement, à propos de

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son œuvre, le contre-pied de l'opinion reçue. Le dix-huitième siècle finissant n'admirait dans Corneille que deux ou trois tragédies ; ce fut une raison pour les ardents champions de sa gloire de tout louer, de tout exalter dans ses ouvrages^ jusqu'au moindre quatrain, jusqu'au plus insignifiant madrigal. Beaucoup de verve, de talent, d'esprit, d'éloquence même fut dépensé dans cette tentative, qui ne réussit point, parce qu'elle était plutôt un déplacement d'erreur qu'un retour au vrai. La prévention qu'elle voulait détruire, et dont nous avons montré la lente formation, cette prévention suljsiste, à peine ébranlée ; ce n'est qu'en procédant avec mesure, en ratifiant les sévérités antérieures dans ce qu'elles ont de fondé, qu'on parviendra à la dissiper, à la vaincre dans ce qu'elle a d'excessif et d'injuste. Le meilleur moyen pour cela, c'est d'aborder les textes mômes et de faire directement appel à l'impression, au jugement du lecteur.

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