‹ Corneille inconnuChapitre 28 sur 50 · Ciel le est de 1G5G · texte numérisé non relu

Ciel le est de 1G5G

1~<J LURNEILLE IXCUXXU.

Aussi quelque désordre où mon cœur soit plongé, Bien loin de faire effort à Fen voir dégagé, Entretenir sa peine est toute mon étude.

J'en aime le cliagrin, le trouble m'en est doux. Ilélas ! que ne m'estimez-vous Avec la même inquiétude !

Quelquefois il songeait à secouer le joug, à se guérir de cette inclination qui n'était point partagée. Son humeur indépendante se cabrait, et, pour s'affranchir d'une domination qu'il craignait de voir devenir trop absolue, il méditait, sinon une absence, au moins une retraite. C'était une manière plus normande que glorieuse d'échapper au péril :

îse vous y trompez pas : l'honneur de ma défaite N'assure point d'esclave à la main qui l'a faite ; Je sais l'art d'échapper aux charmes les plus forts ; Et quand ils m'ont réduit à ne plus me défendre. Savez-vous, belle Iris, ce que je fais alors? Je m'enfuis de peur de me rendre.

Ce i'ut la 3Iaj'quise qui partit, non qu'elle eût la moindre velléité ni la moindre crainte de se rendre, mais tout simplement parce que Molière quittait Rouen avec sa troupe pour aller s'établir à Paris. L'attitude de mademoiselle du Parc à l'égard de Corneille, au moment de s'éloicfuer, fut tellement froide, tellement indifférente, ({ue le poëte, tout attristé ([u"il était, se révolta. Nous devons à cette

AMiiLRS DU PuETE. 1*7

révolte quelques-uns de ses plus aduiirables vers. La pièce Sur Je départ de la Marquise exprime à merveille ces multiples sentiments de tendresse, de désappointement, de colère, et, finalement, de stoïcisme :

Ce cœur que la raison ne jieul plus secourir. Cherchait dans votre orgueil une aide à se guérir ; Mais vous lui refusez un moment de colère. Vous m'enviez le bien d'avoir pu vous déplaire ; Vous dédaignez de voir quels sont mes attentats, Et m'en punissez mieux ne m'en punissant pas. Une heure de grimace ou froide ou sérieuse, Un ton de voix trop rude ou trop impérieuse. Un sourcil trop sévère, une ombre de fierté, M'eût peut-être à vos yeux rendu ma liberté.

Tout à coup le ton s'élève, la muse ti'agi(]ue lait invasion dans Tépître, mademoiselle du Parc disparaît, il ne reste que le grand Corneille en possession de tout son génie et donnant un libre essor à ses fiertés intimes :

J'aime, mais en aimant je n'ai point la bassesse. D'aimer jusqu'au mépris de l'objet qui me blesse ; Ma flamme se dissipe à la moindre rigueur : Non qu'enfin mon amour prétende cœur pour cœur ; Je vois mes cheveux gris, je sais que les années Laissent peu de mérite aux âmes les mieux nées, Que les plus beaux talents des plus rares esprits, Quand les corps sont usés perdent bien de leur prix ;

n^ L'URXEILLE LWUXXU.

Que si dons mes beaux jours je parus supportable, J'ai trop longtemps aimé pour être encore aimable, Et que d'un front ridé les replis jaunissants ' Mêlent un triste charme aux plus dignes encens. Je connais mes défauts, mais après tout, je pense Être pour vous encore un captif d'importance ; Car vous aimez la gloire et vous savez qu'un roi Ne vous en peut jamais assurer tant que moi. Il est idIus en ma main qu'en celle d'un monarque De vous faire égaler l'amante de Pétrarque, Et mieux que tous les rois je puis faire douter De sa Laure ou de vous qui le doit emporter.

Nous n'en avons pas fini avec les singularités dont cette composition abonde. Après les lamentations de Tamoureux déçu, la protestation hautaine de la dignité blessée, voici que le détachement railleur et Findifférence vetdent avoir leur part. La pièce se termine par cette conclusion trèsinattendue :

Ainsi parla Gléandre, et ses maux se passèrent, Son feu s'évanouit, ses déplaisirs cessèrent ; Il vécut sans la dame et vécut sans ennui. Comme la dame ailleurs se divertit sans lui...

Tout est bien qui se dénoue bien. Nous voudrions croire que Corneille recouv^ra aussi promptement qu'il Taffirme une pleine liberté d'esprit et de

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