Ce vers se retrouve dans 8t'r/o/'/'H
AM(JL'RS DU PiJÈTE. l~i)
cœur, mais il nous est difficile de ne pas conserver quelques doutes à cet égard. Cette déclaration, qui anticipe sur l'avenir et le préjuge, nous paraît relever un peu trop de ce que le poëte, dans la même pièce, appelle im col , ne étudié. Assurément sa passion n"avait rien d'intolérant ni d'exclusif, puisque, parlant de ses rivaux et faisant allusion à son frère Thomas aussi bien qu'à Molière, il disait :
J'en ai. vous le savez, ({ue je ne puis haïr.
Cependant Cléandre^ pour nous conformer à la discrète désignation du poëte, ne paraît pas avoir pris si aisément son ]>arli. lîien (pi'il ne se fût ouvert à personne de ses projets, il est évident — et un simple rapprochement de dates va le prouver — que Corneille, lorsque Molière et sa troupe se mirent en route pour Paris, était déjà décidé à tenter de nouveau la fortune à la scène. Son théâtre favori, le Marais, traversait alors un moment de crise, et la disette de l)ons acteurs s'y faisait vivement sentir. La première pensée des deux Corneille, aussitôt après l'installai iitn de Molière à Rouen^ avait été de fortifier le Marais par l'adjonction de quelques-uns des meilleurs comédiens de la troupe errante. Une lettre de Thomas Corneille, écrite le 1!) mai IIkÏS, à l'abbé de Pure et très-finement interprétée par M. Bouquet, ne laisse aucune incer-
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tiLiide à ce sujet. L'idée, que les deux frères se gardèrent bien d'exprimer devant leur ami , le directeur, ne les quitta point pendant tout le séjour des comédiens. Aussi, lorsque ceux-ci furent arrivés à Paris, on put s'apercevoir que d'activés influences n'avaient cessé d'agir sur eux, car au bout de peu de temps, plusieurs abandonnèrent la troupe du Petit-Bourbon, qui allait devenir celle du Palais-Royal, pour entrer au Marais. Parmi les déserteurs se trouvait mademoiselle du Parc. Thomas Corneille, malgré son goût très-vif pour la Marquise, à laquelle il avait, lui aussi, adressé une élégie où l'abondance des développements ne rachète pas la pauvreté de l'inspiration, aurait préféré que l'on engageât Madeleine Béjart. Pierre tint bon, et il avait ses raisons pour cela. En effet, dès que Molière et la Marquise lui ont fait leurs adieux et pendant qu'ils jouent NicomMe devant le roi, dans la salle des Cariatides au Louvre (2'i octobre I608), le poiHe normand, très-normand ce jour-là, se hâte d'écrire à Pellisson et de se rappeler au souvenir du surintendant Fouquet. A la première proposition de rentrer au théâtre qui lui vient de ce côté, bien loin d'alléguer des scrupules, d'invoquer ses déclarations solennelles, de se faire prier, d'opposer de la résistance, il prend feu (H répond sur-le-chanqi.
Je sens le même feu. je sens la même audace Qui fit plaindre le Cid. qui fil combattre Horace ; Et je me trouve encor la main qui crayonna L'âme du grand Pompée et l'esprit de Cinna. Choisis-moi seulement quelque nom dans l'histoire, Pour qui tu veuilles place au temple de la Gloire.
Ceci se passait clans la première quinzaine de novembre ; Fouquet ainsi interpellé, indique trois sujets. Corneille adopte celui d'Œdipe, se met immédiatement au travail, et deux mois après la pièce était faite. Voltaire a vu dans cette précipitation une conséquence de la situation besoigneuse de Fauteur, et il s'est cru en droit de lui faire d'amers reproches. Nous croyons que le commentateur s'est trompé, et que son blâme, inacceptable d'ailleurs sous sa forme impertinente, porte à faux. Nous inclinerions bien plutôt à penser que, si le poète- se pressa tellement de terminer sa tragédie, c'est qu'il attachait une extrême importance à ce que le rôle de Jocaste fut interprété par mademoiselle du Parc. Il craignait que celle-ci ne se repentît bientôt de son escapade et ne revînt parmi ses anciens compagnons. Ce fut justement ce qui arriva. Après avoir joué, à la fin de 1(358, dans V Étourdi et dans Je Déint amoureuœ, nous voyons mademoiselle du Parc créer, en IGÎjO, le rôle de Cathos dans les Précieuses ridicules, et en IGOÛ, celui de Célie. fille de Gorgibus, dans Sganarelle.
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Son mari, du Parc, était chargé du rôle de Gros- René. La Marquise ne fit donc que passer sur le théâtre du Marais, et, malgré tout son empressement, Corneille cette fois encore manqua le coche. Il fut un instant embarrassé. jMolière, auquel il avait enlevé mademoiselle du Parc, Brécourt, Jodelet, L'Espy, Hubert et mademoiselle Marotte Beaupré, devait être mécontent du procédé et peu disposé à représenter la nouvelle pièce. D'ailleurs, sa troupe, excellente dans la comédie, laissait dans la tragédie beaucoup ù désirer. Quant au Marais, privé de réloile qui lui était destinée, il n'y fallait plus })enser. Heureusement, les comédiens de rhotel de Bourgogne, avertis par une vague rumeur qui circulait dans le monde littéraire, mirent leur honneur à donner Tœuvre par laquelle Corneille inaugurait la siM-onde moitié de sa carrière. L'auteur n'eut pas à se plaindre, car le rôle de Jocaste fut admirablement tenu par mademoiselle de Beauchàteau.
Il est bien probable qu'à la même époque où Corneille prenait la résolution d'affronter de nouveau au théâtre le jugement du public, il formait aussi le projet de transporter définitivement son domicile à Paris. j\Iembre de rAcadémie française depuis Ki'iG, il aurait dû, d'après les prescriptions formelles du règlement de cette compagnie, résider dans la capitale. On s'était contenté d'une pro-
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messe, et des quelques rares apparitions qu"il faisait lorsque le soin de surveiller les répétitions et la mise en scène d'une de ses créations l'amenait à Paris. MM. Edouard Fournier et Marty-Laveaux croient que durant ces séjours, qui ne devaient jamais se prolonger beaucoup, il logeait à l'hôtel de Guise, rue du Chaume, oii se trouve aujourd'hui le dépôt des Archives nationales ; Tallemant des Réaux nous apprend que le poi'te y occupait une chambre , et nous savons par d'Aubignac qu'en 1063, c'est-à-dire peu de temps après son installation à Paris, il y avait le couvert et la table. Selon toute vraisemblance, il hérita du logis laissé vacant en I600, à l'hôtel de Guise, par la mort du poëte Tristan l'Hermite, un des commensaux habituels de cette maison princière. C'était bien le quartier qui convenait à Fauteur donl on représentait les œuvres au théâtre du IMarais, vers la rue de la Perle ou à riiôtel de Bourgogne, situé rue Française, entre le quartier Saint-Denis et les Halles. Ce ne fut pourtant point dans cette résidence si commode,* dans cette partie de Paris qui devait lui agréer à tant de titres, que Corneille se fixa lorsqu'il fut décidé à rompre avec la vie de province. Il prit un logement dans le quartier du Palais-Pvoyal, rue de Cléry. Cela le rapprochait du théâtre de Molière, et lui assurait, à n'en pas douter, le voisinasre de mademoiselle du Parc. Il n'avait
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pas attendu jusque-là pour la revoir, et, avant ce cléména£rement, qui prit toute son année 1662, il avait fait un voyage à Paris, clans Tété de 1660. jMademoiselle du Parc remplissait alors, avec beaucoup de succès, au Palais-Royal, dans, les A rnoiD'S de Diane et d'Endymion, de Gilbert, le rôle de la Nuit. Celui de la Lune était tenu par Madeleine Béjart. Corneille retrouva, au plus beau de son triomphe, la rigoureuse Marquise et fut de nouveau subjugué. A peine sorti du théâtre, le poëte se hâta de composer et de lui envoyer ce madrigal, où la passion se montre encore assez pour qu'on puisse voir dans le témoignage rendu à la belle actrice, quelque peu de partialité :
Si la Lune eL la Nuit sont bien représentées.
Endymion n'était qu'un sot :
Il devait dès le premier mot Renvoyer à leur ciel les cornes argentées. Ténébreuse déesse, un œil bien éclairé Dans tes obscurités eût cherché sa fortune, Et je n'en connais point qui n'eût tôt préféré Les ombres de la Tsuit aux clartés de la Lune.
La série des pièces adressées publiquement et en quelque sorte officiellement par Corneille à mademoiselle du Parc, des pièces signées et authentiques, s'arrête ici. On a cru pouvoir conclure de ce silence que le poëte avait rompu, à partir de cette
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époque, ses relations avec la célèbre comédienne. Peut-être s'est-on trop pressé. L'excellente édition de M. Marty-Laveaux dans les Grands écrwains de la France, contient au tome X, à l'appendice des Poésies diverses, une pièce à Iris, insérée en 1G77 dans le Mercure, par Donneau de Visé, avec des commentaires qui méritent qu'on y fasse attention. Cette plainte amoureuse est anonyme, mais la, manière dont de Visé la présente au public rend l'anonymat fort transparent. « Il est rare, écrit le journaliste dans les quelques lignes à une dame où cette élégie se trouve encadrée, de pouvoir conserver, dans un âge aussi avancé que celui que l'auteur se donne, le feu d'esprit qu'il fait paraître encore dans ses vers ; et le vieux Martian, que vous avez tant admiré dans l'admirable Pulcliérie du grand Corneille, n'aurait pas parlé plus galamment, s'il avait voulu s'éloigner du sérieux. »
Par un scrupule que nous comprenons, le savant éditeur n'a pas voulu ranger la pièce à Tris parmi les compositions dont l'authenticité est tout à fait incontesta})le. Cependant, à n'écouter que son sentiment personnel, il regarde cette composition comme appartenant au grand poëte. Notre impression est la même. Ces vers ont le tour cornélien. Par le fond des idées,, par le retour involontaire de certaines formes de langage, ils se rattachent de très-près aux autres pièces dont mademoiselle du
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Parc est Tobjet. Dès le début, on sent la main d'un maître. L'accent résonne grave et fier, avec une vibration intense.
Je suis vieux, bel Iris, c'est un mal incurable ;
De jour en jour il croît, cVheure en lieure il accable :
La mort seule en guérit
Je tire enfin ce fruit de ma décrépitude,
Que je vous vois sans trouble et sans inquiétude,
Sans battement de cœur, et que ma liberté
Près de tous vos attraits est toute en sûreté.
Tel est riieureux secours que reçoit des années
Une âme dont vos lois réglaient les destinées.
Non que je sois encor bien désaccoutumé
Des douceurs que prodigue un cœur vraiment cbarmé;
A ce tribut ilalteur la bienséance oblige :
Le mérite l'impose et la beauté l'exige :
Nul âge n'en dispense
Mais ne me rangez point, alors que j'en soupire. Parmi les soupirants dont il vous plaît de rire. Écoutez mes soupirs sans les comptera rien, Je suis de ces mourants qui se portent fort bien. Je vis auprès de vous dans une paix profonde, Et doute, quand j'en sors, si vous êtes au monde. Pardonnez-moi ce mot qui sent le révolté ; Avec le cœur peut-être il est mal concerté.
La signature de la pièce est là. A mes yeux le moindre /doute n'est pas possible. Voilà bien Corneille à l'égard de la Marqvl^e lel que nous l'avons
va à Rouen ; plus épris qu'il ne veut l'avouer, portant dans cet amour une susceptibilité ombrageuse et manifestant à tout propos, le plus souvent sans que rien l'y oblige, une tranquillité cVàme dont il est permis de douter à l'insistance du ton, à la vivacité de ce qui suit on de ce qui précède. Chateaubriand parlant de son ami, le moraliste Joubert, a dit quelque part : « Sa grande prétention était au calme et il était toujours troublé. » Ce mot résume parfaitement la constante attitude de Corneille dans ses rapports avec mademoiselle du Parc. Cet homme qui met son ambition à faire croire qu'il est absolument tranquille^ ce soupirant qui joue l'indifférence, est au fond incessamment inquiet, attristé de cette rigueur qui ne se relâche point et très-accessil^le à la jalousie. Les derniers vers de la pièce à Iris vont nous le montrer se démentant lui-même , malgré son affectation d'insouciante bonhomie.
Vos regards ont pour moi toujours le même cliarme, M'offrent mêmes périls, me donnent même alarme, Et je n'espérerais aucune guérison, Si l'âge était chez vous mon seul contre-poison. Mais grâces au bonheur de ma triste aventure, A peine ai-je loisir d'y sentir sa blessure ; Grâces à vingt amants dont chez vous on se rit. Dès que votre œil m'y blesse un autre œil m'y guérit. Souffrez que je m'en flatte et qu'à mon tour je cède
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Au chagrinant rival qui comme eux vous obsède, Qui leur fait presque à tous déserter votre cour, Et n'ose vous parler ni d'inonen ni d'amour. Vous le dites du moins, et voulez qu'on le croie. Et mon reste d'amour vous en croit avec joie : Je fais plus, je le vois sans en être jaloux. A votre tour, m'en croyez-vous ?
Pour que l'on s'abstîiiL de parler d"hymen à la du Parc, et qu'elle s'en fît un mérite auprès de son opiniâtre soupirant, il fallait qu'elle fCit libre de sa main depuis quelque temps déjà. Gela nous fournit approximativement la date de la pièce à Iris. René de Berthelot, sieur du Parc, étant mort en 1G64, et sa veuve ayant quitté définitivement le théâtre de Molière pour débuter à l'hôtel de Bourgogne à la rentrée de Pâques^ en 1GG7, les vers de Corneille doivent avoir été écrits au plus tard en 1660. Le cliagrinant rival dont il y est question n'est autre que Racine, qui avait confié à la comédienne le rôle d'Axiane, dans sa tragédie d'Alexandre le G /'and, représentée au Palais- Royal, le u décembre 1665. D'après une tradition que plus d'un témoignage sérieux confirme, Alexandre fut joué dime manière si insuffisante, que l'auteur, piqué dans son amour-propre, trèssensible, comme on le sait, très-chatouilleux môme, fit apprendre secrètement sa tragédie par les acteurs de l'hôtel de Bourgogne, qui la donnèrent
ammurs du rOÈTE. 189
au public, avec beaucoup de succès, le 18 décembre, à la grande surprise de Molière, et, disons-le, à son grand mécontentement. Il ne pardonna jamais cette équipée à Racine. Au milieu de la déroute générale, mademoiselle du Parc avait déployé, à ce qu'il paraît, un remarquable talent qui soutint .4 7e.z"«^irZ>*e pendant quelques représentations. Uacine en fut sans doute frappé; peut-être aussi commençait-il à ressentir une passion qui devait être plus violente et plus favorisée que celle de Corneille? Toujours est-il qu'à partir de ce moment, il ne cessa de presser l'actrice de quitter un théâtre où elle n'était pas à sa place, se faisant fort d'obtenir son admission à l'hôtel de Bourgogne, et lui promettant un rôle dans la tragédie à laquelle il travaillait alors. And l'orao. fine. Qu'il ne lui parlât point d'hymen, cela est plus que probable. Quant au chapitre de l'amour, mademoiselle du Parc n'était' pas forcée de prendre Corneille pour confident, et les événements qui suivirent à bref délai, la rupture de la comédienne avec Molière, son début éclatant dans Andromariue^ sa relation déclarée avec Piacine, sa mort dans des circonstances douloureuses, presque tragiques, le 11 décembre 1GG8*, fournirent à ra})parente indifférence du poète nor-
1. Voir, dans les Grands Ecrivaina'dc la France, la Xolice biographique de M. Paul Mesnard sur Racine.
190 ruK.NElLLE INCONNU.
mancl plus d'occasions de s'exercer quïl ne l'aurait voulu. Sans doute il s'éloigna pour toujours de la Marquise, lorscju'il se fut convaincu que rien ne pouvait lutter auprès d'elle contre l'ascendant de Racine. Sa fierté, profondément et justement froissée, l'empêcha de rendre publique la dernière pièce qu'il avait adressée à l'ingrate et séduisante actrice. Neuf ans après, les mômes motifs ne subsistaient plus, et l'on comprend très-bien que Corneille ait cédé aux instances de de Visé. Le Mercure était un peu, à cette date, le 3Ioniteur de la famille Corneille, comme nous dirions aujourd'hui; Thomas y avait la haute main, et cette feuille recevait souvent de l'un ou l'autre frère des communications officieuses. C'est ce qui explique cette tardive publication de la pièce à Iris, surtout avec la précaution de l'anonymal.
Il nous aurait été facile de pousser au romanesque ce curieux et intéressant épisode, que l'historien de la vie morale chez Corneille n'avait point le droit de négliger; mais nous avons préféré ne pas nous écarter de la plus rigoureuse exactitude. La vérité seule, dégagée des vaines conjectures et des rapprochements forcés, contient plus d'un enseignement. La rentrée de Corneille au théâtre, après six ans d'absence et une renonciation formelle, est un fait cpii vaut la peine d'être expliqué, et qui ne l'a été réellement que depuis les derniers
A.MUURS LU PUÉTE. 191
Iravaux publiés sur le séjour de Molière et de sa troupe à Rouen. Ainsi que nous Favons déjà dit, rinfluence de mademoiselle du Parc en cette circonstance ne fut pas unique, mais elle fut certainement très-considérable. Corneille n'éprouva point pour elle un goût médiocre ni un attachement passager. Celte passion, dont le platonisme, plus ou moins volontaire de sa part, ne saurait être mis en doute, eut un double effet : elle arracha le poète à sa retraite, à son existence de province, pour le lancer sans esprit de retour dans la lutte dramatique ; elle communiqua, de plus, à sa veine tragique un accent nouveau, particulier, qui prouve quelles traces profondes cet amour avait laissé dans son àme. Les vieillards amoureux, dans les dernières tragédies de Corneille, s'expriment avec une éloquente tristesse, avec une énergie étrange. Leur langage laisse transparaître la flamme intérieure qui les consume. Fontenelle en a fait la remarque. M. Marty-Laveaux incline vers la même opinion. Qu'on relise tSeiiorius, PuJchéi'ie, et l'on n'hésitera plus à se prononcer en ce sens.
J'aime et peut-être plus qu'on n'a jamais aimé, Malgré mon âge et moi, mon cœur s'est enflammé. J'ai cru pouvoir me vaincre, et toute mon adresse Dans mes plus grands efforts m'a fait voir ma faiblesse. Ceux de la politique et ceux de l'amitié
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M'ont mis dans un état à me faire pitié. Le souvenir m'en tue
Ne reconnaissez-vous pas. sous le vêtement du général romain, le poëte malheureux (jui exhale l'amertume de ses regrets? N'est-ce pas lui encore qui s'écrie avec une sincérité touchante :
J'ai cru lionteux d'aimer quand on n'est phis aimable : J'ai voulu m'en défendre à voir mes cheveux gris.
Le même sentiment se manifeste avec plus de force encore, avec une candeur pénétrante, une ingénuité noble qui atteint à la vraie beauté, dans ces admirables vers de J\Jartian :
J'aimais quand j'étais jeune et ne déplaisais guère :
Quelquefois de soi-même on cherchait à me plaire ;
Je pouvais aspirer au cœur le mieux placé,
Mais, hélas ! j'étais jeune et ce temps est j)assé ;
Le souvenir en tue et l'on ne l'envisage
Qu'avec, s'il faut le dire, une espèce de rage ;
On le repousse, on fait cent projets superilus :
Le trait qu'on porte au cœur s'enfonce d'autant plus.
Et ce feu. que de honte on s'obstine à contraindre.
Redouble'par l'effort qu'on se fait pour l'éteindre.
iMademoiselle du Parc était morte depuis quatre ans, lorsque Corneille faisait représenter PnlcJiérie; mais le cœur du vieillard est encore ému et grondant comme à Tépoque où une douleur (pioti-
AMmIUS DV PuETE. 103
dieniie le venait aiguillonner. Dix ans après 6'ej'torius, nous retrouvons les mêmes mots navrés et poignants : Le souvenir en tue. Ce qui est surtout digne de remarque, et ce qu'on n'a pas daigné voir, ce sont les vers de Martian qui suivent cette première tirade, et qui offrent la peinture frappante de ce qu'éprouvait Corneille chez mademoiselle du Parc, en présence et au milieu de ses jeunes rivaux. Substituez ma/'quise à princesse , et vous croirez lire une page des mémoires poétiques de Corneille :
Je m'attachais sans crainte à servir la princesse,
Fier de mes cheveux blancs, et fort de ma faiblesse ;
Et quand je ne pensais qu'à remplir mon devoir,
Je devenais amant sans m'en apercevoir.
Mon àme de ce feu nonchalamment saisie,
Ne l'a point reconnu que par ma jalousie :
Tout ce qui l'approchait voulait me l'enlever,
Tout ce qui lui parlait cherchait à m'en priver:
Je tremblais qu'à leurs yeux elle ne fût trop belle ,
Je les haïssais tous comme plus dignes d'elle,
Et ne pouvais souffrir qu'on s'enrichît d'un bien
Que j'enviais à tous sans y prétendre rien.
Quel supplice d'aimer un objet adorable,
Et de tant de rivaux se voir le moins aimable !
D'aimer plus qu'eux ensemble, et n'oser de ses feux,
Quelques ardents qu'ils soient se promettre autant qu'eux!
On cite à juste titre, comme des modèles de noblesse dans la passion, les tirades de Psyché.
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La déclaration de Psyché à TAmour, les vers où celui-ci peint en termes d'une délicatesse exquise sa constante inquiétude, sa sulttile jalousie, ont été depuis longtemps signalés par la critique avec les éloges qu'ils méritent. Tout ce rùle de Martian dans Pulchérie^ écrit moins d'un an après Psyché., puisque madame de Sévigné en parle, dès le mois de janvier 1G72, est peut-être encore plus surprenant. On l'a cependant moins remarqué que les quelques belles scènes, écrites en une quinzaine de jours pour compléter l'œuvre de Molière. Ce sujet de Psyché était un de ceux sur lesquels les deux poètes pouvaient le plus aisément s'entendre^ s'il est exact, comme le pense M. Soleirol^ que pendant son séjour à Pvouen (IG08) la troupe de Molière ait joué une Psyché en prose. Molière, pressé par Louis XIV, se serait servi de son ancien canevas, ce qui lui arrivait souvent; et Corneille, déjà au courant de la comédie qu'il avait vu jouer^ aurait travaillé avec plus de facilité et de promptitude.' Le service qu'il rendit à Molière en cette circonstance est très-réel, et les beaux morceaux si brillamment improvisés par le tragique, un instant redevenu élégiaque, contribuèrent certainement au succès de la pièce. Ce n'est pas sans doute la seule obligation que Molière ait à Corneille. Nous avons