‹ Corneille inconnuChapitre 4 sur 50 · I. Guizot. CfirneiUc e( son temps. (1 vol., Didier et G · texte numérisé non relu

I. Guizot. CfirneiUc e( son temps. (1 vol., Didier et G

la préface de 1829, se rendre le témoignage suivant : « Vingt-six ans se sont écoulés depuis l'époque où nous écrivions la préface qu'on vient de lire. Nous n'avons pas un instant suspendu nos recherches, et nous avons consulté tout ce que nous avons trouvé de livres ou de manuscrits qui nous semblaient pouvoir, même par hasard, fournir un renseignement sur Corneille. » Cette histoire est en effet très-complète et très-toufîue : elle épuise le sujet. Nous croyons qu'il est permis de la regarder comme définitive'. On n'y ajoutera rien d'essentiel. M, Taschereau a voulu être historien avant tout. On ne saurait par consé({uent, si la critique littéraire tient peu de place dans son livre, lui en faire un reproche. Il a été sobre d'appréciations et prodigue de renseignements : c'est ce qui s'appelle bien comprendre et bien pratiquer le devoir du biographe.

Ce ne sont ni les guides ni les auxiliaires qui nous feront défaut dans notre voyage rétrospectif. Jamais peut-être on ne s'est trouvé dans des conditions meilleures pour remonter aux sources d'une prévention invétérée et la dissiper ou du moins l'atténuer en l'analysant. Mais cette prévention,

1. Surtout après l'édition de 1869, dans laquelle Fauteur a mis à profit — en citant loyalement ses sources — les recherches de MM. Bouquet et Gosselin.

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nous lie pouvons le méconnaître, a ses causes, ses raisons. Elle s'est formée peu à peu, elle a duré, elle a été adoptée, propagée par des hommes de talent; en un mot, elle aune histoire. Cette histoire, il importe avant tout d'y jeter un coup d'oeil. Une prévention saisie, contrôlée à l'origine, devient, non pas légitime, mais explicable. Elle ne choque pas autant et paraît plus facile à combattre. Le premier soin à prendre est de distinguer les éléments dont elle se compose. Ici nous en rencontrons plusieurs. Nous devons d'abord, pour notre édification, tracer brièvement un historique des œuvres de Pierre Corneille au point de vue spécial du bon ou du mauvais accueil qu'elles ont reçu du public, lorsqu'elles lui furent soumises. Cette question préliminaire une fois résolue, nous aurons à rechercher si le poëte, par son caractère, par les jugements qu'il a portés sur ses productions, n'a pas contribué à créer entre ses divers ouvrages la ligne de démarcation qui n'a fait que s'étendre et s'élargir. Cette psychologie de Corneille n'a pas encore été tentée et mérite qu'on l'essaye. Elle nous fournira, je l'espère, de précieuses indications. L'opinion de La Bruyère et de Despréaux nous occupera ensuite. Nous verrons le dix-huitième siècle se rallier à cette opinion en l'exagérant, en la poussant à ses conséquences extrêmes. Le célèbre Commentaire de Voltaire,

qui fait encore loi pour beaucoup de personnes et dont nous ne songeons pas à contester les qualités réelles, appellera notre examen. Evolutions de la critique, manières opposées de sentir, d'apprécier, chez des générations qui se suivent sans renoncer à leur génie propre, transformations et renouvellements du goût, tout cela s'appliquant à une matière déterminée, se réunissant sur un même sujet, doit communiquer à notre étude un attrait particulier. Il s'agit moins pour nous de discuter, de rejeter les jugements de nos devanciers que de les expliquer en les complétant. L'histoire littéraire peut être large sans se montrer indifférente; il lui convient d'être ferme sans raideur. Si nous blâmons chez nos prédécesseurs une tendance marquée à l'exclusivisme , c'est une raison pour nous de n'être ni exclusif ni absolu. Après avoir reconnu, admis ce qu'il y a de fondé dans des sévérités dont nous ne condamnons que l'excès, nous nous sentirons plus autorisé à réclamer pour l'œuvre du poëte dans son intégrité, la justice qu'on lui a si longtemps refusée.

LE SUCCES PERSISTANT, — CORNEILLE ENNEMI DE SA RENOMMEE : SA DESTINÉE ET SON CARACTÈRE.

On n'est pas allé jusqu'à prétendre que Corneille fût absolument inconnu avant /e C'id ni qu'il soit tombé subitement dans l'obscurité après Héradius ou Don Sanclie d'Arofion^ mais on a toujours glissé avec une rapidité si dédaigneuse sur l'accueil fait à ses premières pièces qu'elles semblent avoir été comme non avenues pour le public ; ({uant aux dernières tragédies, la tradition n'y veut voir qu'une série de chutes plus lamentables les unes que les autres. En septembre 1761, Voltaire écrivait à Tabljé d'Olivet, en appuyanl avec autant d'exagération que de cruauté sur cette triste époque de la vie du grand poète : « On siffla ses douze dernières pièces ; à peine trouva-t-il des comédiens qui daignassent les jouer: » et craignant proba-

blement qu'on ne révoquât sa parole en doute, il se hâtait d'ajouter : « Oubliez- vous que j'ai été élevé dans la cour du Palais , par des personnes qui avaient vu lonsrtemps Corneille? » Malgré le ton tranchant du philosophe et l'appel qu'il adresse à ses souvenirs de jeunesse^ tout cela est parfaitement inexact. Dans les douze dernières pièces de Corneille, il s'en trouve plusieurs qui, loin d'être sifflées, obtinrent un éclatant succès. Nommons tout de suite Otho7i , Soplionisle , tSeHorius, In Toison (Tor, Œdipe et JVicomède. Jamais le génie de Corneille ne fut plus honoré que vers 1659, au moment où l'on représentait Œdipe et la Toison d'or''. Cet Œdipe, que Voltaire, poussé directement cette fois par un esprit de mesquine rivalité, s'est attaché à ridiculiser dans son Commentaire, fut salué par les applaudissements unanimes de la ville et de la cour. Nous avons là-dessus un témoignage qui n'est certes pas à mépriser, celui de Loret. Le pauvre gazetier est à coup sCir un poëte détestable et l'on ne saurait écrire plus platement en vers, mais s'il a l'insignifiance d'un écho, il en a aussi l'exactitude. Ce qu'il nous donne, ce n'est pas son opinion^ à lui chélif, car il va peu ou point au théâtre, comme ce feuilletoniste contemporain qui s'abstenait , disait-il , de voir jouer les pièces

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