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du génie à quelque nouvel essai de ses forces qui n'eut point d'autre l)ut que le service de ce grand maître et futilité du prochain. C'est ce (|ui m'a fait choisir la traduction de celte sainte morale, ([ui par la simplicité de son style ferme la porte aux plus l)eaux ornements de la poésie, et bien loin d'augmenter ma réputation, semble saci'ilicr à la gloire du souverain auteur tmil ce ipu^ j'ai pu ac- (piéiir en ce genre d'ccrii'e. »
Nous voilà loin des pré'occupatiuu^^ iilLér.iii'es. D'un auteur eu «picte {\r renommée ou de gain, il n"y en a pas trace. Le croyant seul se montre, et seul en efïet il. a qualité pour parler. Il est aisé dès lors de comprendre quel esjtrit a dirigé, inspiré Corneille dans la longu»^ et périlleuse tache si vaillamment choisie. Le désir de dégager la leçon morale, de la rendre évidente, de la graver en traits ineffaçables, a conslanHiient présidé à son labeur. Familier avec les ('tais de l'àme que d(''crit si supérieurement l'auteur anonym»^, il s'assimile en quehpic sorte le texte qu'il a sous les yeux, et, sans le dénaturer en rien, lui imprime pourtant son cachet personnel. Cette disposition est bien reconnaissable au chapitre ix. livre 11. sur le manque al»solu <le coiisolalions :
Noire fuiie néglige stnis peim.' La consolnlioii luinuiinc.
Quand la divine la remplit :
Une sainte fierté dans ce dédain nous jette. Et la parfaite joie aisément établit
I^'heureux mépris de Timporfuite.
Mais du côté de Dieu demeurer sans douceur.
Quand nous foulons aux pieds toute celle du monde. '
Accepter pour sa gloire une langueur profonde,
Un exil où lui-même il abîme le cœur,
Ne nous chercher en rien alors que tout nous quitte.
Xe vouloir rien qui plaise alors que tout déplaît.
"N'envoyer ni désirs vers le propre intérêt.
Ni regards échappés vers le propre mérite :
CTest un effort si grand, qu'il se faut élever
Au-dessus de tout Thomme avant que l'entreprendre.
Sans se vaincre soi-même on ne peut y prétendre.
Et sans faire un miracle on ne peut Tachever.
L'Iiommr qui écrit de tels vers est mietix qu'un versificateur expf>rt en son métier, mieux qu'un ouvrier poétique d'une habileté rare, c'est un ciirétien, qui s'inspire de sa propre expérience et peint, avec une sincérité mélancolique, ce qu'il a plus d'une fois éprouvé, le mal dont il a fréquemment souft'ert. La même observation s'applique au beau début, du chapitre xxiv, livre I, sur le jugement et les peines du péché. Ce sont ici paroles sérieuses et non vains artifices de rhétorique. Comme l'auteur de Y Imitation, le traducteur est de ceux qui croient à la colère divine et tremblent devant elle :
« L'DIITATIuX » TRADUITE. '29'
Homme, quoi quïci-bas lu veuilles entreprendre. Songe à ce compte exact qu'un jour il en faut rendre. Et mets devant tes yeux cette dernière fin Qui fera ton mauvais ou ton heureux destin. Regarde avec quel front tu pourras comparaître Devant le tribunal de ton souverain maître, Devant ce juste juge à qui rien n'est caché, Qui jusque dans ton cœur sait lire ton péché. Qu'aucun don n'éblouit, qu'aucune erreur n'abuse. Que ne surprend jamais l'adresse d'une excuse. Qui rend à tous justice et pèse au même poids Ce que font les bergers et ce que font les rois.
Misérable pécheur, que sauras-tu répondre • A ce Dieu qui sait tout et viendra te confondre. Toi que remplit souvent d'un invincible effroi Le courroux passager d'un mortel comme toi ?
Donne pour ce grand jour, donne ordre à tes afïaires. Pour ce grand jour, le comble ou la fin des misères. Où chacun, trop chargé de son propre fardeau, Son propre accusateur et son propre bourreau, Répondra par sa bouche et seul à sa défense, N'aura point de secours que de sa pénitence '.
1. Dans la suite de ce chapitre on décrit avec quelque détail les supplices endurés par les damnés. Le texte est bref et la traduction, fort énergique en cet endroit, tourne un peu à la paraphrase. Par une coïncidence assez singulière. Corneille, à cette époque, venait d'acheter, dans une vente à l'encan, un Dante italien in-folio, qu'il avait payé douze livres, .prix assez élevé pour le temps. Avant de traduire l'Enfer de Vlmllittioii. il avait pu lire celui du poêle
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Celle crj-avité de Ion. celle piété passionnénienl sérieuse, qui déterminèrent auprès des contemporains le succès du livre , devaient effaroucher et choquer l'incrédulité du dix-iiuitième siècle. C'est ce qui rend probable l'assertion de Voltaire relative à Toubli dans lequel, à r('poque où il écrivait, était tombée la traduction de Corneille. Le mouvement de restauration religieuse, qui, commencé vers 1802, se poursuivit pendant les années suivantes, aurait dû l'aire cesser cette inditlérence à l'égard d'une œuvre que le nom d'un maître illustre signalait aux lettrés, et que recommandait aux croyants l'accenl d'une dévotion sincère. Par malheur, le goût du temps ne lui était d'aucun coté favorable. D'une part, le Génie du Christ'wnîsïïie, mal interpriHé par des mondains qui se figuraient être des croyants, avait tourné l'universelle admiration vers les beau lés extérieures, voyantes, que Ton préférait trop aux ([ualilés intimes ; d'autre part, la susceptibilité classique de Fontanes et de son école s'accommodait difficilement d'un ouvrage dont les mérites apparaissaient comme étant plutôt moraux que littéraires, (^est seulement en 1841 que le livre d'Onésime Leroy, intitulé Corneille et Gerson. flans Vlmilnfion de
florentin. S'est-il glissé sous sa plume queUpies réminiscences? Lu reclierclie sérail cui-ieusc ù i'uire.
- I/nriTATION » TRADUITf:. ai>9
Jésvs-Cht'ist ', s'éleva contre une injusle négligence, et fil entendre, en l'honneur du vieux poëte, une protestation généreuse, qui. du reste, trouva promptement de l'écho. Ce volume est bon à consulter. Il serait meilleur encore si Tauteur n'avait eu la malencontreuse idée de mêler perpétuellement à Tappréciation du travail de Corneille, d'en rapprocher sans cesse, l'analyse de deux autres traductions, estimables sans doute, mais dont la comparaison si détaillée semide singuIièremenL inopportune en un sujet qui devrait être nettement circonscrit. Ce défaut est grave, mais il est amplement compensé par Tabondance des extraits judicieusement choisis, qui font de ce volume un véritable et excellent abrégé de la traduction de Corneille. Onésime Leroy, mort, je crois, celte année -,dans un âge très-avancé, était, lui aussi, un croyant; sa foi lui a tenu lieu de méthode en cette occasion et l'a parfaitement servi. Point d'alTectalion littéraire, nulle recherche de dilettantisme. Il a été guidé, dans son choix, par l'esprit qui animait Corneille pendant les ferventes années de son labeur. Une telle conformité de sentiments enlève à cette réunion d'extraits, reliés d'ailleurs entre eux par de solides commentaires, cette apparence