LK THEATRE CHRETIEN
« Corneille lisait en ce temps-là, nous ap])rend M. Viguier. les nombreux in-folios latins, du cardinal Baronius, A anales ecclesiasticl, (\m ne fatiiiuaient pas lieaucoup. je pense. Tattenlion du capellan mayoi- Calderon de laBarca. Arrivé à Tan r)02, treizième du pontilicat de (irégoire 1»' (irand, dix-septième du règne de l'empereur Maurice^ il voit ce malheureux prince égorgé par Phocas, après avoir assisté au massacre de ses fds ; plus loin, sa veuve et ses fdles immolées également, ainsi que son fds aîné, qui s'est trouvé absent lors du premier massacre ; mais'cette dernière mort fut révoquée en doute par raffection des peuples, f^t le liruit de l'existence du princ(^ inquiéta plus d'uiir l'ois le tyran...
« Parmi les circonstances du meurtre des jeunes princes, Corneille est frappé de celle-ci, la nourrice du dernier de ces princes, encore à la mamelle, s'avise, parun rare dévouement (la chose n'est pas si improbable qu'on Ta dit), de soustraire aux bourreaux le nourrisson impc'rial, en h'ur présentant son propre enfant. Mais, dit Baronius, Maurice, qui était présent, reconnut à temps cette fraude, et se résignant devant Dieu à toute l'étendue de son malheur^ il ne voulut point la laisser consonmier; il réclama son véritable enfant poulie livrer à la mort. Tout finit là dans l'histoire. Mais le poëte qui rêve en lisant, que pense-t-il?...
:3-k) (UKXEILLK INLUNXr
Si la subslitution de cette nourrice avait eu son effet ! Si le prince avait été réservé par cette femme pour riieure de la justice! il y aurait là de la tragédie ! Mais il faut lui donner le temps de grandir. C'est dommage que l'usurpateur Phocas n'ait régné que huit ans encore. Sïl ne tient qu'à cela, nous le ferons régner une douzaine d'années de plus... Mais ce n'est pas tout. Cette nourrice, c'est une femme forte qu'il faut garder pour notre conspiration. Il faut que nous la relevions en dignité : c'est convenable. « Son action, dit Corneille, est « assez généreuse pour mériter une personne plus « illustre à la produire. » Je ferais, « de cette nour- « rice, une gouvernante. » Elle s'appellera Léontine, c'est un nom que nous trouvons dans Baronius, aux alentours de cette histoire ; quant au vrai nom impérial de ce fils de Maurice réservé au trône, nous ne pouvons pas l'inventer, ce sera Héraclius, car il vaut mieux supposer à l'Héraclius de l'histoire, qui venait d'Afrique, une telle naissance, que de changer la succession authentique des empereurs de Constantinople.
« L'action n'est pas suffisamment implexe, mais les vues lointaines et mystérieuses dont cette gouvernante est capable peuvent la compliquer beaucoup ; puisqu'elle a paru à Phocas empressée de livrer le petit Héraclius, elle aura obtenu sa confiance, et le tyran lui aura donné à élever Martian,sou propre