LE THEATRE CHRÉTIEN
fils. Je sais bien qu'il n'avait qu'une fille, mariée à Crispus, dont je puis faire un confident ; mais attribuons-lui ce fils, et voilà les héritiers des deux empereurs confiés aux mêmes mains ! Et qui empêche Léontine, lorsque Phocas revient de ses longues campagnes, de lui rendre pour prince impérial, non pas son nouveau pupille, mais l'ancien, mais le fils de Maurice, tout en gardant chez elle, comme le sien, le (ils de Phocas, Martian qu'elle appelle Léonce, du nom de cet eniant secrètement sacrifié par elle à la place d'Héraclius ?...
« Cependant il nous faut des rôles de femmes^, il faut bien que ces princes soient amoureux. Baronius nous dit que Phocas a massacré les trois filles avec leur mère Constantine, aussi bien que les cin({ fils et le père; mais il est bien simple de ne supposer qu'une princesse au lieu de trois, et d'admettre qu'au lieu de l'immoler, Phocas, en profond politique, a recueilli soigneusement à sa cour cette jeune Pulchérie, pour la faire épouser un jour à celui qu'il prend pour son fils, afin de légilimer le plus possible sa dynastie. Corneille ne pouvait oublier ces conseils de la raison d'Etat. La veuve de Maurice, Constantine, n'aura pas été égorgée non plus ; elle aura vécu quelques années encore dans la retraite, afin de voir grandir sa (ille, de lui transmettre la fierté de sa race, et de laisse!' un écrit fort utile pour 1(^ dénoucmenl, La
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jeune Pulchérie, digne fille de Maurice, brave le tyran ; elle estime le prince qu'on veut lui faire épouser-, sans savoir qu'il est son frère, mais elle aime Tami de ce dernier, le vrai fils de Phocas, celui qui passe pour le fils do Léontine. Dt; son côté, le prince héritier de Maurice devi-a, au dénouement, faire impératrice une fille de Léontine, confidente du grand secret de sa mèie, et moins forte dans son silence. Il faut l'appeler Eudoxie, puisque, d'après Baronius. ce fut le nom de l'impératrice, femme d'Héraclius. Quelque indiscrétion d'Eudoxie éveillera la rage du tyran ; mais Léontine. qui le voit impatient de verser le sang d'un fils de Maurice, est en mesure de lui dire que c'est l'un des deux princes, et que l'autre est son fils luimême.
Devine si lu peux et choisis si lu l'oses I
(( Le reste est le résultat de ces mêmes données puissamment méditées et retournées sur ellesmêmes. Mais il n'y a pas jus(pi'au sénateur Exupère que certains traits du texte liistorique n'aient pu suggérer comme le type de ces conspirateurs de palais, qui attendent le moment d'étouffer le despote^ tout en paraissant le servir aveuglément
« Donc, quant à VRéraclins, depuis l'invention semi-historique du personnage de Léontine, ce premier prerrae de la tragédie. jii<(|u'au nmindre
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délail. jusqu'à cet enfaut dont la plaie dégoutta de lait au lieu de sang". Corneille a tout trouvé par les seides voies qui ]3ussent amener une pensée à de telles combinaisons »
N'est-ce pas là ce qui s'appelle nous introduire, comme par la main, dans le cabinet de travail de Corneille, nous initier aux plus subtils procédés de sa méthode et nous faire assister, avec une pénétration incomparable, à toutes les évolutions de sa pensée !
Les recherches et les découvertes de la science depuis deux siècles, en nous permettant d'interpréter ce que représentaient les civilisations disparues, de connaître plus à fond les hommes et les choses du passé, ont fourni une base solide au drame historique. Jusqu'à présent, nous n'avons guère profité de cet avantage, et le romantisme particulièrement ingénieux à gâter, à dénaturer ce qu'il touche, n'a vu dans la restitution possible de la couleur locale, qu'un moyen de s'adresser aux sens. Sans essayer de comprendre l'esprit, d'évoquer l'âme des temps antiques^ il s'est arrêté à la surface, au pittoresque des costumes et du décor. Si vigoureuse que fût l'intelligence de Corneille^ si variées qu'eussent été ses lectures^ il ne pouvait évidemment pas devancer les résultats auxquels rérudition arrive à peine de nos jours. Pourtant, l'.'est encore une question de savoir s'il s'est trompé
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sur le caractère el le langage des Romains, comme déjà, de son lemps, le lui reprochait Fénelon, ou bien s'il a rencontré Taccent impérieux et solennel qu'il convient de mettre sur les lèvres du peupleroi. Les nuances caractéristiques par lesquelles une époque se distingue et demeure reconnaissable à travers les âges, manquent dans Perthorlte, Héradius, Attila. L'auteur s'est uniquement attaché à peindre, à exprimer les sentiments généraux ({ui constituent le fond permanent et (essentiel d*; notre nature. Il ne [louvail en être autrement. (Je. n'est pas que Corneille se soit le moins du monde abandonné à la fantaisie. Jamais il n'entreprend de traiter un sujet sans avoir lu consciencieusement ce qui s'y rapporte. Mais les sources qu'il consultait appelaient une interprétation spéciale ou avaient besoin d'être complétées, soit par l'épigraphie, soit par l'adjonction de nouveaux documents. A coup sur, le véritable Héraclius, ce byzantin subtil, courageux, el habile en quelques circonstances, mais presque toujours inconsistant et faible, tel que nous le montre M. Drapeyron dans son substantiel ouvrage^, n'a rien de commun avec le héros de la tragédie. L'Attila du poëte s'écarte un peu moins de la réalité historique, sans resseml)ler
\. L'Empereur Héradius et L'Eirrpirc ln/-anl.in au be]>liè)iu' aiérle 'chez Ernesl Thorinj.