‹ Corneille inconnuChapitre 8 sur 50 · Cui'iiciUe et son temps · texte numérisé non relu

Cui'iiciUe et son temps

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pensé que s'il ee plaignait de l'abandon où demeuraient ses dernières pièces, c'est qu'en réalité ses pièces avaient été délaissées par le spectateur ; elle a cru que si le pocte n'insistait que sur ses tragédies, c'est que les comédies, les poésies religieuses et les compositions légères ne valaient pas qu'on s'y arrêtât. Ainsi, pour avoir trop écouté sa mauvaise humeur, pour avoir supporté trop impatiemment les intermittences de la renommée, pour s'être, à certaines heures de tristesse, de malaise moral, réfugié et comme cantonné dans les plus hautes parties de son œuvre. Corneille aurait nui à sa gloire, si quelqu'un pouvait y porter atteinte. Rien n'est plus intéressant que de suivre, dès le début, et pour ainsi dire pas à pas, ces intimes agitations d'une âme d'élite; rien ne jette une lumière plus vive, plus inattendue, sur le sujet que nous étudions. On parle volontiers de l'Excuse à Ariste, et nous serons obligé d'en toucher quelques mots, mais il existe un document beaucoup plus curieux, beaucoup plus significatif et dont la valeur n'a été comprise ou du moins appréciée que depuis peu d'années. Il s'agit d'une pièce de vers latins écrite par Corneille, probablement dans les derniers mois de 1633. Elle est adressée à l'archevêque de Rouen, François deHarlay deChampvallon. Louis XIII, Anne d'Autriche, le cardinal de Richelieu et toute la cour étaient venus cette même

année séjourner à Forges-les-Eaux, du 15 juin au 3 juillet. Le prélat dut inviter Corneille, déjà fameux dans sa province par les succès cpril venait d'obtenir au théâtre, à composer pour cette circonstance un poëme en l'honneur de Leurs Majestés et de l'illustre homme d'Etat cpii les accompagnait. Corneille s'en excusa dans une pièce fort habile où, se déclarant incapable de répondre convenablement à la demande qu'on a bien voulu lui faire, il n'en distrilnie pas moins, en assez beaux vers latins, des louanges à tout le monde, depuis le roi juscpi'à l'archevêque^ sans oublier sa propre personne à laquelle il accorde une très-large part. A quel moment cette pièce fut-elle présentée à ceux qui en devaient prendre connaissance ? C'est ce qu'il est très-difficile de déterminer.

M. Marty-Laveaux remarque avec raison qu'elle est postérieure au 24 septembre 1633, puisqu'il y est question de la prise de Nancy arrivée à cette date. D'autre part, il y est fait mention de la iSîdnante et de la Place Royale, jouées l'une et l'autre, à ce qu'on croit, en 1634. N'aurait-ce pas été attendre bien tard pour composer et présenter une excuse qui devait valoir surtout par l'à-propos et la promptitude ? On incline d'autant plus à se poser cette question cpie Corneille fut appelé en 1635, peut-être môme vers la fin de 1634, auprès de Pdchelieu pour faire partie des cinq auteurs qui

travaillaient sous les ordres du cardinal. Il serait tout naturel que celui-ci Fayant connu en Normandie et flatté des louanges qu'il en avait reçues, se fût souvenu de lui après son retour à Paris. Cette conjecture ne se soutient pas si la pièce a mis plusieurs mois à parvenir à son adresse. Peut-être VExcuse primitive n'était-elle pas exactement semblable à celle qui fut imprimée plus tard, et certains vers y furent-ils intercalés. Ce point d'histoire littéraire demeure obscur, comme la chronologie des premières comédies de Corneille^ malgré les patientes et scrupuleuses recherches de MM. Marty-Laveaux et Taschereau^

Quelle que soit, du reste, la date précise de cet opuscule, on ne peut le placer ni plus tôt que septembre 1G33, ni plus tard que le mois d'août 1G34, époque à laquelle parut cliez Cramoisy le volume

1. D'après M. F. Bouquet, dans sa consciencieuse étude sur Louis XIII et sa cour aux eaux de Forges, VExcusatio ne fut composée qu'après le départ du roi et de Richelieu. Cette lenteur passablement maladroite ne nous surprendrait pas trop chez l'homme qui demeura un an sans aller remercier Colbert de la pension que celui-ci lui avait fait donner.

Le même auteur pense que diverses pièces de Corneille furent jouées à Forges par la troupe du Marais [Mélite, Clifandre, peut-être la Veuve). Ce fait contribuerait à éclaircir quelques vers un peu embarrassants de VExcusalio,

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qui le contient. Le poëte n'avait écrit ni le Cid, ni même Médée. Cela ne Tempêche pas de déclarer à Tarchevêque de Rouen que si son faible luth n'est pas en état de célébrer les louanges des héros, ses chants, toutefois, ne sont pas sans charme.

« Il se plaît (ce luth) à introduire sur la scène les tendres amours, et à renouveler l'ancienne poésie dramatique par des jeux inaccoutumés. Ma muse enjouée règne au théâtre oi^i la foule ondoie; égayant le peuple , elle l'empêche de connaître l'ennui. Les doctes et les ignorants et le courtisan délicat, tous, jusqu'au Zoïle adouci, qui se ronge les ongles en silence, l'écoutent avec étonnement. Mais ici il n'est pas besoin de tendre fortement les cordes, et notre scène n'exige pas un dur labeur. Le style est familier, mais tel qu'il suffit à Tamant improvisé pour offrir ses vœux à la dame qu'il rencontre, à l'ami qui interpelle un aimable ami survenant, à la jeune fille qui accueille avec joie un prétendant inattendu. Pour moi , Fart consiste à éviter l'art ; et la plupart du temps , mes vers coulant comme d'eux-mêmes , le rhythme vient sans peine seconder la pensée. Toutefois, ma veine n'est pas seulement consacrée aux jeux et à exciter le rire; elle ne se borne pas toujours à ces humbles accords : souvent elle sait joindre le haut cothurne au brodequin, et plaire en même temps par des tons opposés. Parfois un père arrache des

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pleurs à sa fille, ou un amant léger à son amante, ou bien encore un prétendant se livre à une plaisante fureur. Au moment même où les marchands de la Galerie font éclater de rire les spectateurs, tu t'abandonnes, Lysandre, à un courroux qui fait quelque honneur au poëte. La douleur et les soupirs d'Angélique dédaignée n'ont pas moins plu que tes brocards, maligne Phylis; et ceux que tu fais rire à gorge déployée ne peuvent retenir leurs larmes en voyant pleurer Angélique ^.. »

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