LEÇON CINQUIÈME
Racine; ses débuts, quelques détails biographiques.
Messieurs,
Corneille était déjà sur le déclin , lorsqu'une princesse, à qui il était difficile de rien refuser, exprima le <lésir qu'il prît pour sujet d'une tragédie l'histoire des amours et de la séparation de Titus et de Bérénice. Cette princesse se nommait Henriette d'Angleterre ; elle était belle-sœur de Louis XIV ; ils s'étaient aimés et ils avaient dû se quitter, de même que l'empereur de Rome et la belle Juive. Elle se promettait un plaisir secret de voir développer sur la scène des sentiments qu'elle avait bien connus; peut-être aussi voulait-elle pleurer, comme Racine à la profession de la sœur Lalie. Corneille ne se le fit pas dire deux fois; il se mit à l'œuvre tout de suite, et bientôt sa tragédie,intitulée les Amours de Tite et de Bérénice, fut jouée au Palais-Royal. Mais, dans le même temps, les ac-
— Ii5 teurs de l'Hôtel de Bourgogne annonçaient une autre Bérénice. Elle était d'un jeune poète déjà connu par quelques pièces, qui avaient eu un grand succès, de Racine. Henriette d'Angleterre lui avait fait faire un message secret tout semblable à celui qu'elle avait adressé à Corneille, et elle avait ainsi mis les deux poètes aux prises sans que ni l'un ni l'autre s'en doutât.
Le cinquième acte de la tragédie de Corneille renferme d'incontestables beautés. Le sénat y joue un rôle d'une grande vérité historique ; il n'est plus composé de ces fiers Romains, que Corneille aime tant à faire parler; c'est un corps avili par un long esclavage. Bérénice, qui l'aime peu, entend qu'il ne se mêle point de ses affaires, et Titus, en véritable amant, lui expédie aussitôt l'ordre de suspendre ses séances. On voit, à la manière dont cet ordre est donné , que l'empereur est accoutumé à en user cavalièrement avec le sénat.
Allez dire au sénat, Flavian, qu'il se lève ; Quoiqu'il ait commencé, je défends qu'il achève. Soit qu'il parle à présent du Vésuve ou de moi , Qu'il cesse, et que chacun se retire chez soi. Ainsi le veut la reine.
Mais il était trop tard. Le sénat avait déjà pris un arrêté, et avant que Titus eût achevé de parler, Domitien venait lui en apporter la nouvelle.
TiTE.
Qu'ose-t-il m'ordonner?