LEÇON PREMIÈRE
Aperçu général de la vie et de l'œuvre de Molière.
Messieurs ,
Jean-Baptiste Poquelin naquit à Paris, le 15 janvier 1622. Sa mère appartenait à une famille de tapissiers; son père exerçait la même industrie, et avait le titre de tapissier valet de chambre du roi. Il semblait doublement prédestiné à n'être que Poquelin le tapissier, comme ses ancêtres.
Il fut élevé dans ce but, c'est-à-dire qu'il reçut une éducation peu soignée, et qu'il entra de fort bonne heure dans la boutique paternelle. Mais une sphère d'activité si modeste et si prosaïque ne devait pas lui suffire. Son esprit, noblement exigeant, avait trop de sève et de vie pour demeurer dans une médiocrité vulgaire. Il prit le parti d'assiéger son père pour obtenir la permission d'étudier, et il finit par y réussir. Agé
de quinze ans environ, il entra au collége^de^Clermont, dirigé par les jésuites. Inutile de dire que ses progrès y furent rapides et qu'il eut bientôt racheté le temps perdu. Plus tard, il eut Gassendi pour maître de philosophie. A l'inverse delà plupart des grands hommes du XVIP siècle, dont l'éducation philosophique eut pour base les systèmes scholastiques ou les doctrines cartésiennes, il commença, en compagnie de Chapelle, de Bernier et de Hesnaut, par les leçons du philosophe qui fut l'adversaire le plus décidé de Descartes, et que Descartes accusait de représenter les intérêts de la chair. Plus tard, paraît-il, son génie élevé, hardi, lumineux, fut frappé de ce qu'il y avait de clarté et de vigueur dans le Discours sur la méthode et les Méditations philosophiques; mais il ne fut jamais un disciple de Descartes, et l'on peut croire qu'il ne lui fut point inutile d'avoir dès l'abord suivi de près Gassendi. La hardiesse de certaines scènes, dans le Festin de Pierre et ailleurs , témoigne d'une étendue de pensée , qui va au delà de ce qu'on serait en droit d'attendre d'une éducation philosophique purement cartésienne.
Le moment vint de choisir une vocation. Il paraît qu'il se décida pour le droit ; mais, sans que l'on en sache trop le comment ni le pourquoi, il revint de cette décision, et, ses goûts naturels l'emportant, il se mit à la tête d'une troupe de comédiens bourgeois, comme il y en avait alors plusieurs à Paris. Cette troupe, qui prit le nom de V Illustre théâtre, joua d'abord par divertissement; puis, encouragée par le succès, elle joua par spéculation. Dès lors la carrière de Poque-
lin fut décidée, et il changea son nom contre celui de Molièrri. ^^ '^^ ~
Ce fut un grand chagrin pour les siens. Ils firent de sérieux efforts pour le ramener; mais tout fut inutile. Ils lui en gardèrent une longue rancune, comme d'une honte pour le nom des Poquelin, et ils l'exclurent, diton, de l'arbre généalogique de la famille.
Molière n'était point un de ces jeunes gens qui, chargés de dettes et ayant manqué deux ou trois vocations, se font comédiens par pis-aller, pour en finir avec un passé sans issue. Gâtait déjà un jeune homme grave et réfléchi, un contemplateur, comme on l'appela bientôt. Une grande application âTetude et des dons naturels remarquables le rendaient propre à plus d'un emploi. Il n'était point blasé : il avait conservé dans leur vivacité première le sentiment de l'honneur et celui du prix des affections naturelles. Seule l'irrésistible vocation du génie l'emporta.
Le chagrin qu'éprouva sa famille en fut un très vif pour lui. L'anecdote suivante en fait foi : « Après qu'il fut installé à Paris, ditM. Taschereau,un jeune homme vint un jour le trouver, lui avoua qu'un penchant insurmontable le portait à embrasser la carrière du théâtre, et le pria de lui donner les moyens d'obéir à sa vocation. Pour séduire Molière, il se mit à lui réciter avec beaucoup d'art plusieurs morceaux sérieux et comiques. Notre auteur, charmé d'abord de l'aisance pleine de grâce du jeune aspirant, fut plus étonné encore du talent avec lequel il débitait. Il lui demanda comment il avait appris la déclamation. « J'ai toujours eu inclination de paraître en public, lui répondit celui-
ci ; les régents sous qui j'ai étudié ont cultivé les dispositions que j'ai apportées en naissant; j'ai tâché d'appliquer les règles à l'exécution, et je me suis fortifié en allant souvent à la comédie. — Et avez-vous du bien? lui dit Molière. — Mon père est un avocat assez à l'aise. — En ce cas, je vous conseille de prendre sa profession : la nôtre ne vous convient point; c'est la dernière ressource de ceux qui ne sauraient mieux faire, ou des libertins qui veulent se soustraire au travail. D'ailleurs, c'est enfoncer le poignard dans le cœur de vos parents que de monter sur le théâtre; vous en savez les raisons. Je me suis toujours reproché d'avoir donné ce déplaisir à ma famille, et je vous avoue que, si c'était à recommencer, je ne choisirais jamais cette profession. Vous croyez peut-être, ajouta-t-il, qu'elle a ses agréments: vous vous trompez. Il est vrai que nous sommes en apparence recherchés des grands seigneurs; mais ils nous assujettissent à leurs plaisirs, et c'est la plus triste de toutes les situations que d'être l'esclave de leur fantaisie. Le reste du monde nous regarde comme des gens perdus et nous méprise. Ainsi, monsieur, quittez un dessein si contraire à votre honneur et à votre repos. Si vous étiez dans le besoin, je pourrais vous rendre mes services ; mais, je ne vous le cèle point, je vous serais plutôt un obstacle. Représentezvous la peine que nous avons. Incommodés ou non, il faut être prêts à marcher au premier ordre, et à donner du plaisir quand nous sommes bien souvent accablés de chagrins; à souffrir la rusticité de la plupart des gens avec qui nous avons à vivre, et à captiver les bonnes grâces d'un public qui est en droit de nous
gourmander pour l'argent qu'il nous donne. Non, monsieur, croyez-moi, encore une fois, ne vous abandonnez point au dessein que vous avez pris. »
Il y a de l'amertume dans ces paroles de Molière. Il est clair que le mépris attaché à sa vocation et la nécessité de subir l'insolente protection des grands, remplissaient sa vie d'affronts dévorés en silence. Molière avait le cœur fier, et la vocation de comédien, dans ce temps-là surtout, n'était pas de celles où le cœur a le moins à souffrir. Deux choses toutefois le soutinrent. La protection de Louis XIV, souvent éclairée et délicate^jieTurfit pas défaut. En plus d'une occasion, elle fut non-seulement efficace, mais noble et presque touchante. Le jour où Louis XIV le fit déjeijnéir"'avec~Iui pour confondre l'insolence des valets, qui se trouvaient déshonorés de manger avec le poète; le jour où, pour répondre à d'odieuses calomnies, il voulut être le parrain de son premier enfant, Molière put croire que le roi Testimait, non-seulement comme un homme nécessaijÊ^ aux plaisirs de la cour, mais delà bonne manière, et comme un homme de cœur demande à être estimé, pour son propre mérite. Molière trouva une seconde consolation dans les rapports qu'il établit entre ses acteurs et lui : sa famille l'avait abaindonné, il se fit de sa troupe une seconde famille. Généreux, hospitalier, d'un commerce agréable et sûr, prompt à soulager la misère, heureux toutes les fois qu'il pouvait encourager le talent, même au risque de se créer des rivaux , il montra que l'on pouvait être comédien et honnête homme. Il fit preuve d'un beau caractère, capable de faiblesses, sans doute, non de petitesses. Ses
biographies abondent en traits qui lui font honneur. Rappelons seulement les soins qu'il prodigua au jeune Baron, qui devait, par légèreté, le payer d'une étrange ingratitude; et la manière dont il faisait l'aumône. Chacun sait l'histoire de ce pauvre à qui il avait jeté un louis d'or au lieu d'une pièce de monnaie. Le pauvre courut après sa voiture : « Monsieur, lui dit-il , vous n'aviez probablement pas dessein de me donner un louis d'or. Je viens vous le rendre. — Tiens, mon ami, reprit Molière, en voilà un autre. » Puis il s'écria : « Où la vertu va-t-elle se nicher ? »
Toutefois Molière trouva autre chose que des sujets de consolation dans ses rapports avec sa troupe. Il avait le cœur tendre, tendre à l'excès. La grâce et la beauté, la grâce surtout, exerçaient sur lui un attrait irrésistible. Incapable de lutter contre ce penchant, élevé dans un siècle et dans une société où sur ce point la morale n'était pas très exigeante, dévoré d'un insatiable besoin d'affection et d'intimité, il succomba à plus d'une faiblesse. Il jouit d'un bonheur très mélangé dans ses premières affections; mais il crut avoir mieux trouvé le jour où il épousa Armande Béjart, connue dès lors sous le nom de M'^^' Molière.
Armande Béjart avait été recueillie très jeune encore par sa sœur aînée, Madeleine Béjart, femme d'un caractère eltier, pour laquelle Molière avait soupiré quelque temps, et qui eut un si grand succès, lorsque, à la fête de Vaux, elle sortit comme une nymphe de sa merveilleuse coquille. Molière avait suivi l'éducation d' Armande; il y avait contribué, et plus d'une fois il avait protégé la jeune fille contre les emportements
de sa sœur. Mais le rôle de protecteur de la beauté est un rôle dangereux, Molière en fit l'expérience : âgé déjà de quarante ans, touché des grâces et de l'innocence d'une enfant de dix-sept ans, il lui offrit sa main et l'épousa.
Ce mariage le mit dans une position fausse et pleine de difficultés. Il n'y avait pas dans sa troupe moins de trois actrices qui avaient sur lui des droits divers. Madeleine Béjart, son premier amour, M'^^ de Brie, le second, et Armande Béjart, sa femme. Evidemment Molière n'avait pas à chercher bien loin pour trouver des situations périlleuses et comiques.
Mais tout cela n'eût rien été, si sa femme avait eu pour lui quelque affection. Il avait pris le mariage au sérieux, et il aimait M'*^ Molière. Malheureusement elle ne lui répondit que par une froideur glaciale.
Molière , dit-on , en a tracé le portrait dans ce dialogue du Bourgeois (jentilhoinme : « Elle a les yeux petits. — Cela est vrai; elle aies yeux petits, mais elle les a pleins de feu, les plus brillants, les plus perçants du monde, les plus touchants qu'on puisse voir. — Elle a la bouche grande. — Oui; mais on y voit des grâces qu'on ne voit point aux autres bouches; et cette bouche, en la voyant, inspire des désirs; elle est la plus attrayante, la plus amoureuse du monde. — Pour sa taille, elle n'est pas grande. — Non; mais elle est aisée et bien prise. — Elle affecte une nonchalance dans son parler et dans ses actions... — Il est vrai; mais elle a grâce à tout cela ; et ses manières sont engageantes, ont je ne sais quel charme à s'insinuer dans les cœurs. — Pour de l'esprit... — Ah ! elle en a, du
phis fin, du plus délicat. — Sa conversation... — Sa conversation est charmante. — ... Mais, enfin, elle est capricieuse autant que personne du inonde. — Oui, elle est capricieuse, j'en demeure d'accord; mais tout sied bien aux belles, on souffre tout des belles. »
Cet esprit de caprices, ou plutôt de coquetterie, alla se développant, jusqu'à pousser M'*'' Molière à de graves dérèglements. Son innocence, qui avait charmé le poète, était de celles auxquelles il n'a manqué que l'occasion de se perdre. Ils durent se séparer. La Fontaine, qui avait le cœur aussi sensible, mais moins aimant que Molière, s'en lût bientôt consolé. Pour Molière ce fut un long et cruel chagrin. On dit que, à force de voir sa tendresse rebutée, il lui arriva de se laisser distraire, mais il n'en prit jamais son parti. On nous a conservé un entretien qu'il doit avoir eu sur ce sujet avec son ami l'épicurien Chapelle; c'est un morceau un peu long et assez connu , mais trop précieux pour qu'on nous fasse un reproche de le donner de nouveau, sans y rien retrancher, au moins de ce que dit Molière :
« Molière rêvait un jour dans son jardin d'Auteuil, quand un de ses amis, nommé Chapelle, qui s'y venait promener par hasard, l'aborda, et, le trouvant plus inquiet que de coutume, lui en demanda plusieurs fois le sujet. Molière, qui eut quelque honte de se sentir si peu de constance pour un malheur si fort à la mode, résista autant qu'il put; mais, comme il était alors dans une de ces plénitudes de cœur si connues par les gens qui ont aimé, il céda à l'envie de se soulager, et avoua de bonne foi à son ami que la manière dont il était obligé d'en user avec sa femme était la cause de
raccablement où il le trouvait. Chapelle, qui le croyait au-dessus de ces sortes de choses, le railla de ce qu'un homme comme lui, qui savait si bien peindre le faible des autres hommes, tombait dans celui qu'il blâmait tous les jours, et lui fit voir que le plus ridicule de tout (Lait d'aimer une personne qui ne répond pas à la tendresse qu'on a pour elle, ce Pour moi, lui dit-il, je vous avoue que si j'étais assez malheureux pour me trouver en pareil cas, et que je fusse fortement persuadé que la personne que j'aimerais accordât des faveurs à d'autres, j'aurais tant de mépris pour elle qu'il me guérirait infailliblement de ma passion... » Mohère, qui avait écouté son ami avec assez de tranquillité , l'interrompit pour lui demander s'il n'avait jamais été amoureux. — « Oui, lui répondit Chapelle, je l'ai été comme un homme de bon sens doit l'être... — Je vois bien que vous n'avez encore rien aimé, lui répondit Molière, et vous avez pris la ligure de l'amour pour l'amour même. Je ne vous rapporterai point une infinité d'exemples qui vous feraient connaître la puissance de cette passion ; je vous ferai seulement un récit fidèle de mon embarras, pour vous faire comprendre combien on est peu maître de soi quand elle a une fois pris sur nous l'ascendant que le tempérament lui donne d'ordinaire. Pour vous répondre donc sur la connaissance parfaite que vous dites que j'ai du cœur de l'homme par les portraits que j'en expose tous les jours en pubUc, je demeurerai d'accord que je me suis étudié autant que j'ai pu à connaître leur faible; mais, si ma science m'a appris qu'on pouvait fuir le péril, mon expérience ne m'a que trop fait voir qu'il était impossi-
" 318 — ble de l'éviter; j'en juge tous les jours par moi-même. Je suis né avec la dernière disposition à la tendresse, et, comme tous mes efforts n'ont pu vaincre les penchants que j'avais à l'amour, j'ai cherché à me rendra heureux, c'est-à-dire autant qu'on peut l'être avec un cœur sensible. J'étais persuadé qu'il y avait fort peu de femmes qui méritassent un attachement sincère ; que l'intérêt, l'ambition et la vanité font le nœud de toutes leurs intrigues. J'ai voulu que l'innocence de mon choix me répondît de mon bonheur : j'ai pris ma femme pour ainsi dire dès le berceau; je l'ai élevée avec des soins qui ont fait naître des bruits dont vous avez sans doute entendu parler; je me suis mis en tète que je pourrais lui inspirer, par habitude, des sentiments que le temps ne pourrait détruire, et je n'ai rien oublié pour y parvenir. Comme elle était encore fort jeune quand je l'épousai, je ne m'aperçus pas de ses méchantes inchnations, et je me crus un peu moins malheureux que la plupart de ceux qui prennent de pareils engagements. Aussi le mariage ne ralentit point mes empressements; mais je lui trouvai dans la suite tant d'indifférence , que je commençai à m'apercevoir que toutes mes précautions avaient été inutiles et que ce qu'elle sentait pour moi était bien éloigné de ce que j'aurais souhaité pour être heureux. Je me fis à moimême des reproches sur une délicatesse qui me semblait ridicule, et j'attribuai à son humeur ce qui était un effet de son peu de tendresse pour moi. Je n'eus que trop de moyens de me convaincre de mon erreur, et la folle passion qu'elle eut quelque temps après pour le comte de Guiche fit trop de bruit pour me laisser
dans cette tranquillité apparente. Je n'épargnai rien, à la première connaissance que j'en eus, pour me vaincre moi-même, dans l'impossibilité que je trouvai à la changer; je me servis pour cela de toutes les forces de mon esprit; j'appelai à mon secours tout ce qui pouvait contribuer à ma consolation : je la considérai comme une personne de qui tout le mérite était dans l'innocence, et qui, par cette raison, n'en conservait plus depuis son infidélité. Je pris dès lors la résolution de vivre avec elle comme un honnête homme qui a une femme coquette, et qui en est persuadé, quoiqu'il puisse dire que sa méchante conduite ne doive point contribuera lui ôter sa réputation. Mais j'eus le chagrin de voir qu'une personne sans grande beauté, qui doit le peu d'esprit qu'on lui trouve à l'éducation que je lui ai donnée, détruisit en un instant toute ma philosophie. Sa présence me fit oublier toutes mes résolutions; et les premières paroles qu'elle me dit pour sa défense me laissèrent si convaincu que mes soupçons étaient mal fondés, que je lui demandai pardon d'avoir été si crédule. Mes bontés ne l'ont point changée. Je me suis donc déterminé à vivre avec elle comme si elle n'était point ma femme; mais, si vous saviez ce que je souffre, vous auriez pitié de moi. Ma passion est venue à un tel point qu'elle va jusqu'à entrer avec compassion dans ses intérêts; et quand je considère combien il m'est impossible de vaincre ce que je sens pour elle, je me dis en même temps qu'elle a peut-être la même difficulté à détruire le penchant qu'elle a d'être coquette, et je me trouve plus de disposition à la plaindre qu'à la blâmer. Vous me direz sans doute qu'il faut
être poète pour aimer de cette manière ; mais, pour moi, je crois qu'il n'y a qu'une sorte d'amour, et que les gens qui n'ont point senti de semblables délicatesses n'ont jamais aimé véritablement. Toutes les choses du monde ont du rapport avec elle dans mon cœur : mon idée en est si fort occupée que je ne sais rien, en son absence, qui me puisse divertir. Quand je la vois, une émotion et des transports qu'on peut sentir, mais qu'on ne saurait exprimer, m'ôtent l'usage de la réflexion; je n'ai plus d'yeux pour ses défauts, il m'en reste seulement pour ce qu'elle a d'aimable : n'est-ce pas là le dernier point de la folie, et n'admirez-vous pas que tout ce que j'ai de raison ne serve qu'à me faire connaître ma faiblesse, sans en pouvoir triompher?»
Evidemment Mohère n'est pas un de ces moqueurs à l'âme sèche et à l'esprit dénigrant, au banc desquels il convient de ne pas s'asseoir. Rien de plus attachant, rien de plus instructif pour celui qui désire connaître le cœur humain , que cette aUiance du génie comique et de la tendresse du cœur, que ces souffrances d'une âme trop aimante, qui empoisonnent l'existence de l'homme du monde qui a le plus fait rire ses semblables. Il semble que Molière ait été irrésistiblement entraîné par son génie vers un genre qui n'était pas celui que son cœur eût choisi, et qu'il ait souffert d'une lutte sourde et mystérieuse entre les dons de son esprit et les inclinations de son âme. Peut-être faut-il attribuer à cette lutte le fait que Molière a eu quelque peine à accepter la comédie comme le seul genre qui lui convînt, et que, dans la comédie même , il n'a déployé toute l'étendue de ses riches facultés qu'après
en avoir reculé les limites, jusqu'à pouvoir j dire tout ce qu'il sentait, et y répandre toute son àme.
Mais nous avons fort anticipé. L'attrait du caractère de Molière nous a fait oublier l'écrivain. Revenons en arrière.
Dans le temps où il suivait les leçons de Gassendi, Molière avait entrepris, de concert avec Hesnaut, son camarade, une traduction de Lucrèce. Il ne nous en reste que quelques vers habilement intercalés dans le Misanfhrope , et qui nous montrent, à son premier éveil, le talent comique du jeune poète. Molière les a mis dans la bouche d'Eliante , et ils doivent servir à réfuter cette doctrine d'Alceste,
Qu'a ne rien pardonner le pur amour éclate.
Les voici :
L'amour, pour l'ordinaire, est peu fait à ces lois,
Et l'on voit les amants vanter toujours leur choix.
Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable.
Et dans l'objet aimé, tout leur devient aimable ;
Ils comptent les défauts pour des perfections,
Et savent y donner de favorables noms.
La pâle est au jasmin en blancheur comparable ;
La noire à faire peur, une brune adorable ;
La maigre a de la taille et de la liberté ;
La grasse est, dans son port, pleine de majesté;
La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée,
Est mise sous le nom de beauté négligée ;
La géante paraît une déesse aux yeux ;
La naine, un abrégé des merveilles des cieux;
L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne ;
La fourbe a de l'esprit; la sotte est toute bonne;
La trop grande parleuse est d'agréable humeur; Et la muette garde une honnête pudeur.
C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.
Ce morceau a bien de la verve et du trait; ce n'était pourtant qu'un essai de jeunesse. Molière était déjà chef de troupe lorsqu'il se fit connaître comme auteur.
La plupaiH des rhéteurs français distinguent trois sortes de comique : le comique d'intrigue, qui est tout entier dans les événements et résulte des rencontres du hasard; le comique de mœurs, qui naît de la peinture des travers et des ridicules ; le comique de caractère, ou le haut comique, dont la source est au fond même du cœur humain. Cette classification n'a rien de très philosophique; elle prête le flanc à plusieurs objections. Elle est incomplète; plus d'une sorte de comique n'y rentre pas. Pour n'en citer qu'un exemple, la comédie peut exciter sans doute cette espèce de rire que l'on appelle le fou rire, sans tomber ni dans le comique d'intrigue, ni dans celui de mœurs, ni dans celui de caractère. En second lieu, elle distingue des choses qui sont naturellement unies : les événements dépendent en partie des cai\actères et prennent la teinte des mœurs; les mœurs à leur tour dépendent des événements , et ainsi de suite. Elle est applicable, comme beaucoup d'autres, aux œuvres de second ordre et d'un intérêt restreint; mais les chefs-d'œuvre la dépassent. Toutefois, ces réserves faites, il y aurait quelque sévérité à la condamner d'une manière absolue; et l'on peut reconnaître dans le hasard des
événements, dans les mœurs de la société et dans les caractères des hommes, trois sources de comique, d'un intérêt inégal, et que l'analyse réussit, à la rigueur, à isoler. En tout cas, nous l'adopterons un instant : on peut s'en servir pour marquer les progrès du génie de Molière.
Molière a puisé à ces trois sources, en commençant par le comique d'intrigue, et en passant par la peinture des mœurs pour atteindre bientôt à celle des caractères.
Il débuta par quelques farces ou bouffonneries dans le genre italien : le Médecin volant , la Jalousie du Barbouillé. Dans le même temps, il essayait de compositions plus étendues et plus sérieuses, telles que V Etourdi et le Dépit amoureux , comédies excellentes pour l'époque, mais plus faibles pour Molière. Ces diverses pièces furent d'abord jouées en province, où les troubles de la Fronde l'avaient obligé de se retirer, et où nous ne le suivrons point à travers les vicissitudes de sa vocation de comédien ambulant.
Son retour à Paris fut un événement heureux pour sa fortune et surtout pour les progrès de son talent. S'il est un genre pour lequel l'étude des hommes réunis dans un vaste centre d'activité, d'émulation et d'intrigues soit non-seulement favorable, mais nécessaire, c'est la comédie. La plaintive élégie peut s'abriter partout; il y a longtemps que, dans les vallées les plus reculées de nos montagnes , les bergers, qui chantent leurs ranz des vaches, connaissent une poésie pastorale meilleure que celle de Florian; le drame intime et domestique naîtra peut-être dans
— 3i4 — quelque cité ignorée de la province. Mais la comédie est malaisément provinciale. Il y eut des poètes comiques à Athènes, à Rome, à Paris; il n'y en eut point à Weimar. Dans les grands centres, les ridicules et les travers poussent et se multiplient comme les champignons en serre chaude. C'est là que la sottise et la vanité, ces deux inépuisables sources de comique, déploient leurs plus piquants effets. Les maladresses d'un paysan ou d'un petit bourgeois sont chose commune et de peu d'intérêt; mais les maladresses d'un courtisan , sans être nécessairement beaucoup plus rares, sont bien autrement amusantes. La gaucherie en habit de bure ne vaut pas la gaucherie en habit de cour. Comme certaines étoffes qui ont à la lumière des bougies et des lustres des reflets particu- Hers, il est des ridicules qui n'ont toutes leurs nuances, j'allais dire tous leurs chatoiements, qu'exposés au grand jour d'une civilisation raffinée et brillante. Il faut des contrastes à la comédie, et oii donc y en a-t-il plus que dans ces villes populeuses dont on peut dire en général ce que Corneille disait de Paris :
L'effet n'y répond pas toujours à l'apparence ; On s'y laisse duper autant qu'en lieu de France, Etj parmi tant d'esprits plus polis et meilleurs. Il y croît des badauds autant et plus qu'ailleurs. Dans la confusion que ce grand monde apporte, 11 y vient de tous lieux des gens de toute sorte , Et dans toute la France il est fort peu d'endroits Dont il n'ait le rebut aussi bien que le choix.
D'ailleurs la comédie, qui a déjà tant de peine à se ménager dans les grandes villes un peu de liberté, serait bien autrement à l'étroit dans un centre restreint.
Qu'on se figure Molière, faisant jouer les Femmes savantes dans un petit chef-lieu de sous-préfecture, dont le syndic ou le maire serait un Chrysale, époux d'une Philaminte. A Paris, les influences s'annulent les unes les autres, et les ridicules y étant trop nombreux pour se coaliser, il faut bien que la cabale des pédants applaudisse à la satire des hypocrites, en attendant que vienne son tour. Dans les petits centres, au contraire, le poète serait réduit à jouer des ridicules qu'on n'y aurait pas vus depuis deux ou trois générations. Aussi la comédie, pour rester actuelle, s'y fait-elle insaisissable et fugitive : elle se résout en cancans et se joue entre les lavandières de la fontaine.
Paris était donc à tous égards la vraie patrie de Molière . en y revenant il rentrait chez lui. Bientôt son génie s'y sentit au large ; il osa s'abandonner et voler de ses propres ailes : les Précieuses ridicules ne se firent pas attendre. Sans doute, lorsqu'il écrivait cette bluette immortelle, la voix intérieure lui disait à l'avance ce que devait lui crier ce vieillard du parterre : « Courage, Molière, voilà la vraie comédie, d
Des Précieuses au Tartuffe, c'est-à-dire du comique de mœurs finement observé et franchement rendu au haut comique, la distance était moins grande que de V Etourdi aux Précieuses. Toutefois Molière mit quelque temps à la franchir. Il revint, dans Don Garde de Navarre, au genre sérieux, pour lequel il avait un secret penchant; il fut distrait par la composition des Fâcheux, destinés aux grandes fêtes de Vaux, et fort occupé par la polémique à laquelle VEcole des femmes donna Heu.
Cette polémique apprit à Molière le danger qu'il y a à manier trop adroitement les armes de la raillerie; mais il ne se laissa point intimider, et, dans le temps même où il était l'objet de premières et vives attaques, il osait songer à se prendre à plus forte partie; il écrivait le Tartuffe. Les trois premiers actes en furent joués à la cour le 15 mai 1664, mais, sauf une seule représentation , il ne devait paraître librement sur la scène française que cinq ans plus tard , après d'autres chefs-d'œuvre, le Festin de Pierre et le Misanthrope., ses frères puînés.
Molière avait passé quarante ans quand il écrivit le Tartuffe. Il n'avait plus qu'une dizaine d'années à vivre et à travailler; mais il était dans toute la force de son génie, et ces dix années furent fécondes et bien remplies. Jusque-là il n'avait fait qu'étendre pas à pas le domaine de son art ; enfin il le possédait et il pouvait s'y mouvoir à l'aise, passant tour-à-tour, selon les exigences du moment, de cette haute comédie qui fait réfléchir autant qu'elle fait rire à la pure gaîté de la farce, écrivant aujourd'hui pour les divertissements de la cour, demain pour un public qui avait besoin que le Misanthrope fût égayé du Médecin malgré lui, un autre jour méditant à loisir une de ces œuvres de haute volée, dont la postérité seule devait sentir tout le prix.
Mais partout on le retrouve lui-même. Ce serait tomber dans une grave erreur de penser qu'il ne faut chercher Molière que dans ses pièces les plus réfléchies. Sans doute le Misanthrope et le Médecin malgré lui sont des œuvres qu'il serait absurde de placer sur la même ligne : elles ne sont pas du même ordre de
grandeur, dirait Pascal; mais de même que les merveilles de la nature inanimée révèlent une main tout aussi puissante que celles de la nature animée, de même les moindres œuvres de Molière portent la mar- (jue de l'ouvrier à qui nous devons le Tartuffe. « Si l'on croit, disait Diderot, qu'il y ait beaucoup plus d'hommes capables de faire Pourceaugnac que le Misanthrope, on se trompe. ))
Parcourez les pièces de Molière : partout vous trouverez, comme le faisait remarquer Boileau, quelque détail précieux dont on chercherait en vain l'analogue dans les grandes œuvres de moins grands poètes. C'est à V Amour médecin que nous devons le mot fameux : « Vous êtes orfèvre , M. Josse. » C'est au Médecin malgré lui que nous devons cet autre mot non moins connu : « Et voilà justement ce qui fait que votre fille est muette. » Dans toutes, même dans celles qui paraissent le plus dépourvues d'intérêt sérieux, nous surprenons quelque trait de caractère, seulement indiqué parfois, mais qui suffit à révéler cette observation profonde, ou plutôt cette divination des choses humaines, qui fait le grand poète. Voyez dans V Amour médecin ce père qui adore sa fille, qui mourrait si elle mourait, qui pleure comme un enfant en la voyant malade, qui, pour la soigner , fait accourir tous les médecins de Paris, qui lui promet tout, lui offre tout, lui donne tout, mais qui, lorsqu'elle fait signe que sa peine est une peine d'amour, n'entend pas et la quitte brusquement : « Va, fille ingrate, je ne veux plus te parler et je te laisse dans ton obstination. » Cette affection d'un père égoïste, qui aime sa fille pour lui, affection d'au-
tant plus tendre en paroles et abondante en protestations et caresses , d'autant plus prompte à s'alarmer qu'elle est plus égoïste, n'est-ce pas la nature humaine prise sur le fait? Ailleurs ce sera telle satire accablante, qui, pour n'exciter que le rire, ne perd rien de sa valeur philosophique et de son sens profond. Ce sera, dans le Mariage forcé (je ne sors pas des pièces que l'on place en seconde ou troisième Hgne), le pyrhonien Marphurius consulté par le bourgeois Sganarelle, et lui apprenant que, toutes choses étant incertaines, il ne faut pas àxveje suis venu vous consulter, mais il me semble que je suis venu, puis criant sous les coups de bâton qu'il en reçoit, et s'attirant cette réponse accablante : « Corrigez, s'il vous plaît , cette manière de parler. Il faut douter de toutes choses; et vous ne devez pas dire que je vous ai battu, mais qu'il vous semble que je vous ai battu. »
Mais ce à quoi on reconnaît surtout Molière, même dans ses œuvres les moins considérables, c'est à la verve qui ne tarit pas, à l'inépuisable fécondité de l'invention, à l'abondance des traits et des saillies comiques. A cet égard, il alla toujours grandissant. Bien loin de diminuer sa verve, l'âge l'augmenta. Le jour où Molière composa certaines scènes du Tartuffe , il donna sa mesure comme philosophe et moraliste; il put dès lors atteindre aussi haut; mais il ne lui fut plus possible de se surpasser. Comme poète comique et de verve , il eut le rare bonheur , non seulement de ne faiblir jamais, mais de se renouveler sans cesse , en sorte que sa carrière ressemble à une course de plus en plus rapide et pétulante, jusqu'au
moment où la mort l'interrompt brusquement. A ce moment-là il avait atteint au lyrisme comique.
Un critique que nous aimons à citer, parce que de tous les critiques français modernes, il est peut-être celui qui a ouvert le plus grand nombre de voies nouvelles, et que, sans rien perdre de sa finesse première, il n'a pas cessé un instant de gagner en naturel et en heureuse simplicité, M. Sainte-Beuve a déjà relevé ce fait, et le premier, à notre connaissance, il lui a donné toute l'attention qu'il mérite : « Molière , jusqu'à sa mort, dit-il, fut en progrès continuel dans la poésie du comique.... Il faut admirer ce surcroît toujours montant et bouillonnant de verve comique, très folle, très riche, très inépuisable, que je distingue fort, quoique la limite soit malaisée à définir, de la farce un peu bouffonne et de la lie un peu scarronesque où Molière trempa au début. Que dirai-je ? c'est la distance qu'il y a entre la prose du Roman comique et tel chœur d'Aristophane, ou certaines échappées sans fin de Rabelais. Le génie de l'ironique et mordante gaîté a son lyrique aussi, ses purs ébats, son rire étincelant, redoublé, presque sans cause en se prolongeant, désintéressé du réel, comme une flamme folâtre qui voltige de plus belle après que la combustion grossière a cessé, — un rire des dieux, suprême, inextinguible. C'est ce que n'ont pas senti beaucoup d'esprits de goût. Voltaire, Vauvenargues et autres, dans l'appréciation de ce qu'on a appelé les dernières farces de Molière. M. de Schlegel aurait dû le mieux sentir ; lui qui célèbre mystiquement les poétiques fusées finales de Galdéron, il aurait dû ne pas rester aveugle à ces fusées, pour le
moins égales, d'éblouissante gaîté , qui font aurore à l'autre pôle du monde dramatique. »
Déjà l'on aperçoit quelques traces de cette gaie et libre fantaisie dans le rôle remarquable du Médecin malgré lui. Le bûcheron Sganarelle, qui a fait ses classes jusqu'en sixième, et qui se souvient encore de quelques lambeaux de rudiment, finit par prendre goût à son métier de médecin. Son esprit inventif y trouve beau jeu, et, par plaisir plus encore que par nécessité, il se lance, il brode, il argumente, il pérore, il extrevague, il embrouille le cœur et les poumons; il va chercher au fond de sa mémoire quelque bribe rouillée de son latin d'autrefois, et la fait resservir à merveille, s'admirant lui-même de jouer si bien avec l'inconnu. Il n'est jamais meilleur que lorsqu'il prend à part le père de Lucinde, pendant qu'elle cause avec Léandre, l'amant déguisé en apothicaire, et qu'il lui dit gravement : « Monsieur, c'est une grande et subtile question entre les docteurs, de savoir si les femmes sont plus faciles à guérir que les hommes. Je vous prie d'écouter ceci, s'il vous plaît. Les uns disent que non; les autres disent qu'oui : et moi je dis que oui et non ; d'autant que l'incongruité des humeurs opaques, qui se rencontrent au tempérament naturel des femmes, étant cause que la partie brutale veut toujours prendre empire sur la sensitive, on voit que l'inégalité de leurs opinions dépend du mouvement oblique du cercle de la lune.... etc. y> Toutefois, ce n'était encore là qu'un essai timide: la fantaisie comique devait se déployer bien plus à l'aise et bien plus riche dans quelques-unes des dernières pièces de Molière, le Bourgeois gentilhomme, par exem-
pie, et la dernière de toutes, le Malade imaginaire, qui se termine par de véritables fusées de folle et d'étourdissante gaîté.
Etourdissante, disons-nous : Molière avait en effet grand besoin de s'étourdir. Pendant que sa verve se répandait ainsi en un rire sans fin, il souffrait à la fois et de ses chagrins domestiques et de la maladie qui devait l'emporter. Il semble qu'il ait cherché un refuge dans l'excès et l'ivresse du rire. Le contraste que nous avons déjà remarqué entre la gaîté de son génie et la tristesse de son cœur allait croissant. La vie de Mohère ressemble à cette comédie d'Aristophane, où, au commencement, le général Lamachus fait les apprêts du combat, et revient, à la fin, las, blessé et vaincu; tandis que le bon bourgeois Dicaeopolis , après avoir fait pour lui et pour les siens la paix avec Sparte, donne un festin sur une autre partie de la scène, invite ses amis, dirige la cuisine, et, le repas servi, mange, boit, chante et s'enivre. Ce contraste entre les tristes labeurs de la guerre et les joies de la paix est toute la pièce : Aristophane le pousse aussi loin qu'il est possible, et la toile tombe quand il lui a donné sa dernière et sa plus vive expression. De même, dans le drame de la vie de Molière, le contraste entre le rire et les pleurs devient de jour en jour plus intense ; puis la toile tombe aussi : Molière meurt au sortir d'une représentation comique, entre les bras de deux religieuses qu'il avait comblées de ses bienfaits.
Vous savez ce qui suivit sa mort; vous savez quelle lâche revanche prit ce siècle hypocrite sur les cendres de celui qui avait osé dessiner les traits de
Tartuffe. Vous savez comraent l'archevêque de Paris, Harlay de Champvalon , prélat fameux par mille scandales, s'opposa à la sépulture de Molière. Vous savez avec quelle violence de langage de vénérables prélats vinrent plus tard s'associer aux clameurs de cette vengeance tardive. — Détournons nos regards de ce triste spectacle. Associée à l'inconduite d'un Harlay de Champvalon, l'intolérance est odieuse; associée aux vertus d'un Bossuet, elle est doublement triste et fu- Deste. Molière, heureusement, n'est pas tombé au sortir de ce monde entre les mains de ses ennemis.