‹ Corneille, Racine et MolièreChapitre 33 sur 46 · FRÈRE ANSELME · texte numérisé non relu

FRÈRE ANSELME

Quand nous allons par les maisons Nous sommes pâles et desfaicts,

En disant salmes et oraisons Pour ceux qui nous ont des biens faicts; Mais aux champs sommes contrefaicts Chantant chansons vindicatives Avecques paroles lascives.

Les contes de Marguerite de Navarre nous offriraient matière à de nombreux rapprochements. Il serait piquant, si les citations étaient faciles, de mettre en présence de Tartuffe ce prieur, dont elle raconte l'histoire , confesseur rigide qui n'était jamais plus sévère envers les religieuses d'un couvent du voisinage, jamais plus prompt à se scandahser que les jours oîi il s'y rendait dans un mauvais dessein. Et Rabelais. Il a prédit le sort qui attendait l'homme assez imprudent pour toucher au masque de Tartuffe. Souvenez-vous de ce que dit maître éditiie , lorsque Panurge voulut faire chanter de force un gros villain êvesgaut^ qui ne faisait que rontler : « Homme de bien, frappe, féris, tue et meurtris tous rois et princes du monde, en trahison, par venin ou aultrement quand tu vouldras ; déniche des cieulx les anges, de tout auras pardon du papegaut : h. ces sacrés oiseaux ne touche, d'aultant qu'aimes la vie. » N'est-ce pas exactement le mot du grand Condé : « Je voudrais bien savoir, disait le roi après avoir vu jouer Scaramouche ermite, pourquoi les gens qui se scandalisent si fort de la comédie de Molière ne disent mot de celle de Scaramouclie. — La raison de cela, répondit le prince de Condé, c'est que la comédie de Scaramouche joue le ciel et la religion, dont ces messieurs ne se soucient point; mais celle de Molière les joue eux-mêmes, c'est ce qu'ils ne peuvent souffrir. î Les

poètes de la Renaissance, malgré leur mépris pour le cru gaulois n'ont pas dédaigné d'ajouter quelques traits à la peinture du faux dévot. L'Eugène de Jodelle tient son coin dans cette interminable galerie, et Alix, la maîtresse d'Eugène, a des mots presque dignes de Tarluffe :

II faut prendre patiemment Ce que notre Dieu justement Pour |aos commises nous envoie.

Malhurin Régnier a ajouté à tous ces portraits celui de Macette, ce Tartuffe en jupons, comme on l'a heuiTusement nommée , dont le langage n'a pas moins de doucereuse saveur et de patelinage dévot que celui du héros de Molière :

C'est pourquoi déguisant les bouillons de mon âme, D'un long habit de cendre enveloppant ma flamme Je cache mon dessein aux plaisirs adonné. Le péché que Ton cache est demi pardonné. La faute seulement ne gît en la défense. Le scandale, l'opprobre, est cause de l'ofTense. Pourvu qu'on ne le sache, il n'importe comment. Qui peut dire que non, ne pèche nullement. Puis, la bonté du ciel nos offenses surpasse. Pourvu qu'on se confesse, on a toujours sa grâce.

Il serait très aisé, mais très inutile de multiplier les exemples. Evidemment ceux qui , à propos d'autres œuvres, ont lancé contre Molière la ridicule accusation de plagiat, pourraient essayer de lui enlever aussi l'honneur de ce chef-d'œuvre; car, sans parler des Provinciales, dont le Tartuffe est un rejeton brillant, mais suspect de bâtardise, sans parler d'une certaine nouvelle de Scarron, les Hypocrites, à laquelle Molière a

emprunté plus d'un trait, sans parler d'une foule d'autres œuvres, obscures ou célèbres, il y a toute une légende , toute une littérature qui aboutit au Tartuffe. Mais cela même en double le prix à nos yeux. Seuls les poètes souverains se rendent coupables de tels plagiats. De même que les grands événements politiques ou religieux, les chbfs-d'œuvre littéraires se préparent pendant longtemps. Ils ne naissent pas au hasard demain plutôt qu'aujourd'hui, aujourd'hui plutôt que demain; ils supposent un enfantement laborieux et séculaire. Les œuvres que nous admirons le plus ne sont que l'expression dernière et la mieux réussie d'une pensée qui auparavant avait tourmenté plus d'un esprit. Les artistes de second ordre peuvent venir en tout temps et ne devoir rien qu'à eux-mêmes ; les grands poètes ont des précurseurs.

Mais n'est-ce pas une chose frappante que de voir la poésie française tourner pendant des siècles autour de ce sujet peu fait pour attirer, que de voir chaque génération ajouter un trait à cette figure repoussante, apporter son tribut à la formation de ce type hideux? Quelle étrange fascination exerce-t-il sur elle? Certainement ce n'est pas là une lâche gratuite qu'elle ait choisie d'elle-même; elle y a été condamnée par les circonstances. Mais par quelles circonstances?

Grave question, que je tenais à poser et à laquelle, je l'avoue, je suis embarrassé de répondre.

Peut-être pour démêler toutes les causes qui ont contribué à multiplier dans la poésie française les ancêtres de Tartuffe, faudrait-il remonter très haut ; peutêtre y a-t-il là une espèce de vengeance? La religion

chrétienne ne s'établit dans les Gaules que par droit de conquête. Elle y rencontra de vives résistances; les races celtiques ne renoncent pas aisément à leur croyance et à leur passé. Enfin elle réussit à l'emporter ; mais qui sait s'il ne faut pas voir dans le zèle des trouvères à blazonner le moine hypocrite une prolongation de ces résistances, ou plutôt une de ces dernières satisfactions d'amour-propre que le vaincu s'accorde après la défaite aux dépens du vainqueur. La poésie est m alaisée à convertir ; elle est la dernière forteresse dans laquelle se réfugient les religions qui succombent et les nationalités qui disparaissent. Peut-être y a-t-il eu à l'hostilité des trouvères contre le clergé en France, des causes analogues à celles qui ont produit en Angleterre l'hostilité des bardes contre l'Eglise.

Peut-être aussi et plus certainement faut-il rapprocher ce fait de la tendance de tout temps très marquée de l'esprit français à donner dans les choses de la religion une importance prépondérante aux formes, triste héritage de la civilisation et du génie des Latins. La race latine, admirablement douée pour la politique et le droit, était au fond médiocrement religieuse. A mesure qu'elle étendit son empire, elle le devint de moins en moins , si bien qu'il arriva un jour où l'état fut le premier dogme de la religion romaine, et où le chef de l'état fut non-seulement un pontife, mais un dieu. La France est un des pays modernes qui, à cet égard, ont subi de la manière la plus profonde l'influence latine. Les droits des formes religieuses y ont sans cesse prévalu sur ceux du sentiment religieux. Il en était ainsi déjà au moyen âge. Au XVI^ siècle on le vit mieux

encore. Le sentiment religieux fut assez fort pour créer deux Alleniagne ; en France, il dut céder à l'ascendant combiné des formes traditionnelles et de l'instinct politique. Le clergé et le pouvoir royal se partagèrent ses dépouilles. Paris vaut bien une messe, avait dit Henri IV : ce mot-là est tout français ; il indique à merveille le résultat des luttes du XVI® siècle ; deux choses en sortirent triomphantes: la messe, c'est-à-dire les formes traditionnelles; Paris, c'est-à-dire l'unité politique. Cette tendance du génie français se trahit jusque dans les révolutions, qui ont eu pour point de départ un réveil de la conscience. La Réforme en France fut plus positive, plus formahste qu'ailleurs. Elle y produisit Calvin, l'homme qui entreprit de la discipHner, celui des réformateurs qui méconnut le plus gravement la liberté du sentiment religieux. Sans doute le bûcher de Servet fut salué avec joie dans presque toute la chrétienté protestante; mais il est permis de croire que ni Luther, ni Mélanchthonne l'eussent allumé. Le XV!!*" siècle compléta l'œuvre du XVF; il acheva la défaite du sentiment reliarieux. La révocation de l'édit de Nantes le proscrivit une dernière fois sous sa forme protestante ; Fénelon, le plus catholique de tous les Français du siècle de Louis XIV, le défendit sans succès dans le sein de l'Eglise cathohque; avec Port- Royal, il fut de rnême condamné sous son déguisement janséniste : il fut réduit à la soumission et battu sur toute la ligne, sur les deux ailes et au centre. Aussi, quand s'engagèrent les grands débats du XVIIF siècle, ne parut-il qu'à l'arrière-plan dans la lutte : ce n'était plus sa cause qui se plaidait; elle avait été déjà jugée

et perdue, c'était la cause des formes religieuses qui en avaient revendiqué le privilège exclusif, et que, par un ensemble de circonstances propices, il avait pu animer un instant, mais dont la tyrannie l'avait promptement étouffé. Le silence de la soumission lui est toujours mortel. On accuse Voltaire d'avoir ruiné la religion. xVux yeux des masses, qui jugent des choses sur l'apparence, il aura de la peine à se justifier de cet attentat: elles se le figurent, comme nous le représente Musset, se relevant de son tombeau pour aller encore secouer de ses mains décharnées la croix de Golgotha; mais pour quiconque voit les choses d'un peu haut, il y a longtemps déjà que Voltaire a été absous, au moins sur ce chef d'accusation. Le mal date de bien plus loin. Ce qui le prouve, c'est que dans le sein de l'église la foi ne fut pas assez forte pour susciter à Voltaire un seul adversaire digne de lui; il n'y rencontra d'autre résistance sérieuse que la force d'inertie d'un pouvoir qui a duré. Voltaire fit acte de franchise. En couvrant de ridicule des formes désormais vides, il ouvrit les yeux de tous sur une situation qu'il n'avait point créée; le déisme dont il fut l'apôtre n'était que la religion réelle de la France, ce qui restait, une fois le masque levé. Il ne faut pas se le dissimuler, les termes dans lesquels s'engagèrent les discussions du XVIIP siècle, révèlent un vide profond, l'absence du sentiment religieux. Aujourd'hui encore ce vide n'est pas comblé. En Allemagne la critique peut s'attaquer aux dogmes et à la tradition sans que la religion en soit frappée au cœur. Les théologiens allemands les plus hardis sont euxmêmes des hommes religieux. Ils gardent une foi et

un culte. Nulle part l'adoration n'est plus véritable que dans ce pays, qui ne recule devant aucune des hardiesses de la critique. En France, la critique a la main sèche; partout où elle a passé, il ne reste que des opinions. Aussi ne faut-il pas s'étonner s'il y a aujourd'hui tant de Français qui ne voient de refuge contre Voltaire et M. About que dans Joseph de Maistre — hélas! et dans M. Veuillot.

Il est difficile, sinon impossible, de concevoir le sentiment religieux dépouillé de toute forme : les formes sont pour lui ce qu'est la parole à la pensée. Mais il n'en est pas moins vrai que partout où il est soumis à une forme établie et jugée seule véritable, partout où l'hétérodoxie est plus dangereuse que l'impiété, l'hypocrisie a beau jeu. Le formalisme en est l'introducteur naturel dans les sociétés humaines : qu'il le veuille ou non, il la traîne partout après lui, il en favorise les progrès et la couvre de son manteau. Aussi les pays où les iormes de la dévotion sont plus en honneur que la dévotion même, sont-ils ceux où l'hypocrisie, cette lèpre morale, la plus hideuse de toutes, se plaît à exercer ses ravages. La France en a fait l'expérience. Certes l'hypocrisie est un vice humain, qui n'a pas de patrie spéciale; mais, comme tous les fléaux, il redouble d'intensité lorsque les circonstances lui sont propices, et la France a eu le privilège de lui offrir un sol bien préparé.

Mais l'hypocrisie ne devient nulle pari un vice commun sans que la conscience proteste ; et la protestation est d'autant plus vive que le mal est plus grand. L'hypocrrtea beau se cacher : il y a toujours quelqu'un

qui le suit du regard et le dénonce. Dans la France du moyen âge, ce fut la poésie populaire qui s'acquitta de ce rôle. Le trouvère épia le moine. Puis, au XVII® siècle, le moment étant favorable; le formalisme étant plus rigoureux que jamais, l'hypocrisie s'étant raffinée dans les hautes classes de la société, et y jouant son jeu avec audace et liberté, Molière enfin ayant pris la succession des trouvères, au lieu d'un fabliau narquois, on eut le Tartuffe. Le vice avait été poussé à sa perfection, le châtiment devait y atteindre aussi.

Ainsi, lorsqu'elle s'acharnait sur ce type de l'hypocrite, la poésie française subissait la loi de la réalité. Si dans la poésie française l'hypocrite a joué un grand rôle , c'est que l'hypocrisie en a joué un semblable dans la société française. En donnant à chaque race son génie , la Providence semble avoir imposé à chacune la mission de porter haut certaines vertus , mais aussi d'approfondir certains vices , et de manifester ce dont l'homme est capable dans chaque direction, soit pour le bien, soit pour le mal. La France a poussé à l'extrême quelquesunes des vertus et des qualités sociales, mais non sans cultiver aussi, et avec un succès trop réel, quelques-uns des vices correspondants : c'est la plaie qui la rongeait que Molière a osé mettre à nu. Aussi le Tartuffe a-t-il autre chose qu'un intérêt littéraire : il a une portée historique et morale que l'on ne saurait trop méditer.

Dans le temps où il fut joué, il avait en outre un intérêt politique. Les attaques de Pascal contre les casuistes étaient récentes: le succès des Provinciales avait

porté à leur crédit un coup sensible; mais il en avait en même temps révélé la puissance. A la cour, une lutte d'un genre un peu différent venait de s'engager, ce Le roi, dit un commentateur de Molière, avait vingt-trois ans, son règne commençait; Mazarin venait de mourir; le goût du jeune roi pour la magnificence et les plaisirs fâchait l'ancienne cour, et commençait à former la nouvelle. La séparation s'établissait peu à peu. » — Cette opposition, tantôt sourde, tantôt plus franche, entre le parti des plaisirs et celui d'une sévérité chagrine se continua avec des chances diverses jusqu'au moment où Louis XIV, vieilli et ennuyé, devenu inamusable, comme disait M™^ de Maintenon, se jeta à son tour dans les excès d'une dévotion formaliste. Le Tartuffe survint dans un moment où la lutte était vive, et l'alarme qu'il répandit fit voir que Molière avait frappé juste. Ces circonstances expliquent seules le dénouement de la pièce , amené par l'intervention très invraisemblable du roi. Ce dénouement, dit-on, montre le vice du sujet; mais rien ne prouve qu'il fût le seul possible. A nos yeux il ne trahit ni le vice du sujet, ni l'impuissance de l'auteur, mais bien les périls de l'entreprise. Il est peu littéraire; mais il double l'intérêt historique du Tartuffe; il en fait un manifeste, et il élève la scène sur laquelle jouait Molière presque à la hauteur d'une tribune.

Mais, en entrant dans la h ce, Molière venait-il au secours de Pascal, ou bien ne prenait-il en main que la cause des plaisirs de la cour menacés par une feinte sévérité? Fit-il l'œuvre de la religion ou celle de la frivolité? Est-ce^ Pascal qu'il dut être plus agréable, ou

bien serait-ce peut-être à Ninon de Lenclos? Grave question, que nous aborderons en son lieu, lorsque nous étudierons la portée morale du théâtre de Molière, pris dans son ensemble. Ne cherchons aujourd'hui qu'à bien saisir le caractère de Tartuffe.

Nous avons parlé, dans notre dernier entretien, d^une critique étroite et conventionnelle qui a fait beaucoup de mal en France, L'Allemagne nous a donné plusieurs exemples d'une critique plus savante, mais non moins étroite. Poussés par le désir très respectable de remonter en toutes choses au commencement, et de donner à leurs théories une forme systématique, les littérateurs d'outre-Rhin ont cherché le type premier de chaque genre. Ils n'ont rien fait en cela que de très légitime; mais ils ont eu le tort de donner à ces types une valeur exclusive et absolue, en sorte que leur critique, quoique par de tout autres motifs que la rhétorique française, a eu de même pour résultat d'assujettir l'art à des moules uniformes et à des conceptions arbitraires. Lessing, après s'être fait delà fable une idée particulière, en prenant pour base le peu que l'on sait d'Esope, a cru pouvoir traiter avec dédain tout ce qui s'en éloignait et particulièrement La Fontaine, Mais il est clair que la sentence que Lessing prononce contre le bonhomme n'est pas suffisamment légitimée par les considérants dont il l'appuie. Si le genre de La Fontaine n'est pas celui d'Esope, cela prouve tout simplement qu'il serait peut-être bon d'avoir deux noms pour les désigner ; mais cela ne prouve pas que celui du fabu-

liste français soit nécessairement mauvais. Schlegel en use de même avec la comédie : il l'étudié dans Aristophane; il s'en fait un type aussi, ce que les Allemands appellent un Begriff^ mot difficile à traduire, qui trahit le fort et le faible du génie germain; puis il constate que Molière ne s'y est point conformé et il en prend occasion de le maltraiter très fort. Ici encore la conclusion dépasse les prémisses. Il n'est pas absolument nécessaire de répéter éternellement Aristophane. Molière a fait autrement que lui. Mais si, selon son expression , il a su nous prendre par les entrailles , les règles savantes de Schlegel ne nous empêcheront pas de trouver du plaisir au Tartuffe^ pas plus que les règles extérieures de Laharpe ne nous empêchent de goûter Shakespeare.

On dit que le sujet du Tartuffe ne convient pas à la comédie ; on affirme que Molière l'a corrompue en la forçant à devenir sérieuse.

A cela on peut répondre deux choses : on peut d'abord écarter l'objection en disant qu'il peut fort bien exister dans la poésie dramatique un genre à part, moitié comique, moitié sérieux, qui n'est ni la tragédie, ni la comédie pure, et qui pourtant n'en a pas moins sa beauté propre. Puis, si l'on veut à toute force avoir des types pour tout, on peut prendre le Tartuffe comme type de ce genre-là, et attendre, avant de pousser plus loin la défense, que la nullité ou la fausseté du genre ait été suffisamment étabUe.

Ensuite, si on le juge convenable, mais sans préjudice de la première ligne de défense, on peut descendre sur le terrain choisi par les censeurs du Tartuffe, et

démontrer que, même à leur point de vue, le poète français est justifiable. Certainement, il y a dans le Tartuffe des scènes qui ne font pas rire; mais les choses humaines ne se scindent pas de telle façon que le comique ne touche jamais au sérieux. Aristophane a des parties sérieuses aussi bien que Molière. Ce que l'on peut exiger d'une comédie, c'est que le comique existe dans la donnée essentielle, dans la création qui fait centre. Une pièce où il n'y aurait de comique que les accessoires ne serait pas une comédie. Mais ce n'est point le cas du Tartuffe. Tartuffe est bien une création comique: nous désirons essayer de le prouver.

Il y aurait une troisième manière de plaider la cause de Molière, et ce ne serait pas la moins bonne: on pourrait contester, pour toutes sortes de motifs, la valeur du type comique qu'on essaie de lui opposer; on pourrait établir que ceux qui le mettent en contradiction avec Aristophane entendent mal Aristophane, et se refuser nettement à reconnaître dans les saillies d'une folle gaîté, l'inspiration fondamentale du poète grec. Nous en dirons peut-être plus tard quelque chose ; pour aujourd'hui bornons-nous à dire en quoi Tartuffe est comique.

Mais auparavant indiquons encore une autre critique dont le Tartuffe a été l'objet, une critique toute française, dontl'examen pourra se faire en même temps.

La Bruyère a traité à nouveau le caractère de l'hypocrite et l'a fait dans l'intention évidente de corriger Molière. Il reprend trait par trait le modèle dessiné par Molière, et, après avoir soigneusement effacé chaque coup de crayon, il en donne un autre à la place. Aux

yeux de La Bruyère, Tartuffe est un hypocrite de théâtre et non pas un hypocrite observé d'après nature.

« Onuphre (l'hypocrite de La Bruyère) ne dit point ma haire et ma discipline^ au contraire; il passerait pour ce qu'il est, pour un hypocrite, et il veut passer pour ce qu'il n'est pas, pour un homme dévot: il est vrai qu'il fait en sorte que l'on croit, sans qu'il le dise, qu'il porte une haire et qu'il se donne la discipline. Il y a quelques livres répandus dans sa chambre indifféremment; ouvrez-les, c'est le Combat spirituel, le Chrétien intérieur et V Année sainte : d'autres livres sont sous la clef..... Il évite une égli.^e déserte et solitaire, où il pourrait entendre deux messes de suite, le sermon, vêpres et complies, tout cela entre Dieu et lui, et sans que personne lui en sût gré : il aime la paroisse, il fréquente les temples où se fait un grand concours; on n'y manque point son coup, on y est vu. Il choisit deux ou trois jours dans toute l'année, où à propos de rien il jeûne ou fait abstinence : mais à la fin de l'hiver il tousse, il a une mauvaise poitrine, il a des vapeurs, il a eu la fièvre : il se fait prier, presser, quereller pour rompre le carême dès son commencement, et il en

vient là par complaisance S'il se trouve bien d'un

homme opulent à qui il a su imposer, dont il est le parasite, et dont il peut tirer de grands secours, il ne cajole point sa femme, il ne lui fait du moins ni avance ni déclaration ; il s'enfuira, il lui laissera son manteau,

s'il n'est aussi sûr d'elle que de lui-même Un

homme dévot n'est ni avare, ni violent, ni injuste, ni même intéressé. Onuphre n'est pas dévot, mais il veut être cru tel, et, par une parfaite quoique fausse imita-

tion de la piété, ménager sourdement ses intérêts: aussi ne se joue-t-il pas à la ligne directe, et il ne s'insinue jamais dans une famille où se trouvent tout à la fois une fille à pourvoir et un fils à établir; il y a là des droits trop forts et trop inviolables; on ne les traverse point sans faire de l'éclat, et il l'appréhende, sans qu'une pareille entreprise vienne aux oreilles du prince, à qui il dérobe sa marche, par la crainte qu'il a d'être découvert et de paraître ce qu'il est. Il en veut à la ligne collatérale, on l'attaque plus impunément : il est la terreur des cousins et des cousines, du neveu et de la nièce, le flatteur et l'ami déclaré de tous les oncles qui ont fait fortune. Il se donne pour l'héritier légitime de tout vieillard qui meurt riche et sans enfants; et il faut que celui-ci le déshérite, s'il veut que ses parents recueillent sa succession : si Onuphre ne trouve pas jour à les en frustrer à fond, il leur en ôte du moins une bonne partie : une petite calomnie, moins que cela, une légère médisance lui suffît pour ce pieux dessein, et c'est le talent qu'il possède à un plus haut degré de perfection : il se fait même souvent un point de conduite de ne le pas laisser inutile; il y a des gens, selon lui, qu'on est obligé en conscience de décrier, et ces gens sont ceux qu'il n'aime point, à qui il veut nuire et dont il désire la dépouille. Il vient à ses fins sans se donner même la peine d'ouvrir la bouche: on lui parle d'Eudoxe, il sourit ou il soupire: on l'interroge, on insiste, il ne répond rien; et il a raison, il en a assez dit. »

Ainsi voilà Tartuffe atteint d'une double critique :

d'une part on lui reproche de n'être pas comique, d'autre part de n'être pas naturel.

Nous ne dirons pas avec M. Aimé Martin, dans les notes de sa belle édition de Molière, que le portrait d'Onuphre n'est dans ce qu'il a de bon qu'une copie de celui de Tartuffe , et que dans le reste il ne décèle que l'impuissance de l'auteur. Loin de là. Sauf quelques traits peut-être pour lesquels le crayon de La Bruyère, ordinairement si fin, semble s'être émoussé , il nous paraît vivant et habilement touché. La ressemblance est frappante : chacun connaît quelque Onuphre.

Onuphre et Tartuffe sont deux personnages très distincts. Ils sont vrais l'un et l'autre, mais non pas de la même manière. Le premier, exactement copié sur la nature, serait à sa place dans un roman ; le second, idéalisé par le génie, est une création poétique. Idéalisé, disons-nous: la comédie idéalise en effet, mais dans le sens comique; elle accentue le trait comique; elle développe les germes cachés dans la réalité et pousse les travers à leur perfection. Le roman, genre moyen, qui occupe tout l'espace intermédiaire entre la prose pure et la pure poésie, qui aime les détails précis et prend les choses de moins haut, s'accommoderait sans peine du personnage d'Onuphre; mais il ne saurait accepter celui de Tartuffe. Lorsque Marivaux, dans sa Vie de Marianne, a mis en scène M. de Glimal, il a dû plus d'une fois se rappeler l'esquisse tracée par La Bruyère. La Bruyère a fait l'œuvre d'un observateur pénétrant, Molière celle d'un poète.

En faut-il conclure que Tartuffe soit moins vrai que son

digne émule et confrère? Nullement. Il n'est pas besoin de faire remarquer qu'il a pour lui la vérité poétique. Il est rare que la nature achève ses œuvres; le plus souvent elle se contente d'ébauches. La poésie, en les achevant, les appelle à une vérité plus haute et à une vie plus complète. D'ailleurs, si idéalisé qu'il soit. Tartuffe est historiquement aussi vrai que le prudent Onuphre. Au XVII^ siècle, l'hypocrisie n'était pas si timide. Elle osait marcher le front haut et se trahir impudemment.

D'ailleurs la position de Tartuffe est autre que celle d'Onuphre. La Bruyère a peint l'hypocrite cherchant à parvenir, Molière l'hypocrite parvenu. Tartuffe n'a pas seulement l'astuce du faux dévot; il a encore l'effronterie du pied-plat qui a réussi.

Mais, avant d'insister sur ce point, il n'est peut-être pas inutile de rappeler avec quelle profusion Molière a semé autour de Tartuffe les situations et les personnages comiques. Il y a de quoi rire dans la famille d'Orgon. Dorine, la suivante, est sans doute une création de fantaisie, comme le sont assez fréquemment les valets et les soubrettes de la comédie moderne; elle rappelle les esclaves de Plante: elle se mêle de tout, son impertinent caquet ne tarit jamais, elle est le génie protecteur des jeunes gens qui s'aiment et que sépare la volonté tyrannique d'un père. Tout cela était fort naturel à Rome du temps de Plante et l'était moins en France du temps de Molière. Mais ce rôle de convention était accepté et autorisé par l'usage, et Mohère s'en est habilement servi. Les brusques réparties de Dorine, les sailHes piquantes d'un bon sens un peu

cru, qui lui échappent sans cesse, font un heureux contraste avec le jargon mielleux de Tartuffe et multiplient les effets comiques. Le caractère d'Orgon n'est pas moins plaisant. Coiffé de son pauvre homme, Orgon fait sur la scène l'entrée la plus merveilleusement comique que l'on connaisse au théâtre. Molière a tiré de la sottise de la dupe de Tartuffe des effets admirables: ce n'est pas seulement par sa présence, c'est par son caractère qu'il égaie la scène périlleuse où Tartuffe est mis à l'épreuve. Elmire a beau tousser, Tartuffe a beau dire les choses avec une clarté qui ne laisse rien à désirer, on le sent là, sous la table, se refusant à l'évidence et n'arrivant à la conviction que lorsque Tartuffe, perfidement amené sur son chapitre par l'adresse d'Elmire, l'a jugé en deux mots:

Qu*est-il besoin pour lui du soin que vous prenez? C'est un homme, entre nous, à mener par le nez.

Il est clair que jusque-là Orgon doutait : malgré tout ce qu'il avait entendu, il lui en eût fallu davantage si Tartuffe se fût borné à parler le langage d'un amour impudique et grossièrement sensuel ; mais ce dernier trait l'a convaincu; c'est que ce trait-là touchait à quelque chose de plus chatouilleux encore que les justes susceptibilités du mari , il touchait à la vanité de l'homme. Cela est d'un comique excellent et profond. Orgon est encore plus amusant quand il voit clair que quand il est aveuglé, et sa sottise n'est jamais plus risible que lorsqu'elle éclate dans son indignation. Mais de tous les ressorts comiques propres à faire diversion ceux que Molière a trouvés dans le rôle de M™® Per-

nelle, la mère d'Orgon, ne sont pas les moins admirables; elle n'apparaît que deux fois, au commencement et à la fin : elle engage l'action et elle la clôt; mais avec quel art incomparable ! On ne sait si elle fait une plus plaisante figure dans cette exposition que Goethe déclinait un chef-d'œuvre, ou dans cette scène du dénouement qu'elle vient égayer tout-à-coup, lorsque la situation, de plus en plus tendue, ne laisse guère entrevoir qu'une issue fatale; elle n'a pas vu, vu de ses propres yeux, et, plus engouée que son fils, elle l'oblige à jouer inutilement avec elle le rôle que sa famille a si longtemps joué avec lui. Cette scène aussi est du meilleur comique, d'autant meilleur qu'elle est aussi naturelle qu'inattendue.

Mais tous ces éléments comiques, quoique semés avec art et profusion autour du personnage principal, ne suffiraient pas à justifier Molière, s'ils ne servaient qu'à faire diversion. Molière l'a senti et il a trouvé le secret de déposer le germe comique dans le cœur de Tartuffe lui-même. Il l'a fait de deux manières : d'abord en donnant à son héros, outre l'astuce du faux dévot, l'effronterie du parvenu. Ce trait de caractère est de toute importance, quoiqu'il ait passé inaperçu de la plupart des critiques : il n'y a qu'à le relever pour répondre à la fois aux observations de La Bruyère et à celles de Schlegel. Ce qui rend Tartuffe comique, c'est qu'arrivé au moment où il se croit sûr de son fait, où il pense avoir assez serré le bandeau sur les yeux d'Orgon, il perd toute retenue, et, par son impudence, devient l'artisan de sa propre ruine. Il a la jactance de l'hypocrisie : il se porte à merveille, il a le teint frais,

la joue rose, il mange dévotement les bons morceaux, il censure tout le monde avec une merveilleuse insolence, il se censure lui-même pour avoir tué une puce avec trop de colère, il fait sonner bien haut sa haire et sa discipline; puis quand un homme dont la parole a quelque autorité et qui ne se laisse point abuser par ses grimaces, essaie de lui parler raison, il tire sa montre et rompt l'entretien :

Il est, monsieur, trois heures et demie : Certain devoir pieux me demande là-haut Et vous m'excuserez de vous quitter sitôt.

La plupart des commentateurs n'ont vu que le côté odieux de Tartuffe : ils le comparent à logo; mais la comparaison n'est pas juste. lago est un homme méchant, Tartuffe est un homme vil. C'est dans la solitude que le génie du mal s'est emparé du cœur de lago ; c'est dans la société que le génie de la bassesse s'est emparé de celui de Tartuffe. Les passions haineuses qui ont fermenté dans le sein du séducteur d'Othello, lui ont donné celte clairvoyance, cette science diabolique, qui en fait en son genre un homme supérieur. Les faciles triomphes de Tartuffe l'ont aveuglé, et ses bassesses mêmes ont émoussé la pointe de cet esprit de finesse qui seul pourrait prolonger son règne. La passion éclaire parfois, la bassesse jamais. lago est assez habile pour prendre dans ses filets un homme de la force d'Othello ; il n'y a qu'un Orgon qui puisse tomber dans les grossiers panneaux de Tartuffe. La gaîté à part, Tartuffe ressemble plutôt à Scapin ; on peut aussi le rapprocher de Narcisse ; et Narcisse et lui , s'ils eussent vécu dans d'autres cir-

constances, n'eussent été que des valets obscurs et (ripons. On parle toujours de la profonde scélératesse de Tartuffe; profonde, elle l'est en un sens, mais cela ne l'empêche point d'être plate et grossière. On n'a pas encore remarqué, si je ne me trompe, que le jeu de Tartuffe est exactement celui de Scapin dans la scène de la bastonnade. Orgon, comme Géronte, se laisse mettre la tête dans le sac. Tartuffe croit le tenir et se joue de lui comme Scapin. Un moment il semble qu'Orgon va être délivré ; mais, tout aussi facilement que Géronte, il se laisse remettre la tête dans le sac; et cette fois, Tartuffe, toujours comme Scapin, joue son jeu avec si' peu de façons, se dispense à tel point de tout ménagement, frappe si fort, se trahit et s'accuse si bien, qu'il se dupe lui-même en croyant duper autrui. Une hypocrisie adroite et ne suivant que des voies souterraines, comme celle d'Onuphre, n'aurait rien de comique; mais l'hypocrisie qui s'affiche, qui frise la forfanterie et l'ostentation : voilà un contraste heureux , propice à la comédie. De là vient, par parenthèse, que, malgré le dire de plusieurs critiques, on n'éprouve pas une angoisse bien vive en voyant les malheurs dont la famille d'Orgon est menacée. On sent que le triomphe de Tartuffe est impossible; on sent que le pied lui glisse; et l'on suit les progrès de l'action, parfois avec une curiosité inquiète, mais sans cesser d'avoir foi au poète.

En second lieu Tartuffe a sur l'Onuphre de La Bruyère un genre de supériorité qui achève d'en faire un type de comédie. Onuphre n'a qu'une pensée. C'est un hypocrite froid, qui se possède, et dont aucun sen-

liment trop vif ne met en défaut la prudence. Il n'est point rare que les personnages de La Bruyère aient un tic plutôt qu'un caractère, et qu'ils personnifient seulement un penchant ou une mode. Vous connaissez son fleuriste, qui a pris racine au milieu de ses tulipes: a Cet homme raisonnable, qui a une àme, qui a un culte et une religion, et revient chez soi fatigué, affamé, mais fort content de sa journée : il a vu des tuhpes.» Dans son genre ce portrait est parfait; mais ce n'est pas celui d'un homme, c'est la vive peinture d'une originalité. Le caractère d'Onuphre n'est pas aussi simple; mais combien il est loin d'avoir l'ampleur et le mouvement de celui de Tartuffe ! Molière ne craint pas d'accuser les contrastes dans le cœur de ses héros et de multiplier, parfois en les opposant, les mobiles qui les font agir. En cela il se montre créateur; ce talent n'appartient qu'aux grands poètes. Il est beaucoup d'officiers capables de marcher à la tête d'une compagnie ; mais il en est fort peu qui sachent faire manœuvrer avec ensemble tous les corps d'une nombreuse armée : de même il n'est pas très rare de rencontrer des artistes assez habiles pour exprimer avec bonheur un sentiment ou une idée ; mais il est beaucoup moins commun d'en trouver qui soient de force à donner la vie à des créations plus complexes et plus riches. Molière est de ces derniers. Souvenezvous de son Harpagon. Malgré ses mains crochues. Harpagon a la faiblesse d'être amoureux. On lui en a fait un reproche : on a soutenu que le rôle du vieil avare amoureux doit être relégué dans la comédie à masques et l'opéra bouffe des Italiens? Mais pourquoi?

N'était-ce pas une idée infiniment heureuse de mettre l'avarice aux prises avec l'amour? On objecte que la soif de l'or est un bon préservatif contre toute autre passion. Mais le cœur humain est si riche en inconséquences et en bizarreries ! Je veux bien que l'avarice s'aHie mal avec les affections désintéressées et généreuses; mais toutes les affections ne sont pas désintéressées, et il est à la fois très piquant et très instructif de voir ce que devient l'amour quand l'avarice le domine et le comprime. Chose curieuse! ce sont les mêmes Aristarques qui reprochent à la poésie de Racine d'être trop simple et à celle de Molière d'être trop compliquée. Molière, nous le disons à sa louange, a le talent de tirer de grands effets de ces contrastes intérieurs. Harpagon en est un exemple, Tartuffe en est un autre. Sous les dehors perfides de cet homme avili par le plus dégoûtant des vices qu'enfantent la vieillesse et la corruption des sociétés humaines, se cachent l'instinct brutal et la sensualité du sauvage. Il n'est pas le maître de ses appétits déréglés, et, si vous l'attaquez par là, le voilà aussitôt hors de garde. Relisez la scène de sa première entrevue avec Elmire : le langage de Tartuffe y est naïf autant qu'astucieux; il respire, malgré les affectations et les grimaces dévotes, un parfum de convoitise grossière. Dans la seconde entrevue, c'est bien pis. Tartuffe, aveugle par impureté, comme Orgon par sottise, se laisse prendre au piège aussi facilement que sa dupe ; c'est à peine s'il a un instant quelques soupçons, et même en les exprimant, il se trahit déjà.

C'est sans doute ^ madame, une douceur extrême Que d'entendre ces mots d'une bouche qu'on aime; Leur miel, dans tous mes sens, fait couler à longs traits Une suavité qu'on ne goûta jamais.

Le bonheur de vous plaire est ma suprême étude , Et mon cœur de vos vœux fait sa béatitude; Mais ce cœur vous demande ici la liberté D'oser douter un peu de sa félicité.

L'hypocrite se démasquant lui-même dans un accès de sensualité, n'est-ce pas d'un haut intérêt comique? Molière , en écrivant cette scène, a peut-être reculé les limites de la comédie; mais il ne les a pas franchies. Ce n'est pas au hasard d'ailleurs et dans le seul but d'être plaisant, qu'il a fait ressortir ce contraste. Il savait, sans doute par l'expérience des hommes, que les raffinements de la corruption tournent souvent au profit du pur instinct brutal. De tous les traits dont il a dessiné la physionomie de Tartuffe, celui-là est le plus précieux; il couronne l'œuvre, il achève ce type immortel.

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