‹ Corneille, Racine et MolièreChapitre 5 sur 46 · MÉDÉE · texte numérisé non relu

MÉDÉE

Moi.

Moi, dis-je, et c'est assez.

On cite presque aussi souvent un passage des imprécations de Médée, celui où elle reproche à Jason les

bienfaits dont elle l'a comblé et les crimes dont ils se sont rendus coupables en commun.

Qu'il coure vagabond de province en province. Qu'il fasse lâchement la cour à chaque prince. Banni de tous côté:-,, sans bien et sans appui. Accablé de frayeur, de misère, d'ennui, Qu'à ses plus grands malheurs aucun ne compatisse; Qu'il ait regret à moi pour son dernier supplice : Et que mon souvenir jusque dans le tombeau Attache à son esprit un éternel bourreau. Jason me répudie ! et, qui l'aurait pu croire? S'il a manqué d'amour, manque-t-il de mémoire? Me peut-il bi;'n quitter après tant de bienfaits? M'ose-t-il bien quitter après tant de forfaits?

Ici , pour la première fois , nous rencontrons dans toute son énergie le ton vrai de la tragédie corneillienne. Mais ces traits hardis , étincelles d'un feu qui couvait encore sous la cendre, sont tout ce que pouvait produire la terrible légende de Médée. Le rôle de l'héroïne prête à des mots saillants; mais, à tout prendre, c'est encore un de ces sujets propices aux déclamations de la rhétorique, et tels qu'on les aime dans ces époques de stérilité où, en l'absence de quelque grande pensée, l'art se nourrit d'artifices et de redites.

Enfin le Cid parut. Ces gracieuses légendes du Cid, que Corneille ne connut guère que par Guillen de Castro, et qui, souvent reprises par les poètes, ont été pour l'Espagne une source si féconde , devaient aussi charmer la France et lui ouvrir l'accès de la haute poésie.

Ce serait une étude des plus piquantes, malheureu-

- 6-2 — sèment trop longue pour nous, que de les suivre dans leur développement et d'y rattacher toute la série des poèmes qu'elles ont inspirés. Nous voulons pourtant effleurer ce beau sujet en comparant sur quelques points le Cid de Corneille avec celui des Romances et celui de Guillen de Castro.

Il y avait rivalité entre la famille de Rodrigue et celle de Chimène. D'après un des plus anciens monuments de la poésie espagnole , la Chronique riméey cette rivalité se serait manifestée par des combats incessants entre les deux familles et leurs vassaux. Le comte Gomez, père de Chimène, aurait frappé les bergers de Diègue Lainez, et celui-ci en aurait tiré vengeance en faisant une incursion sur les terres de son ennemi, et en enlevant tout ce qui lui tombait sous la main, jusqu'aux lavandières. La querelle aurait été vidée par un combat, cent contre cent, dans lequel Rodrigue, âgé de douze ans, se serait couvert de gloire et aurait tué de sa main le père de Chimène. — Dans le Romancero, monument d'un âge postérieur, la querelle prend un caractère plus chevaleresque. Elle n'est pas racontée en détail ; mais on voit par les reproches que Rodrigue adresse au comte qu'il s'agissait d'un soufflet : «Vous avez porté la main sur mon père, avec

fureur, devant le roi, dit-il; vous avez couvert sa

noble face d'un nuage de déshonneur. » — Guillen de Castro a tiré de cette donnée les premières scènes de sa tragédie, la Jeunesse du Cid , la seule dont nous ayons à nous occuper. Elles sont toutes chevaleresques. Rodrigue fait la veillée des armes et est créé chevalier

— espar le roi. Dona Uraqiie, l'infante, lui attache les éperons, et Chimène , présente à la cérémonie , admire la bonne grâce du jeune héros, et voudrait bien remplir les fonctions de l'infante. Cette solennité terminée, le roi rassemble son conseil et met en discussion le choix d'un gouverneur pour son fils. Il propose Diègue Laynez. Tous sont d'accord, sauf le comte Gomez, qui croit avoir à cet honneur des droits particuliers , et qui parle avec quelque mépris de la vieillesse de don Diègue. Il suffit de peu de mots pour que le sang monte à la tête de ces deux fiers rivaux, et qu'en présence du roi le comte Gomez soufflette don Diègue. — Cûmeille-U-imitéGkiilUnr de Castro, mais en effa- f^ i/\Lf çant ce qui rappelle trop les institutions et les mœurs de la chevalerie. Rodrigue est dispensé de la veillée des armes , et ce n'est pas au milieu de chevaleresques cérémonies que se trahit l'amour de Chimène. Deux conversations remplacent ces scènes pittoresques et nous mettent au fait. Puis, au sortir du conseil , et hors de la présence du roi , le comte et don Diègue se rencontrent, le premier tout plein de l'affront qu'il a reçu en n'.étant pas nommé gouverneur, le second occupé des amours de Chimène et de Rodrigue, et songeant à demander de la part de son fils la main de la demoiselle. Leurs paroles sont d'abord retenues; mais bientôt elles s'animent graduellement, jusqu'à ce que le comte , plus jeune et plus bouillant, s'emporte et frappe le vieillard. Il est facile de voir que Corneille a \ eu rintention d'Adûiiciji--ca qu'il y avait encore de 4>rusque et d'un peu sauvage dans les mœurs que nous dépeint la tragédie espagnole. C'eût été^ sous Riche-

lieu, chose incomprise qu'un soufflet donné en présence du roi; c'était, même en particulier, chose périlleuse et délicate à risquer sur le théâtre. Aussi, pour arriver à ce résultat, a-t-il ménagé les transitions avec un art remarquable, qui est la beauté la plus originale de la scène. Les héros de Corneille sont des hommes passionnés, comme ceux de Guillen de Castro, mais polis et très au fait des convenances. Ils ont la colère aussi terrible; mais, retenus parle frein de mœurs plus raffinées, ils l'ont moins brusque, et il faut dans les mots piquants une gradation habile et soutenue pour justifier la violence finale.

Si l'on en croit le Romancero , don Diègue insulté aurait fait subir à ses fils une singuhère épreuve.

« Diègue Laynez pensant tristement à l'affront qu'a reçu sa maison, noble, riche et ancienne, avant Innigo et Abarca, et voyant que les forces lui manquent pour la vengeance, et que son grand âge l'empêche de la prendre par lui-même , il ne peut dormir la nuit , ni toucher à aucun mets, ni lever les yeux de dessus terre, et il n'ose plus sortir de sa maison.

» Il ne parle pas non plus à ses amis ; au contraire, il évite de leur parler, craignant que le souffle de son infamie ne les offense.

» Etant donc aux prises avec ces inquiétiides de l'honneur, il voulut faire une expérience, laquelle ne lui fut pas contraire.

» Il fit appeler ses enfants, et, sans leur dire un seul mot, leur serra à l'un après l'autre leurs nobles et tendres mains : non pas pour y considérer les lignes

de la chiromancie, car cette mauvaise coutume des devins ne s'était pas encore introduite en Espagne; mais, empruntant des forces à l'honneur, malgré l'affaiblissement de l'âge, son sang refroidi, ses veines, ses nerfs et ses artères glacés, il les serra de telle sorte qu'ils dirent : « Assez, seigneur. Que voulez-vous, ou » que prétendez-vous? Làchez-nous au plus tôt, car » vous nous tuez. ï>

j> Mais quand il vint à Rodrigue , l'espérance du succès qu'il attendait étant presque morte dans son sein, — on trouve souvent là où l'on ne songeait pas, — les yeux enllammés, tel qu'un tigre furieux d'Hircanie, plein de rage et d'audace, Rodrigue dit ces paroles :

« Lâchez -moi, mon père, dans cette mauvaise » heure, lâchez-moi dans cette heure mauvaise; car si » vous n'étiez mon père , il n'y aurait pas entre nous » une satisfaction en paroles. Loin de là , avec cette » même main je vous déchirerais les entrailles, en fai- » sant pénétrer le doigt en guise de poignard ou de » dague. »

D Le vieillard, pleurant de joie, dit : « Fils de mon » âme, ta colère me calme et ton indignation me plaît. » Cette résolution, mon Rodrigue , montre-la à la ï> vengeance de mon honneur, lequel est perdu s'il ne » se recouvre par toi et ne triomphe. »

» Il lui conta son injure et lui donna sa bénédiction et l'épée avec laquelle il tua le comte , et commença ses exploits. »

Guillen de Castro n'a pas reculé devant cette poésie sauvage. Il s'en est emparé avec joie, et, dans quelques

scènes d'une énergie sombre et terrible, il a dramatisé le récit de la romance. Don Diègue se promène dans ses appartements, semblable à un lion dans sa cage. Il appelle lespa^^^ de ses fils, et, comme s'il était saisi d'un accès de folie, il lui serre la main, l'oblige à demander grâce, puis il le chasse honteusement. Il'ippelle fe second, lui fait subir la même expérience, qui donne le même résultat. Enfin il appelle Rodrigue.

RODRIGUE, entrant.

« Mon père ! mon seigneur !... peux -tu bien me faire une insulte ? Tu m'as engendré le premier, pourquoi m'appelles-tu le dernier?

DIÈGUE

Ah ! mon fils, je me meurs

RODRIGUE

Qu'éprouves-tu ?

DIÈGUE

C'est une douleur, une douleur, une rage, une rage. fil porte la main de Rodrigue à sa bouche et lui mord un doigt.)

RODRIGUE, avec force.

Mon père ! laissez-moi. A la maie heure ! laissezmoi.... Si vous n'étiez mon père, je vous donnerais un soufflet.

DIÈGUE

Ce ne serait pas le premier.

RODRIGUE

Comment !

DIÉGUE.

Fils de mon âme, j'adore ce ressentiment: ta colère me charme, je bénis cette audace... »

Telle est la scène étrange, mais grandiose dans son étrangeté même, que Corneille a rendue par ces vers simples et sublimes.

D. DIÈGUE

Rodrigue, as-tu du cœur?

RODRIGUE

Tout autre que mon père L'éprouverait sur l'heure.

D. DIÈGUE

Agréable colère.

Digne ressentiment à ma douleur bien doux I Je reconnais mon sang à ce noble courroux; Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte. Viens, mon fils, viens, mon sang, viens réparer ma honte; Viens me venger.

Les mœurs sont plus qu'adoucies ; elles sont trans- /, fil formées. Il n'y a guère qu'un demi-siècle entre Guillen de Castro et Corneille , et cependant on croirait qu'il y a quelques siècles de distance entre les deux civilisations dont ils nous offrent l'image. Là, nous sommes tout près de l'homme nature, dont les passions s'expriment par de violentes pantomines ; on pourrait se croire transporté au temps d'Achille ou d'Ajax. Ici, nous sommes au milieu d'une société qui fait de la dignité extérieure une loi et une habitude, et qui n'admet, comme propres à l'art, que les passions susceptibles d'une expression humaine et modérée jusque dans leurs fureurs. Là, le langage n'est qu'un pâle

accompagnement d'une action dont la violence dépasse les ressources de la parole; ici, la parole exprime tout et le geste ne fait que la servir.

Nulle part la différence n'est plus grande entre le Cid français et son modèle. Il y a contraste entre les deux poésies. Aussi Diamante, un autre poète espagnol que ce sujet a charmé, et qui n'a pas devancé Corneille, comme l'ont dit Voltaire , Laharpe et Sismondi , mais qui l'a suivi et assez maladroitement imité , a-t-il été bien mal inspiré, lorsqu'il a voulu associer dans cette scène la poésie encore toute primitive de Guillen de Castro et celle de Corneille. Il en résulte un assemblage informe que le bon sens repousse.

Pour compléter le parallèle , il faudrait rapprocher les scènes relatives à la rencontre de Rodrigue avec son père après le combat. Ici le contraste serait surtout saillant entre le Romancero et la tragédie française, et Guillen de Castro reprendrait son rôle naturel, qui est celui d'intermédiaire. C'est dans cette scène du revoir que Corneille a placé ces beaux vers , qui sont dans toutes les mémoires :

Appui de ma vieillesse, et comble de mon heur, Touche ces cheveux blancs à qui tu rends l'honneur; Viens baiser cette joue, et reconnais la place Où fut jadis l'affront que ton courage efface.

Dans le Romancero, Rodrigue se présente devant son père avec la tête du comte Loçano (c'est le surnom que les romances donnent au père de Chimène, comme qui dirait le hautain, le superbe). Elle est coupée, ruisselante de sang, et il la tient par la chevelure. Il trouve le vieillard toujours inquiet ; il le tire par le bras et

lui montre son trophée. Don Diègiie reconnaît son ennemi, quoique sous la livrée de la mort , et s'écrie :

a Rodrigue, fils de mon âme, recouvre cette tête, de peur que ce ne soit une autre Méduse qui me change en rocher, et que mon malheur ne soit tel qu'avant de t'avoir remercié mon cœur se fende avec un si grand sujet de joie !

» 0 infâme comte Loçano ! le ciel me venge de toi, et mon bon droit a donné contre toi des forces à Rodrigue. »

Pour le héros français, l'honneur est un culte; pour le héros espagnol, c'est plus qu'une passion, c'est une sorte de rage.

Le caractère du Cid s'est fort modifié par les transformations successives qu'a subies cette riche légende. Dans les anciens poèmes, le Cid est un héros élu pour travailler à l'œuvre sainte de la délivrance de l'Espagne. Il y emploie la ruse et la force, selon les occurences ; mais il ne fait rien qui ne soit sanctifié par cette mission divine. Il reçoit la bénédiction de St. Lazare et marche entouré de miracles.

« Rodrigue, dit la Chronique rimée, se mit en route avec trois cents hidalgos. Au gué de Cascajar, où le Duero se divise (le froid était très vif ce jour-là), il ne faisait pas bon s'arrêter. En s'approchant du bord du gué, il aperçut un pêcheur atteint de la lèpre, lequel demandait que, par pitié, on lui fît passer le gué. Les chevaliers en crachaient de dégoût et s'éloignaient de lui. Rodrigue eut compassion de ce malheureux : il le prit par la main ; il lui fit passer le gué sous une cape

verte que l'eau ne pénétrait pas , en le plaçant sur un mulet au pied sûr, que son père lui avait donné. Il alla vers Grevalda, où se trouve l'endroit nommé Cierrato. C'était un endroit creusé dans les rochers. Le Castillan s'abrita avec le lépreux sous la cape verte à l'épreuve de l'eau. Alors qu'il fut endormi , le lépreux lui parla ainsi à l'oreille : « Tu dors, Rodrigue de Bivar? Il est » temps que tu sois averti. Je suis messager du Christ » et non pas un lépreux. Je suis St. Lazare. Dieu m'a » envoyé vers toi pour que mon souflle s'étende sur tes » épaules, et te communique une force qui te fasse à ja- » mais souvenir que toutes les choses que tu commen- » ceras, ta main les achèvera. » Il lui souffla en effet sur les épaules , et ce souffle traversa la poitrine de Rodrigue, qui s'éveilla et fut saisi d'épouvante. Il regarda autour de lui et ne put retrouver le lépreux. Il se rappela son rêve et chevaucha avec vitesse. »

Un autre poème , le Poème du Cid , nous apprend que les animaux féroces s'apaisaient devant lui. Dans le Romancero, le Cid ne meurt qu'après avoir été honoré d'une apparition de St. Pierre , et son cadavre remporte encore des victoires. C'est avec un singulier mélange de mahce et de crédulité naïve, que le poète nous raconte comment Gil Diaz attacha le corps du Cid sur la selle de Babiéca, le fit tenir droit au moyen de deux planches, dont l'une, placée derrière, soutenait la tète, tandis que l'autre n'allait que jusqu'au menton, de manière à laisser voir la figure, comment il lui mit sur la tête un morion de parchemin, qui paraissait de fer tant il était bien fait, à la main droite Tizona, l'épée qui avait gagné tant de batailles,

et qui se tenait levée d'une façon toute merveilleuse, et comment, dans cet équipage, le Gid, mort déjà depuis douze jours, marcha encore à la rencontre des Maures. Toute sa personne est sacrée , sa barbe surtout. Son corps ayant été embaumé et exposé pendant sept ans dans l'église de St. -Pierre de Gardena, un Juif voulut toucher cette barbe vénérable et en fut miraculeusement puni :

« Un Juif était venu. Il réfléchissait en lui-même, raisonnant de cette manière : « Voilà le corps du Gid » si vanté par tous; et ils disent que durant sa vie » personne ne lui a touché la barbe. Je veux, moi, la » toucher et la prendre dans ma main ; puisqu'il est » là mort, il ne m'en empêchera pas. Je veux voir » ce qu'il fera, s'il me causera quelque peur. »

3) Le Juif approcha la main pour faire ce qu'il méditait, et avant qu'il eût touché la barbe, le bon Gid avait empoigné son épée Tizona et l'avait tirée long d'une palme hors du fourreau. Le Juif, voyant cela, en conçut un très grand effroi; il tomba à la renverse, à moitié mort d'épouvante.

» Geux qui entrent dans l'église le trouvent là étendu. Ils lui jettent de l'eau sur le visage pour lui faire reprendre ses esprits ; et, lorsqu'il est revenu à lui , tous lui demandent pour quel motif on le voyait en ce fâcheux état. Lui aussitôt leur avoua la cause de ce qui s'était passé.

3) Tous rendent grâce à Dieu pour le miracle raconté, de ce qu'il s'était souvenu de son serviteur, et n'avait point voulu qu'il fût souillé par la main de ce Juif si mal intentionné.

D II se fit tout de suite chrétien, et, prenant nom Diègue Gil , resta au service de Dieu dans le susdit St. -Pierre, et y finit ses jours comme un bon chrétien. »

Mais le Cid du Romaticero n'est pas redoutable aux Maures et aux Juifs seulement; il l'estencoreà quiconque l'insulte, ou ne le traite pas avec tous les égards qu'il croit mériter, fût-ce le roi lui-même. Jamais vassal nefut plusfier,plussusceptible, plusaudacieux.il traiteavecson roi de puissance à puissance. Il faut voir comment le Cid, avant de prêter serment au roi Alphonse, lui fait jurer qu'il n'a pris aucune part au meurtre de don Sanche, frère d'Alphonse, comment il lui fait répéter le serment trois fois de suite, et sur quel ton il répond quand Alphonse irrité l'exile : « Moi, dit-il, je ramperais humblement sur la terre comme votre esclave, moi, qui, ayant mes bras, pense bien m'élever sans les vôtres!.... Les cortès ont été deux fois assemblées l'hiver, depuis l'an passé. Dites, est-ce pour le bien public, ou seulement pour vos intérêts privés? Vous avez assemblé les cortès à Léon; et moi, en agissant avec les miennes au milieu des champs déserts, j'ai renversé les remparts de l'ennemi. ))

Inutile d'ajouter que ce vassal, si fier devant son prince, l'est encore plus en présence des princes étrangers. Un jour il se rend à Rome avec le roi don Sanche. Il y avait grande réunion de rois. Les sept fauteuils des sept rois chrétiens étaient rangés à St. Pierre audessous de celui du pape. Rodrigue crut remarquer que celui du roi d'Espagne était placé plus bas que celui du roi de France : « Il s'en fut au fauteuil du

roi de France, et le renversa avec le pied : le fauteuil était d'ivoire, il en fit quatre morceaux. Et il prit celui de son roi et le mil sur le degré le plus élevé.

3) Alors parla un honorable duc que l'on dit celui de Savoie : « Sois maudit , Rodrigue , et excommunié t) du pape, parce que tu as outragé un roi, le meilleur T> et le plus estimé. »

» Le Gid , entendant ces raisons , a parlé de cette manière : « Laissons les rois, duc, et si vous vous » sentez offensé, accommodons cela nous deux seuls; » qu'il en soit demandé raison de vous à moi. y>

y> Il s'approcha du duc, et lui donna une grande poussée. Le duc, sans riposter, se tint coi très sagement.

» Le pape, quand il a appris cela, a excommunié le Cid. Celui de Bivar, le sachant, s'est prosterné devant le pape : <r Absolvez-moi, dit-il, pape, sinon vous » vous en repentirez. y>

D Le pape, père miséricordieux, répondit très sagement :

« Je t'absous, don Ruy Diaz, je t'absous de bon gré, pourvu que tu sois dans ma cour très poli et sage. »

Qu'il y a loin de ce vassal, au fond très fidèle, mais turbulent et indiscipliné, et à qui tout est permis parce qu'il porte sur le front le sceau divin des hommes prédestinés, à ce Rodrigue de Corneille qui n'accomplit d'autres prodiges que ceux dont la vaillance est de tout temps capable, et qui s'incline devant son roi, comme le sujet le plus respectueux, pour lui demander pardon d'avoir vaincu les Maures sans son consentement. Le Cid de Corneille n'est plus un héros fabuleux; ce n'est

qu'un très brave gentilhomme , plein d'honneur, mais tout à fait docile à l'autorité légitime. Il se peut que dans le temps ses ancêtres aient eu des velléités de révolte; mais, depuis quelques générations déjà, cette famille belliqueuse s'est assouplie comme les autres. Elle a profité des dures leçons que Louis XI, Henri IV et Richelieu ont données aux grands seigneurs trop hautains. Don Diègue est arrivé à comprendre

Que l'on doit ce respect au pouvoir absolu De n'examiner point lorsqu'un roi l'a voulu,

et Rodrigue lui-même a sucé ces sages principes avec le lait de sa nourrice. Le niveau a aussi passé sur leurs tètes.

Mais les changements les plus remarquables que la légende ait subis sont ceux qui concernent les amours du Cid et de Chimène.

Dans la Chronique rimée , après la bataille où le comte Gomez a été tué par l'enfant Rodrigue, les fils du comte songent à la vengeance ; mais Chimène leur demande de la laisser faire. Elle va se plaindre au roi. Le roi lui représente qu'il n'a nulle envie de se brouiller avec des Castillans aussi batailleurs que Don Diègue et son fils. Alors Chimène lui dit : « Donnez-moi Rodrigue pour époux; cela arrangera toutes choses. » Le roi trouve l'expédient très heureux, quoique Rodrigue n'ait que douze ans. Il le fait venir; mais Rodrigue, croyant que le roi veut lui faire des reproches au sujet de la mort du comte, refuse de lui baiser la main et se présente avec arrogance et hauteur. Le roi ne s'en émeut pas : « Amenez-moi la demoiselle, dit-il, nous la

marierons à ce jeune orgueilleux. » Rodrigue, de plus en plus irrité, ne cède qu'en jurant qu'il n'habitera pas avec sa femme avant d'avoir gagné cinq batailles.

Telle est, à son point de départ, l'histoire des amours de Chimène.

Dans le Romancero, les deux époux font au moins bon ménage. Rodrigue ne s'emporte plus contre cette union forcée. Il se pare de bonne grâce pour les noces, et, au moment de donner à Chimène le baiser des fiançailles, il lui dit tout ému :

« J'ai tué ton père, Chimène, mais non en trahison; je l'ai tué d'homme à homme pour venger une injure trop réelle. J'ai tué un homme et je te donne un homme : me voici à tes ordres; et, en place d'un père mort, tu as acquis un époux honoré. »

Chimène lui rend amour pour amour, et lorsque, peu de temps après leur mariage, le Cid toujours infatigable part pour la guerre, elle lui fait ses adieux dans un chant dont on a bien rarement atteint la suave poésie :

« Alarme! alarme ! sonnaient les clairons et les tambours. Guerre, feu et sang ! disaient leurs voix épouvantables.

» Le Cid dispose sa troupe. Tous se mettent en ordre, lorsque, pleurant et humble, Chimène Gomez lui dit :

ï> Roi de mon âme et comte de cette terre, pourquoi T) me laisses-tu ? Où donc, où donc vas-tu ?

» Que si tu es un Mars dans la guerre , tu es un ï> Apollon à la cour, où tu blesses les belles dames » comme tu fais là-bas les Maures féroces. Devant tes

» yeux se prosternent et se mettent à genoux les rois j> nriaures et les filles des nobles rois chrétiens.

» Roi de mon âme et comte de cette terre, pourquoi » me laisses-tu? Où donc, où donc vas-lu ?

» Voilà que vous changez vos habits de fête en bril- » lants morions, les blanches toiles de Londres en D harnais de Milan , les chausses en grèves de fer, et y> en gantelets les gants parfumés : mais nous aussi 3) nous changerons de sentiments et d'idées.

» Roi de mon àme et comte de cette terre, pourquoi » me laisses-tu? Où donc, où donc vas-tu ? »

» Voyant les dures plaintes de son épouse chérie, le Cid ne peut s'empêcher de la consoler et de pleurer: « Madame , dit-il , essuyez vos pleurs jusqu'à mon re- » tour. )) Elle, regardant les siens, exhale sa peine en ces mots :

« Roi de mon âme et comte de cette terre, pourquoi y> me laisses-tu? Où donc, où donc vas-tu?

Rodrigue et Chimène s'aimèrent jusqu'à la mort ; mais leur affection changea quelque peu de nature avec le cours des ans. Après les enchantements et les fêtes des premiers jours, les devoirs du guerrier réclamèrent leur place dans la vie de Rodrigue. Il s'y joignit bientôt ceux de la famille. L'amour qui les avait unis dès le jour des fiançailles se dépouilla petit à petit de ce qu'il avait eu d'abord d'exalté et de romanesque; il devint plus positif, sans être moins intime, ni moins tendre. On mesurera la différence en comparant le morceau que nous venons de citer avec les adieux que, beaucoup plus tard, Rodrigue faisait à Chimène, déjà mère de deux filles.

« Vous savez bien, Madame, comment notre tendresse et l'affection que nous avons l'un pour l'autre admet bien mal l'absence ; mais le droit disparaît là où l'obligation intervient; car pour tout homme de sang noble, c'est une obligation de servir le roi.

» Conduisez-vous en mon absence comme une femme prudente que vous êtes, et qu'on ne voie rien de changé en vous, puisque vous sortez de si bon lieu.

y> Employez les heures rapides à prendre soin de votre bien, et ne demeurez pas un seul moment oisive; car être oisive ou être morte, c'est même chose.

» Gardez vos plus riches vêtements pour quand je serai de retour; car une femme sans son mari doit aller avec une grande simplicité.

î Veillez bien sur vos filles, et qu'elles soient toujours celées ; mais qu'elles ne s'aperçoivent pas que vous ayez aucune crainte; car ce serait faire qu'elles comprendraient le mal. Qu'elles ne s'éloignent pas un instant de dessous vos yeux ; car des filles sans leur mère sont fort près de la perdre.

» Soyez grave avec vos serviteurs, affable avec les dames, circonspecte avec les étrangers, et sévère avec vos concitoyens.

i> Ne montrez point mes lettres même à votre plus proche parente, et l'homme le plus sage ne saura point comment j'accueille les vôtres; et si vous ne vous sentez pas assez forte pour dissimuler votre joie , — ce qui est le propre des femmes, — montrez-les à vos filles.

» Si les conseils qu'on vous donne sont bons, suivez-

les ; et si l'on vous conseille mal , faites ce qui vous conviendra le mieux.

î Je vous laisse pour chaque jour vingt-deux maravédis ; traitez-vous comme celle que vous êtes , et ne regardez pas à la dépense. Si l'argent venait à vous manquer, agissez de façon à ce qu'on l'ignore; envoyezm'en demander; ne mettez pas en gage mes joyaux. Ou bien empruntez sur ma parole; vous trouverez bien là-dessus qui remédie à vos besoins , puisque je travaille sans cesse à porter soulagement à ceux des autres.

T> Sur ce, Madame, adieu, car j'entends d'ici le bruit des armes. »

Mais si le Romancero abonde en détails sur le ménage du Cid et de Chimène , il est plus que sobre sur leurs amours avant les fiançailles. Bien plus, il les ignore. Rodrigue, après avoir reçu de son père l'épée avec laquelle il devait tuer le comte , n'hésite pas un instant et va droit à son adversaire. Plus tard, lorsque Chimène va pour la première fois demander justice au prince, elle s'adresse à Rodrigue d'une manière qui ne laisse soupçonner de sa part aucune tendre faiblesse : « Et toi, meurtrier féroce, dirige ton épée sanglante contre ce sein sans défense, qui se présente à tes coups cruels. Tue moi, traître, moi aussi: ne m'épargne pas comme femme ; considère seulement que Chimène

Gomez demande justice contre toi N'est-ce pas

assez, petit vilain (rapaz villano), que je te brave et te déshonore? Traître, je te demande la mort : ne me la refuse pas, ne la détourne pas ! y>

Comment donc se sont faites les fiançailles? Les ro-

mances le racontent de diverses façons. Selon les unes ce serait le roi qui aurait imaginé ce moyen de satisfaire Chimène, et Chimène aurait obéi avec plaisir, de même que Rodrigue. Selon d'autres, dont la version doit être plus ancienne, Chimène, convaincue de l'inutilité de ses poursuites , aurait demandé elle-même Rodrigue pour époux, sur quoi le roi se serait écrié : « Je l'ai toujours entendu dire, — et je vois bien à présent que cela est la vérité, — que le sexe féminin était bien extraordinaire. Jusqu'ici elle a demandé justice, et maintenant elle veut se marier avec lui ! »

Il est clair que les auteurs des romances n'ont pas tardé à éprouver sur ce sujet quelques scrupules, et à chercher les moyens de rendre le mariage de Chimène avec le meurtrier de son père moins invraisemblable et moins inconvenant. Sur ce point la légende était encore incertaine et en voie de formation; elle demandait à être aghe^ég^. {^rd .

Elle dut s^Ê^^^sous l'influence de la chevalerie. Les amours de Chimène commencèrent avant ses fiançailles, et devinrent bientôt l'une des parties les plus importantes de la légende et la plus chère aux poètes. Cette simple transposition lui a donné une grande valeur dramatique, et en a fait une source pour la tragédie. Le caractère de Chimène y a gagné en suite et en intérêt ; la fable est devenue plus naturelle sans rien perdre de sa poétique originalité; elle est surtout devenue plus riche en situations saisissantes. 11 ne fallait que ce seul changement pour mettre aux prises l'honneur et l'amour, et engager cette lutte morale dont Guillen de Castro et Corneille ont tiré si grand parti.

Guillen de Castro a peint ces chevaleresques amours de manière à ne rien laisser à faire à des successeurs moins grands que Corneille; aussi Corneille lui a-t-il rendu un juste hommage en se bornant à l'imiter dans plusieurs morceaux essentiels. Le héros du poète espagnol aime autant que celui du poète français et n'a pas moins de noblesse ; il dépeint avec une égale énergie les combats dont son cœur est déchiré, quand il doit choisir entre le sacrifice de l'honneur et le sacrifice de Chimène; il triomphe de cette lutte intérieure avec la même grandeur d'àme. Après avoir tué le comte, il va aussi attendre Chimène chez elle et lui offrir sa tête. Cette scène, d'un effet si prompt et si grand , est plus courte dans l'original espagnol ; mais elle contient le germe des développements de la scène française. Enfin le dénouement est amené par des moyens semblables. Chimène trouve un champion, qui se charge de sa querelle. Une ruse du roi la trompe sur l'issue du combat; elle croit son chevalier victorieux et Rodrigue tué : aussitôt elle s'écrie avec une noble franchise : « Roi Ferdinand, chevaliers, soyez témoins de ma profonde douleur; je n'ai plus assez de force pour la contenir dans mon âme; je veux dire à haute voix, je veux que tout le monde sache ce que j'ai fait, ce que j'ai souffert pour la noblesse et pour l'honneur. Je n'ai pas cessé un moment d'adorer Rodrigue de Bivar, et, pour être fidèle aux lois étabhes par le monde, j'ai demandé sa mort aux dépens de mon cœur ; l'épée qui a tranché sa tète a tranché en même temps la trame de ma vie. »

Ici Guillen de Castro l'emporte sur Corneille, qui a

multiplié inutilement les pièges tendus à Chimène et insisté sur des artifices d'art, qui demandaient à n'être employés qu'avec une grande circonspection. Il y a même un moment où, par une faute déplorable, le poète français compromet cette sincérité et cette noble tristesse, qui rendent Chimène si belle. Lorsqu'elle revient de l'évanouissement que lui a causé la fausse nouvelle de la mort de Rodrigue, et qu'elle voit don Diègue, qui en triomphe comme d'un aveu, elle s'oublie jusqu'à dire :

Sire, on pâme de joie ainsi que de tristesse.

Dans une situation pareille, il n'y a de dignité que dans un heureux mélange de réserve et de franchise, et rien n'est plus hors de propos que des jeux de mots puérils, qui ne réussissent pas même à donner le change.

C'est dans Guillen de Castro qu'il faut chercher l'expression, je ne dis pas la plus forte, mais la plus pure, de ces romanesques amours. Il a moins insisté que Corneille; il n'a pas cherché à creuser jusqu'aux dernières profondeurs de la passion, et par là même il a laissé à l'imagination le champ plus libre. Un léger nuage , un pudique mystère éminemment propice à la poésie, plane sur son œuvre. D'ailleurs, quoiqu'il ait aussi son genre de faux goût, il a moins que Corneille l'habitude funeste de raisonner ce qui ne se raisonne pas, et d'analyser ce qui échappe à toute analyse. Quelques mots font tache çà et là, et Corneille a eu le malheur d'en imiter plus d'un ; mais il n'a pas de ces tirades didactiques qui refroidissent l'intérêt et qui

ne remplacent pas ce que l'on attend , des paroles ou des actes qu'inspire le sentiment. Il n'a pas non plus de ces vers fades , comme les aimait l'hôtel de Rambouillet, où l'amour emprunte le langage de la galanterie , et qui , au lieu de parler au cœur, ne disent que de jolies choses, fines et froides.

Plus rapproché des temps de la chevalerie, le poète espagnol en a mieux saisi les mœurs, et il a su les rendre avec une naïveté fidèle. Sa Chimène est peutêtre moins bien élevée ; elle n'a pas tant d'esprit ; elle n'a que de la candeur; mais c'est par là qu'elle est séduisante.

Corneille n'est-il donc qu'un imitateur malheureux de son devancier? Nullement. Il a imité, mais de génie, et comme devait le faire un homme de sa trempe, en se réservant son coin d'originalité et de haute supériorité. Ses personnages sont modernes; ils manquent de ce charme particulier qui s'attache aux légendes de la chevalerie, et dont la société française du XVII® siècle avait déjà perdu le sentiment; mais il a pris sa revanche en allant bien plus loin que le poète espagnol dans l'étude et la pénétration intime des passions dont il a retracé les combats.

Cette étude est l'objet spécial de son œuvre ; le reste a été sacrifié. Corneille ne s'est point étendu sur les fureurs de don Diègue, qui , telles que nous les rend Guillen de Castro, ne sont dramatiques qu'à titre d'épisode et pour autant qu'elles dépeignent avec énergie le caractère de ce vieillard indomptable; il n'a pas suivi le Cid dans ses aventures lointaines; il a renoncé à tout ce qui n'eût servi qu'à faire ressortir le héros, sans

avoir de rapports avec son amour pour la fille de don Gomez. Jusqu'au moment où le Cid se présente devant Chimène, il a presque toujours abrégé le modèle espagnol; mais, à ce moment-là, il a pris un vol plus hardi ; il s'est emparé des germes heureux qu'il a trouvés dans Guillen de Castro, et les a fécondés de manière à donner à l'imitation française la valeur d'un modèle nouveau.

Ici se trahit déjà une des habitudes du théâtre et de l'esprit français. Encore voisine de l'épopée, la tragédie espagnole est comme le fleuve qui serpente dans la plaine, et qui se détourne sans cesse vers des sites sauvages ou riants. La tragédie française suit une marche plus directe ; elle porte immédiatement l'attention sur le point où elle vise; elle y court en le désignant et sans perdre un pas. C'est le torrent qu'attire l'abîme où il se précipite.

A cet égard elle a fait des progrès constants. Elle n'a pas tardé à se montrer plus difficile que Corneille lui-même : on a trouvé des coupures à faire dans le Cid.

Corneille a amené deux fois Rodrigue devant Chimène. C'est une de trop, dit-on. Peut-être dans l'intérêt des strictes convenances; peut-être aussi dans l'intérêt de ce poétique mystère que Guillen de Castro a soigneusement respecté , mais non pas pour le but que Corneille se propose. Il s'agit pour lui d'épuiser cette grande situation , qui dans l'original espagnol n'est pas plus fortement indiquée qu'une autre, et qui est pour le poète français la situation par excellence , celle qui résume toute son œuvre; il veut sonder la

plaie jusqu'au fond, et arracher à Chimène cet aveu complet :

Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix,

afin que Rodrigue à son tour puisse entonner son chant

de triomphe :

Est-il quelque ennemi qu'à présent je ne dompte ? Paraissez, Navarrais, Maures et Castillans, Et tout ce que l'Espagne a nourri de vaillants; Unissez -vous ensemble, et faites une armée, Pour combattre une main de la sorte animée : Joignez tous vos efforts contre un espoir si doux ; Pour en venir à bout c'est trop peu que de vous.

Là est l'accent nouveau du Cid français.

Le triomphe moral de l'amour dans une situation aussi cruelle que celle de Chimène, tel est le sujet aux yeux de Corneille. Si, à certains égards, il a usé de ménagements et s'est montré plus timide, si, par exemple, il n'a fait qu'indiquer le mariage du Cid et de Chimène comme une conclusion éloignée ; il a été d'autant plus hardi sur le point décisif. Lui seul l'a touché d'une main souveraine, et par là il a achevé la légende.

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