‹ Corneille, Rotrou, MoliereChapitre 17 sur 68 · QUATRIEME LEÇON LE CID · texte numérisé non relu

QUATRIEME LEÇON LE CID

Suite et fin.

Continuons d'étudier avec quelle adresse la pièce est construite, et d'observer comme elle est bien coupée. C'est juste au milieu de la tragi-comédie que se trouve le pivot sur lequel elle tourne; ce qu'on nomme la péripétie. En effet, à l'endroit où nous en sommes restés, à la moitié du troisième acte, va survenir un habile épisode, destiné à faire évoluer les situations, les destinées des deux principaux personnages, et à préparer de loin le dénouement: c'est l'épisode de l'arrivée des Maures d'Afrique. 11 ne survient pas, toutefois, sans que 1 auteur dans l'acte précédent, à la fm de la scène VI de l'acte 11, eu ait fait pressentir la possibilité et

fondé la vraisemblance, da moins étant admises les données de la pièce.

Ces données, — peu conformes à l'histoire, il faut bien le dire, — consistent en ceci ; d'une part, l'auteur a placé à Séville* le lieu de la scène de su tragi-comédie et la Cour du roi Fernand, comme si déjà cette ville, qui était encore au pouvoir des Africains, eût appartenu à l'Espagne. Or l'Espagne ne la reprit aux Maures que deux cents ans après. — 11 a donc supposé que les Maures venaient essayer de reprendre cette ville qui en réalité n'avait pas encore cessé de leur appartenir, et qu'ils faisaient cette tentative par un débarquement nocturne. Afin que ce débarquement parût possible, il a supposé d'autre part que le flux de la mer, par l'embouchure du Guadalquivir, pouvait monter jusqu'à Séville, qui en est à dix-neuf lieues. C'est une marée montante un peu forte. Peut-être le poète rouennais, pour se donner cette licence, a-t-il pensé à ce qu'on nomme la barre ou le mascaret de la Seine, qui se fait sentir jusqu'à rai-chemin du Havre à Rouen. Ou bien, peut-êlre s'est-il reporté en idée à l'époque de l'invasion des pirates normands qui, dans leurs barques de cuir ^ousu, remontaient quelquefois la Seine jusqu'à Paris. Il a évidemment compté, non sans raison, sur l'ignorance générale oîi l'on était alors en France de l'histoire et de la géographie de l'Espagne et de tout ce qui n'était pas la France.

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