‹ Corneille, Rotrou, MoliereChapitre 26 sur 68 · Page · texte numérisé non relu

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le détourna de ce projet, et Corneille se rendit à ses conseils. « Maintenant, dit-il, que vous me conseillez de n'y répondre point, vu les personnes qui s'en sont mêlées, il ne faut point d'interprète pour entendre cela. Je suis un peu plus de ce monde qu'Héliodore, qui aima mieux perdre son évêché que son livre * ; et j'aime mieux les bonnes grâces de mon maître que toutes les réputations de la terre. Je me tairai donc. » Puis il remercie Bois -Robert « du soin qu'il a pris de lui faire parvenir les libéralités de Monseigneur».

Fontenelle fait à ce propos une remarque singulière : « Richelieu, dit-il, récompensait, comme ministre, ce même mérite dont il était jaloux comme poète ; et il semble que cette grande âme ne pouvait pas avoir de faiblesse qu'elle ne réparât en même temps par quelque chose de noble. » — Grande âme ! c'est bientôt dit. En vérité, est-il si grand et si noble, de la part d'un ministre toutpuissant qui opprime un auteur pauvre, de lui acheter son silence? Si Corneille se crut obligé d'en passer par là, on peut trouver des circonstances atténuantes dans la situation étroite où il se trouvait, et aussi dans les mœurs et habitudes du temps: il ne faut pas juger les choses et les gens du xYii^ siècle avec les idées et les sentiments du

1. Lo roman des Amours de Théagéne et de Chariclée, que Racine, dans sa jeunesse, aimait tmt, qu'à force de le lire Idans le texte grec), il le savait par cœur. C'est, dit Sainle- Deiive, « une espèce d'Eslelle et Némorin d'ua Floriaa grec ».

XIX*. — On a même prétendu qu'il prit \e parti, lui l'auteur du Cid, de rentrer dans la compagnie des cinq auteurs, et que, oubliant comment il avait été admonesté pour avoir changé quelque chose au\ idées du Cardinal en travaillant à la comédie des Tuileries, il accepta encore de travailler à l'Aveugle de Smyrne et à la Grande Pastorale, qui furent jouées en 1637, un an après le Cid. Mais il est probable que ces deux pièces, quoique jouées après le Cid, avaient été composées auparavant, et que Corneille ne reprit point son licol. En tout cas, il n'y a certes point lieu de louer le Cardinal, et ce qu'il a fait voir dans toute cette affaire du Cid, c'est justement le contraire d'une grande âme. Quoi qu'il en soit, ce fut seulement, avons-nous dit, eu 1639, que Corneille revint au théâtre, non plus avec un sujet moderne et une tragi-comédie, mais avec la tragédie d'Horace. Et la preuve que ce laps de trois ans, qu'il avait jugé nécessaire pour laisser à l'orage le temps de se calmer, n'était pas trop long, c'est que, à peine sa pièce nouvelle eut-elle été jouée, encore avec un succès unanime, et eut-elle été imprimée, que le bruit se répandit qu'on allait de nouveau voir paraître des Observations et un Jugement, sur cette pièce comme sur la précédente. Était-ce encore Scudéry, et l'Académie, ii l'instigation du Cardinal, qui allaient reprendre la plume? Corneille, qui avait quelque lieu de le soupçonner, écrivit à un de ses amis, pour parer le coup, ce

mot Spirituel et piquant,qui ne manqua pas d'être répété : « Horace fut condamné par les Duumvirs, mais il fut absous par le Peuple. » L'auteur quelconque des Observations annoncées les remit dans son portefeuille et garda le silence.

De plus, après avoir dédié le Cid à la nièce du Cardinal, Corneille crut devoir dédier Horace au Cardinal lui-même, pour achever de l'apaiser, en faisant par là amende honorable, et pour prévenir le retour de ses sourdes hostilités. On ne peut se défendre d'une certaine tristesse en lisant cette dédicace ;

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