‹ Corneille, Rotrou, MoliereChapitre 28 sur 68 · M. Adolphe Régnier · texte numérisé non relu

M. Adolphe Régnier

L'ambilion, l'orgueil, la haine, l'avarice, Armés do son pouvoir, nous donnèrent des lois ; Et, bien qu'il fût en soi le plus juste des rois, Son règne fut toujours celui de l'injustice.

Fier vainqueur au dehors, vil esclave en sa Cour,

Son tyran et le nôtre à peine perd le jour.

Que jusque dans sa tombe il le force à le suivre,

Et, par cet ascendant ses projets confondus, Après ti'ente-trois ans sur le trône perdus. Commençant à régner, il a cessé de vivre.

Un le! sonnet, rapproché d'une telle dédicace, fait un contraste douloureux qui éclaire d'une désolante lumière la situation extrêmement pénible où se trouvait le grand poète sourdement persécuté par son tout -puissant rival. On voudrait douter que ce sonnet fût de Corneille ; mais M. Adolphe Hcgnier, l'excellent éditeur, malheureusement n'en doute point. Toutefois la question vaut bien qu'on s'y arrête. 11 y eut d'abord un quatrain de Corneille, composé à l'occasion de la mort du Cardinal, qui eut lieu le 4 décembre 1642. Ce quatrain est curieux au point de vue de la versification, parce qu'il est tort en rimes masculines :

Qu'on parle mal ou bien du fameux Cardinal, Ma prose ni mes vers n'en diront jamais rien Il m'a fait trop de bien pour en dire du mal • Il m'a fait trop de mal poiu' en dire du bien.

Un ne peut qu'applaudira ces sentiments. Et ces

quatre vers-là paraissent bien authentiques : c'est Pélisson qui les publia le premier dans sa Relation contenant l'histoire de l'Académie française, qm^àviii en 46o3. c Corneille les fit, dit-il *, après la mort du Cardinal, qu'il considérait d'un côté comme son bienfaiteur, et de l'autre comme son ennemi. » On se demande comment Corneille ne s'en tint pas à cette résolution si sage, et comment, après ce quatrain, il publia le sonnet en question, qui le dément d'une manière si étrange. Ce sonnet fut, dit-on, composé à l'occasion de la mort de Louis XIII, qui arriva cinq mois après, le 14 mai 1643. Mais il y a lieu de remarquer qu'il ne fut pas imprimé du vivant de Corneille, et que, à supposer qu'il soit de lui, il ne fut transmis que par la mémoire de quelques contemporains, puis dans des copies peu exactes, qui ne sont pas d'accord entre elles. Reste cependant l'ensemble des idées et des sentiments, qui ne varie point, et qui constitue ce qu'on peut nommer le corps du délit. M. Adolphe Régnier, dans sa grande édi''on de Corneille *, le donne d'après une transcription de la main de Gaignières ^^

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