‹ Corneille, Rotrou, MoliereChapitre 37 sur 68 · GÉRONTE · texte numérisé non relu

GÉRONTE

Êtes-vous gentilhomme?... (Acte V, scène ni.)

Je dis donc que, si Alarcon a la gloire d'être le créateur de cette belle scène, Corneille l'a encore agrandie en la réduisant. J'ajoute que son vers alexandrin héroïque y convient mieux, ce semble, que le vers plus court et moins ample du poète espagnol.

Comme nous sommes dans une comédie, quelques a-parté du valet Cliton, pendant cette scène de haut vol, piquent çà et là des notes comiaues, qui nous

font toucher terre d'un pied, afin de maintenir l'harmonie générale de la composition.

A tout prendre, la pièce, il faut en convenir, est plus faible de construction dans Corneille que dans Alarcon. Mais, dans cette architecture peu solide, le poète français a appliqué de belles colonnes avec de riches chapiteaux ; il a encastré de beaux bas-reliefs artistement et finement fouillés ; de sorte que l'insuffisance du fond disparaît sous la richesse des détails, la nouveauté, l'entrain et la gaieté du style.

Ajoutez-y ce qu'on nomme aujourd'hui actualité, élément qui contribua au succès de cette pièce, comme de plusieurs autres que Corneille avait données auparavant. Les transformations de la capitale sous Louis XIII, les constructions nouvelles delà Place-Royale, de l'île Saint-Louis, du Pré-aux-Clercs, du Palais-Cardinal, célébrées en vers élégants, avec une sorte d'enthousiasme poétique; le jardin des Tuileries, à la porte duquel ces dames descendent de carrosse, et où se fait leur rencontre imprévue avec Dorante, ainsi que ce faux pas, cet heureux faux pas, mais insuffisant au gré de Voltaire comme point de départ de la pièce entière; les descriptions de ce Paris nouveau, et les décors, sans doute faits exprès ; tout cela formait un cadre et comme des intermèdes qjui charmaient les spectateurs contemporains; lorsque par exemple le père disait au fils:

Dorante, arrêtons-nous : le trop de promenade I. 13

fis LE ROMANTISME DES CLASSIQUES

Me mettrait hors d'haleine et me ferait malade..

Que l'ordre est rare et beau de ces grands bâliraents.

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