‹ Corneille, Rotrou, MoliereChapitre 40 sur 68 · DONE ISABELLE · texte numérisé non relu

DONE ISABELLE

Don Manri(iue, à la fin c'est prendre trop d'audace : Ne puis-je l'anobUr si vous n'y consentez?

DON MANRIQUE

Oui ; mais ce rang n'est dû qu'aux hautes dignités: Tout autre qu'un marquis ou Comte le prolahe.

DONE ISABELLE, à CarloS

Eh bien I seyez-vous donc, marquis de Santillane, Comte de Peiîafiel, gouverneur de Burgos. — Don Manrique, esl-cc assez pour faire seoir Carlos ? Vous re.stc-t-il encor quelque scrupule en l'âme ?...

Il semble que l'auteur d'Uernani a eu quelque réminiscence, peut-être inconsciente, de ce mouvement, lorsque Charles-Quint, pardonnant à Hernani et lui donnant pour t'enime Dona Sol, dit à celle-ci :

Allons relevez-vous, duchesse de Segorbe, Comtesse Albatera, marquise de Monroy...

à Hernani :

Tes autres noms. Don Juan ?...

Sur les paroles de la reine Isabelle, Don Manrique et Don Lope se sont levés avec indignation au moment où Carlos s'est assis. Et même, Don Manrique, emporté par le dépit, va jusqu'à dire avec un ton d'amertume et de raillerie ;

Achevez, achevez : faites-le roi, Madame.

Par ces marques d'honneur l'élever jusqu'à nous,

C'est moins nous l'égaler que l'approcher de vous :

Ce préambule adroit n'était pas sans mystère ;

Et ces nouveaux serments qu'il nous a fallu faire

Montraient bien dans votre âme un tel choix préparé.

Enfin vous le pouvez, et nous l'avons juré :

Je suis prêt dobéir, et, loin d'y contredire,

Je laisse entre ses mains et vous et votre empire.

Je sors avant ce choix, non que j'en sois jaloux.

Mais de peur que mon front n'en rougisse pour vous.

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