‹ Corneille, Rotrou, MoliereChapitre 41 sur 68 · BONE ISABELLE · texte numérisé non relu

BONE ISABELLE

Arrête/, insolent! Votre Reine pardonne Ce qu'une indigne crainte imprudemment soupçonp*^ Et, pour la démentir, veut bien vous ass irer Qu'au choix de ses États elle veut demeui er ; Que vous tenez encor même rang dans &« a âmt:-» Quelle prend vos transports pour un excès de flamme; Et qu'au lieu d'en punir le zèle injurieux, Sur un crime d'amour elle ferme les yeux.

Cette réplique de Donc Isabelle n'est-elle pas jolie ? bien espagnole, et bien féminine ?

Mais voici encore de l'imprévu, et une progression saisissante. La reine Isabelle continue ainsi :

Soit que j'aime Carlos, soit que par simple estime

Je rende à ses vertus un honneur légitime,

Vous devez respecter, quels que soient mes desseins,

Ou le choix de mon cœur, ou l'œuvre de mes mains.

Je l'ai fait votre égal, et, quoiqu'on s'en mutine,

Sachez qu'à plus encor ma faveur le destine.

Je veux qu'aujourd'hui même il puisse plus que moi *

J'en ai fait un marquis, je veux qu'il fasse un roi.

S'il a tant dt valeur que vous-mêmes le dites,

Il sait quelle est la vôtre et connaît vos mérites,

Et jugera de vous avec plus de raison

Que moi qui n'en connais que la race et le nom.

à Carlos :

Marquis, prenez ma bague, et la donnez pour marque Au plus digne des trois que j'en fasse un monarque. le vous laisse y penser tout ce reste du jour. Rivaux ambitieux, faites-lui votre cour ;

Qui me rapportera l'anneau que je lui donne Recevra sur-le-champ ma main et ma couronne.

La Reine se retire. Les trois prétendants, restés en face de Carlos, lui demandent, avec une ironie de dépit, ce qu'il faut faire pour gagner ses bonnes grâces :

Vous êtes notre juge, il faut vous adoucir. CAKLGS, hautain.

Vous y pourriez peut-être assez mal réussir ; Quittez ces contre-temps de froide raillerie.

DON MANRIQUE

Il n'en est pas saison, quand il faut qu'on vous prie.

CARLOS

Ne raillons ni prions, et demeurons amis...

Ici un nouveau coup de théâtre continue de développer avec éclat l'esprit chevaleresque de ce rôle. Carlos en effet poursuit ainsi ;

Je sais ce que la Reine en mes mains a remis ; J'en userai fort bien ; vous n'avez rien à craindre; Et pas un de vous trois n'aura lieu de se plaindre. Je n'entreprendrai point de juger entre vous Qui mérite le mieux le nom de son époux ; Je serais téméraire et m'en sens incapable ; Et peut-être quelqu'un m'en tiendrait récusable. Je m'en récuse donc, afin de vous donner Un juge que sans honte on ne peut soupçonner Ce sera votre épée et votre bras lui-même.

Comtes, de cet anneau dépend le diadème ;

Il vaut bien un combat, vous avez tous du cœur

Et je le garde...

Page 1