SAINT GENEST
Parmi les cinq poètes du Cardinal, il y avait trois médiocrités, Bois-Robert, Guillaume Colietet, l'Estoile, et deux jeunes gens de génie, Corneille et Rotrou. Une vive sympathie unissait ces deur nobles cœurs. Dans la grande lutte soulevée par le Cid, Rotrou soutint Corneille de son admiration. Et, même lorsque celui-ci parut céder à la tempête, Rotrou resta fidèle à la tragi-comédie qui, à peu près comme le drame de nos jours, représentait la vie humaine dans sa complexité, dans ses alternatives et dans ses contrastes, mêlait ensemble discrètement l'élément tragique et l'élément co» inique; ou, les faisant succéder l'un à l'autre, en tirait, par ces oppositions, des effets d'autant plus pui.ssauts.
En dépit de toutes les théories, la pratique à démontré que ce mélange est nécessaire toutes les fois que l'œuM'e dramatique s'adresse à un public nombreux : il faut que le comique, de temps eu temps, nous délasse du pathétique. De même pour les changements de lieux et de décors : « le spectateur, en voyant la scène transformée, aime à sentir sa curiosité rafraîchie transportée sur un nouveau champ d'action i> *.
Voilà le drame, tel que l'a fait Guillem de Castro, tel que l'a fait Shakspeare, tel que Victor Hugo l'a exposé dans sa préface de Cromwell. La tragicomédie du dix-septième siècle n'allait pas tout à fait si loin : elle se contentait de mêler ou de faire alterner, dans une intrigue souvent romanesque, les touches familières avec les poussées héroïques. C'est ce qu'avait lait l'auteur du Cid, lorsqu'on l'arrêta si malheureusement, et ce que Rotrou continua de faire, avec une grande liberté.
Quoique ni Rotrou, ni Corneille, ni Racine n'aient connu Shakspeare, — qui cependant à cette époque avait déjà produit tous ses chefs-d'œuvre (mais les communications avec l'Angleterre n'étaient pas alors aussi faciles qu'aujourd'hui), — on peut dire que le théâtre de Rotrou a quelque chose de Shakspearien , du moins dans la mesure que comportait l'esprit français. C'est ce que je