‹ Corneille, Rotrou, MoliereChapitre 5 sur 68 · HÉRODE · texte numérisé non relu

HÉRODE

Si le di\in objet dont je suis idolâtre

Passe pour un rocher, c'est un rocher d'albâtre,

Un écueil agréable, où l'on voit éclater

Tout ce que la nature a fait pour me tenter.

Il n'est point de rubis vermeil comme sa bouche,

Qui mêle un esprit d'ambre à tout ce qu'elle touche ;

Et léclat de ses yeux veut que mes sentiments

Les mettent, pour le moins, au rang des diamants

Pour le moins est une cheville bien amoureuse ! Et le rocher d'albâtre vaut son pesant d'or. Comment ne pas s'attendrir aux sources de pleurs qui en découlent incessamment?

■-> Le troisième poète de ce groupe. Tu Ryer, semble supérieur à Tristan et à Mairet : son vers est

large et facile, d'une fluidité et d'une mollesse italiennes. Sa pièce la plus remarquable est la tragédie de Saiil.

Pour Théophile de Viau, il nous suffira de rappeler sa tragédie de Pyrame et Thishé, dont o» CM)nnaît les deux vers ridicules :

Le voilà, ce poignard, qui du sang de son maître S'est souillé lâchement ! il en rougit le traître !

Quant au fameux Scudéry, avec son Lygdamon et Lydias, nous le retrouverons à propos du Cid. Il y avait aussi Benserade, avec sa Cléopâtre, moins célèbre que les ballets de cour où il excella véritablement pendant vingt ans ; puis La Calprenède, avec son Mithridale ; et Desmarets, avec sa comédie des Visionnaires, qui eut beaucoup de succès ; enfin quelques autres poètes, que nous retrouverons dans le cabinet de Richelieu, Bois-Robert par exemple. — Corneille en fut aussi; heureusement il n'y resta point.

Pendant que tout cela faisait grand bruit à Paris, notre jeune provincial, dans son faubourg de Rouen, étudiait Ronsard et Malherbe, qui étaient pour lui à peu près toute la littérature moderne. La renommée des triomphes de Hardy, qui occupait depuis vingt ans la scène, arriva jusqu'à lui. Gela lui donna l'idée d'envoyer au célèbre auteur son premier essai dramatique, cette comédie de McUte.

38 LE ROMANTISriIE DES CLASSIQUES

Hardy trouva que c'était « une assez jolie farce », et le jeune avocat partit de Rouen pour Paris, en 1629, pour la faire jouer.

Mélite fut bien accueillie. C'est un imbroglio dans le goût du temps. L'auteur, dans l'i^œa/nm de sa pièce, s'applaudit avec une franchise ingénue « d'avoir, sans connaître les règles, trouvé l'unité d'action, pour brouiller quatre amants par une seule intrigue », et fait « une peinture de la conversation des honnêtes gens ». — C'est plutôt en effet cela qu'une farce, quoi qu'ait voulu dire le mot attribué à Alexandre Hardy. La pièce, avec ses qualités et ses défauts, plut tellement que les comédiens, à celte occasion, se séparèrent en deux troupes, pour jouer au Théâtre du Marais en même temps qu'à l'Hôtel de Bourgogne. — Je ne m'arrêterai point cependant à analyser cette comédie, qui vous intéresserait peu.

La deuxième œuvre dramatique de Corneille est, en 1632, Clitandre, ou l'Innocence délivrée, autre imbroglio, — tragi- comique, cette fois, et oîi nous voyons poindre des éléments nouveaux.

H avait fallu que Corneille vînt à Pans du fond de sa province, pour apprendre qu'il y avait des règles dramatiques et pour s'apercevoir, « que Mélite n'était pas dans les vingt-quatre heures ».

H y avait alors de grandes quercHes au sujet de ces trois unités, dites d'Âristote, quoique Arislote,

tout en paraissant conseiller l'unité de temps *, ne dise pas un mot de l'unité de lieu, et que les grands poètes dramatiques grecs, venus avant sa Poétique, en aient usé fort à leur aise à l'égard de tes trois unités. Mais chez nous, au xvii° siècle, après le décousu prodigieux des embryo as d'œuvres dramatiques appelés Mystères dont s'était contenté le moyen âge, on se précipitait, par réaclion.sous le despotisme des règles^ on s'y assujettissait avec joie et on s'ingéniait pour s'y conformer. Corneille, dans Clitandre, songea donc à les appliquer, sans toutefois faire profession de vouloir s'y astreindre absolument. « Que si j'ai renfermé cette pièce dans la règle d'un jour, ce n'est pas que je me repente de n'y avoir pas mis Mélito, ou que je me sois résolu à m'y attacher dorénavant. Aujourd'hui quelquesuns adorent cette règle, beaucoup la méprisent ; pour moi, j'ai voulu seulement montrer que, si je m'en éloigne, ce n'est pas faute de la connaître. » Clitandre est une pièce romanesque, à l'espagnole : on y voit des héroïnes se déguiser en hommes et tirer l'épée. Cependant, au milieu de bien des bizarreries, on découvre dans celte œuvre les germes de quelques idées ou de quelques formes que Corneille développera plus tard dans des œuvres meilleures. Au quatrième acte, Dorise, pour sa défendre contre l'audacieux Pymante, lui crève un

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