‹ Corneille, Rotrou, MoliereChapitre 58 sur 68 · MOI · texte numérisé non relu

MOI

J'espère que ces attaques ne sont point dangereuses ? Reverrons-nous bientôt la signora?

l'homme RAISONNABLE, prenant une pris?.

Difficilement : car la signora est morte, cette nuit, a deux iieures.

Tel est ce petit conte d'un effet saisissant. — inspiré par le sentiment très vif des beautés de l'œuvre de Mozart.

Et, en effet, quelle merveille que cet opéra, ou plutôt quelle succession de merveilles ! Quelle puissance et quelle variété 1 L'indignation, l'amour, la grâce, la bouffonnerie, la terreur 1 quelle richesse éblouissante et quel charme inépuisable ! Quelle immense étendue de clavier, — de Dona Anna et de Don Juan à Leporello et à Zerline, — depuis les gaietés champêtres jusqu'aux épouvantements d'outre-tombe, aux affres de la mort impénitente et aux terreurs du jugement divin ! Dramma giocoso ! pièce plaisante ! Oui, comme la Divina Commedia du Dante, cette formidable trilogie : VEnfer, le Purgatoire, le Paradis I Mais cet opéra, lui aussi, n'est-il pas une comédie ; ou plutôt un drame romantique, représentant la vie humaine tout entière, avec ses contrastes? Mozart a su comprendre et rendre tout cela, sans parti pris et sans système, avec son génie puissant et facile. Mozart est grand comme Shakspeare *.

Voyons maintenant la série des transformations de Don Juan.

« Sur cette légende de Don Juan, dit Sainte- Beuve, tous les poètes ont créé, varié (c'est-à-dire fait des variations), lii)res, selon leur fantaisie. Sur ce nom demi-fabuleux, depuis Tirso de Molina, Moiière et Mozart, jusqu'à Byron, Musset et Mérimée, chacun a joué à son tour et à sa guise; cha-

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