SUR SA VEUVE
Rare écrivain de notre France, Qui, le premier des beaux esprits, As fait revivre en tes écrits L'esprit de Plaute et de Tércnce, Sans rien dérober aux douceurs De M élite ni de ses sœurs, 0 Dieu ! que ta Clarisse est belle !
Et que de veuves dans Paris Souhaiteraient d'être comme elle, Pour ne pas manquer de maris!
Ainsi, tant que Corneille est seulement poète comique, les poètes tragiques, Mairet et Scudéry, ne font pas difficulté de le louer : ce jeune homme fait revivre en lui l'esprit de Plaute et de Térence réunis; mais, lorsque Corneille, après avoir tâtonné longtemps, abordera décidément le genre tragique, oh! alors, l'auteur de Sophonisbe et celui deLygda-
mon ne se montreront plus si bons princes, ils changeront de gamme et de style, ils commenceront à critiquer et à railler celui qu'ils mettaient au-dessus des nues en le comparant au soleil !
Après la Veuve, vinrent, en 1634, la Galerie du Palais, ou l'Amie rivale ; puis la comédie intitulée : la Suivante. Toutes les deux réussirent; surtout la Galeiie du Palais. Ce palais, c'était le Palais-de- Justice, ancien palais des rois de France. Garni de petites échoppes très achalandées,, il était alors la promenade à la mode, le rendez-vous des curieux et des étrangers. Le Palais-Royal n'existait pas encore, on était en train de le bâtir pour Richelieu. C'était le vieux Palais de Philippe- Auguste, avec ses deux tourelles en poivrière et sa tour de l'horloge, qui était le centre de la vie parisienne. Le jeune auteur cherche donc évidemment ce qu'on nomme aujourd'hui l'actualité : il retrace les scènes ordinaires les tableaux quotidiens de cette Galerie, les conversations des marchands et des passants; c'est une veine neuve et heureuse, un essai ou une intention de ce qu'on nomme à présent réahsme, mais sans les excès du genre. Or, si le réalisme est de mise quelque part, c'est assurément dans la comédie .
De cette pièce date une réforme notable : la suppression des nourrices en guise de conlidentes. Ce personnage de la nourrice était un reste de la
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comédie ancienne . On lui faisait parler souvent un langage plus que libre. C'était ordinairement un homme qui jouait ce rôle, avec un masque. Il y avait alors un acteur nommé Alizon qui y réussissait à merveille. Ce nom d' Alizon, nom de femme, était sans doute celui d'un de ses rôles. Peu d'actrices, peut-être, auraient osé se charger de rôles aussi libres et aussi gaillards que ceux-là. Corneille, en mettant plus de décence dans le dialogue, substitua aux nourrices les suivantes, qui purent être jouées par des femmes. Alizon resta seulement en possession de certains rôles de vieilles femmes ridicules. Plus tard, dans le théâtre de Molière, nous verrons les suivantes devenir les servantes, qui au dix-huilième siècle deviendront les soubrettes. Cependant certains rôles de femmes grotesques furent encore joués quelquefois par des hommes : ainsi, dans la troupe de Molière, c'était l'acteur Hubert qui faisait la comtesse d'Escarbagnas, M"*® Jourdain, Philarainte.
Dans le théâtre ue Shakspeare, la nourrice de Juliette, par la gaieté énorme de ses propos, nous donne quelque idée des libertés qu'on accordait alors à ces personnages en Angleterre aussi bien qu'en France. Au surplus, ce n'était pas seulement les nourrices et les rôles de cette îorte qui, dans la troupe de Shakspeare étaient alors joués par des hommes; c'étaient aussi, chose étrange, les rôles de femme en général. Dans un de ses prologues, il
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prie le public de vouloir bien prendre patience, parce que la reine n'est pas encore rasée.
Chez nous, sous Henri II, à Paris, à Thôtel de Reims, Jodelle, qui était jeune et d'une figure agréable, joua lui-même le rôle de sa Cléopâtre captive, devant lu Roi et toute la cour, comme le jeune et beau Sophocle, à Athènes, avait joué luimême sa Nausicaa.
Ce nouveau personnage, la suivante, donna son nom à l'autre comédie que nous venons de mentionner, représentée également en 1634. Dans VExamen de cette pièce. Corneille se réjouit un peu naïvement de s'être « asservi à faire les actes si égaux, qu'aucun n'a pas un vers plus que l'autre ».
L'ÉpU7'e dédicatoire respire le contentement d'un jeune auteur qui a la veine. « Ceux qui se font presser (fouler) à la représentation do mes ouvrages m'obligent infiniment; ceux qui ne les approuvent pas peuvent se dispenser d'y venir gagner la migraine ; ils épargneront de l'argent et me feront plaisir.»
Ensuite il passe de ses censeurs à ses rivaux et dit, quittant tout à coup la prose pour les vers :
Je vois d'un œil égal ^ cioître le nonî d'autrui, El làclie ù m'élevci' aussi liaiiL comme lui, Sans hasarder ma peine à le Caire descendre. La gloire a des trésors qu'on ne peut épuiser: El, plus elle en prodigue à nous Hworisciv Plus elle en garde encore où chacun peut prélcndre.