‹ Corneille, Rotrou, MoliereChapitre 9 sur 68 · t c'était dans la Place-Royale qu'elle était née · texte numérisé non relu

t c'était dans la Place-Royale qu'elle était née

fut un changement de front, un pas considérable, une révélation pour le public et pour le poète lui-même. On admira surtout le monologue qui commence par ces vers :

Souverains protecteurs des lois de l'hyménée» Dieux garants de la foi que Jason m'a donnée. Vous qu'il prit à témoin ,d'une immortelle ardeur Quand par un faux serment il vainquit ma pudeur, Voyez de quel mépris vous traite son parjure. Et m'aidez à venger cette commune injure!

C'était enfin le véritable accent tragique, ignoré dans tout le théâtre du moyen âge, malgré le pathétique sujet des Mystères, et cherché vainement sur la scène française dans tout le théâtre de la Renaissance. Quel flot d'éloquence passionnée dans ces malédictions de la femme trahie!

Qu'il coure vagabond de province en province ! Qu'il fassft lâchement la cour à chaque prince! Banni de tous côtés, sans biens et sans appui, Accablé de frayeur, de misère et d'ennui, Qu'à ses plus grands malheurs aucun ne compâtissel Qu'il ait regret à moi, pour son dernier supplice; Et que mon souvenir jusque dans le tombeau Attache à son esprit un éternel bourreau! Jason me répudie! Eh ! qui l'aurait pu croire? S'il a manqué d'amour, manque-t-il de mémoire ? Me peut-il bien quitter après tant de bienfaits? M'ose-t-il bien quitter, après tant de forfaits? Sachant ce que je puis, ayant vu ce que j'ose. Croit-il que m'offenser ce soit si peu de chose?

Et enfin, ce dialogue, dont le principal trait est devenu universellement céiéDre :

L'âme doit se roidir, plus elle est menacée, Et contre la fortune aller tête baissée, La choquer hardiment et, sans craindre la mort, Se présenter de front à son plus rude effort : Cette lâche ennemie a peur des grands courages. Et sur ceux qu'elle abat redouble ses outrages. . .

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