LE PATHÉTIQUE DE VIRGILE
destins ne feront que le montrer à la terre’ et ne l'y laisseront pas séjourner. Dieux, la race romaine vous eût paru trop puissante si elle avait pu conserver pour elle un tel don! Quels gémissements du peuple s’élèveront du champ funèbre vers la grande ville de Mars! Et toi, dieu du Tibre, quelles funérailles tu verras sur tes rives en coulant auprès de sa tombe récente! Jamais enfant du sang troyen n'élèvera aussi haut les espérances de ses aïeux latins; jamais la terre future de Romulus ne s’enorgueillira autant d’un de ses fils. Ô piété, ô vertu antique, Ô main invincible à la guerre! Nul ne se füt avancé impunément au-devant de lui, soit qu'il marchât à pied contre l’ennemi, soit qu'il pressâät de léperon les flancs d’un cheval écumant. Hélas, enfant infortuné, si de quelque manière tu peux échapper aux rigueurs du sort, tu seras Marcellus! Donnez des lys à pleines mains ; que je répande des fleurs éclatantes ; que je prodigue du moins ces offrandes à l’âme de mon descendant et que je m'acquitte envers elle d’un vain hommage ! ??
Pour ne point admirer ces vers, il faudrait être un sauvage; mais l'admiration ne doit pas nous aveugler. Ici, comme si souvent chez Virgile, la déesse et l'émotion l’emportent sur la clarté.