ESSAIS DE TRADUCTION EN VERS
par l'éloquence émue, il n’a pas exprimé complètement sa pensée. Cet exemple n'est pas isolé.
Il ne faut pas oublier, quand on lit l'Énéide, que Virgile, la laissant inachevée, avait exprimé le vœu qu'on brulât le manuscrit, désir dont ses amis et exccuteurs testamentaires, Varius et Tucca, eurent mille fois raison de ne pas tenir compte. Tel qu'il est, cependant, ce chef d'œuvre n’est pas sans taches; il y en a même aux plus beaux endroits.
Voici comment l'abbé Delille a rendu la fin de ce passage fameux, dans sa traduction de l Enéide (1804) qu'on a le tort de ne plus lire aujourd’hui :
Ah ! jeune infortuné, digne d’un sort plus doux,
Si tu peux du destin vainere un jour le eourroux,
Tu seras Marcellus ! . . . Ah ! souffrez que j’arrose Son tombeau de mes pleurs. Que le lys, que la rose, Trop stérile tribut d’un inutile deuil,
Pleuvent à pleines mains sur son triste cercueil
Et qu'il reçoive au moins ces offrandes légères, Brillantes comme lui, comme lui passagères !
Il y a moins d'élégance, mais plus de nerf dans |
cette traduction allemande de Norden (1903) :
Weh dir, armes Kind! Dass dir's gelänge, Deines Dämons Fesseln doch zu brechen :
Was für ein Marceller würdest du !
Reicht mir Lilien her mit vollen Händen, -