‹ Cornilius Nepos: ou, le premier plagiaire collectivisteChapitre 11 sur 25 · SOUSTRAIRE... SOUSTRAIRE · texte numérisé non relu

SOUSTRAIRE... SOUSTRAIRE

L'éloquence du tableau ci-dessus rend tout commentaire superflu.

Même contradiction commune

J'ai écrit :

« Notre proposition est des plus simples. Nous nous bornons à demander..., à soustraire au régime de communauté le fruit du travail et l'épargne personnels delà femme. » (p. 27, 28, 94, 95, 100.)

Plus haut, j'avais dit que je maintenais le régime de la communauté légale comme régime légal.

Mon propre travail contient à cet égard une évidente contradiction que j'ai formulée à dessein. Mon but était d'arriver à détruire en fait le régime de communauté, tout en déclarant, en paroles, que je le maintenais.

Mon plagiaire qui n'est point né malin, ne s'est guère aperçu de ma petite supercherie. Il coupe dans le pont; et, comme si quelque démon voulait l'enfoncer, il me reproduit textuellement:

« Le système de notre proposition est fort simple. La communauté reste le régime matrimonial légal. Nous nous bornons à soustraire au régime de communauté et à placer sous le régime de la séparation de biens le fruit du travail et de V épargne personnels de la femme. »

Or, comme 90 p. c. des femmes belges se marient sans contrat; comme la grande majorité des femmes de la classe laborieuse subviennent par leur travail à leurs besoins, en plaçant sous le régime de la séparation le fruit du travail de la femme, on détruit fatalement le régime de communauté.

Mon grand malin de plagiaire n'a pas compris cela. En me plagiant, préoccupé uniquement de la lettre de mon texte et

non du sens de mes idées, il reproduit servilement ma flagrante contradiction.

L'illustre savant a laissé là sa carte de visite.

Omission commune d'une idée fondamentale, clef de voute du système

Quelle est cette omission ?

Dans mon projet primitif (jusqu'à la 3 e épreuve), j'ai proposé de conférer à la femme mariée le droit de disposer librement de ses salaires.

Or, l'idée fondamentale manquait. Avant d'affranchir la femme quant à l'objet du contrat, il fallait commencer par l'émanciper quant à la faculté de contracter.

Permettre à la femme de disposer de son salaire, c'est quelque chose sans doute ; mais ce n'est rien, si on ne lui concède pas d'abord le droit de louer ses services librement, sans l'assistance maritale.

L'omission de cette idée fondamentale constituait de ma part une bévue inexplicable, que je suis presque confus de devoir avouer.

Eh bien ! Cette méprise colossale, vraiment ébouriffante, se retrouve dans le projet Vandervelde.

Heureusement pour moi, une circonstance fortuite m'amena à effacer de mon travail mon erreur première.

Dans sa séance du 17 avril 1896, le Conseil supérieur du Travail de Belgique, sur la proposition de M. Hanquet, adopta, par 25 voix contre 9 et une abstention, la proposition suivante : « La femme mariée peut s'obliger par contrat de travail avec le consentement exprès ou tacite de son mari... » Ce vote du Conseil supérieur du Travail m'ouvrit les yeux. Je reconnus l'absurdité do mon projet primitif. Il importe tout d'abord,dis-je, de reconnaître à tout être humain, à la femme mariée comme à toute autre femme, le droit de travailler librement, sans nulle autorisation. Le 18 avril, à la dernière minute, après quatre ans d'études, je modifie mon projet et ma dernière épreuve. La rectification était aisée : il suffisait d'apporter une légère addi-

tion aux derniers feuillets : pages 92 et 113 de mon travail (1). Je corrige mon texte, tandis que mon plagiaire, ignorant la modification apportée au texte primitif et à la 3 e épreuve, reproduit ma « gaffe » ; de telle sorte qu'il a présenté à la Chambre un projet ridicule et illogique, dépourvu de sa clef de voûte :

La femme peut disposer librement de ses salaires, mais elle ne peut disposer librement de son travail !...

La comparaison de mon épreuve et du projet Vandervelde prouve le plagiat.

B) Preuves Extrinsèques :

Le plagiat se démontre encore par un ensemble de preuves extrinsèques.

J'ai eu l'honneur de remettre au juge arbitral cinq propositions d'auteurs différents, autorisant la femme mariée à disposer de ses salaires (2).

Comparez ces projets, d'abord entre eux; puis, avec le projet Vandervelde ; enfin, avec le projet Frank ; vous reconnaîtrez :

1° que ces projets ne se ressemblent pas entre eux ;

2 # qu'ils ne ressemblent pas au projet Vandervelde ;

3° qu'ils ne ressemblent pas au mien ;

4° qu'au contraire les projets Vandervelde et Frank ont la ressemblance frappante des jumeaux. Preuves nouvelles établissant le plagiat.

Nous nous trouvons en présence d'un plagiat.

Quel est le plagiaire ?

Est-ce Vandervelde ? Est-ce moi ?

Ce ne peut être moi ?

. Qui a, pour la première fois, soulevé, d'une manière sérieuse, devant la cour d'appel de Bruxelles, le 3 décembre 1888, le problème de l'affranchissement des femmes ?

(1) J'ai remis entre les mains de M. de Borchgrave la 3 e épreuve originale de mon projet et le texte de mon travail définitif. Un simple coup d'œil permet de constater la modification apportée a mon travail, au dernier moment

(2) Projets Bridel, Vaudois, Chauvin, Goirand et Prins.

Qui a défendu, devant les Facultés de Paris et de Bruxelles, la thèse féministe ? Qui a créé la Ligue féministe en Belgique ?

Qui a publié le catéchisme de la femme, traduit en huit langues ? Qui a donné à Bruxelles le cours de législation féministe ? Qui a consacré toute sa jeunesse à la défense et à la propagation de l'idée féministe ?

Qui a, le premier, dans ses écrits, émis l'idée de revendiquer pour la femme le droit de disposer de ses salaires et de son épargne ?....

Est-ce Vandervelde ?

Qu'il réponde....

Quant à l'idée de mon projet, je l'ai lancée depuis le mois de janvier 1892 et n'ai cessé de la propager durant quatre ans par mes écrits et mes conférences, en ayant bien soin toutefois de ne pas révéler les modalités de ma réforme.

Quant au projet lui-même, j'établis par des pièces certaines qu'aucune preuve contraire ne pourrait infirmer :

1° que ce projet a été soumis à M. Ernest Solvay le 26 février 1896 ; qu'il l'a parcouru et a accepté d'en prendre à sa charge tous les frais d'impression ;

2° que mon travail a été livré à l'impression le 7 mars ;

3° que les épreuves des dernières feuilles m'ont été remises antérieurement au 8 avril, date de l'ouverture du congrès féministe de Paris.

Que Vandervelde prouve donc que son travail était terminé antérieurement au 26 février 1896 ?

H ne le pourrait.

Le plagiaire est donc Vandervelde, et non pas moi.

Une série de circonstances, un faisceau de faits et de détails viennent corroborer et confirmer les preuves du plagiat.

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