‹ Cornilius Nepos: ou, le premier plagiaire collectivisteChapitre 13 sur 25 · II. Essais de dissimulation du plagiat · texte numérisé non relu

II. Essais de dissimulation du plagiat

Gomme tout plagiaire, le mien n'a pas commis la folie de se borner à copier servilement mes phrases entières et à reproduire tous mes arguments. Il a cru devoir prendre quelques mesures de précaution pour éviter de se faire pincer.

Ces mesures de précaution, nous allons successivement les passer en revue.

1° Pour étayer un projet de cette importance, d'ordre social, il. était nécessaire, de la part d'un économiste doublé d'un féministe, de montrer, par un chiffre au moins, l'importance croissante que prend le sexe féminin dans la répartition du travail et dans la production des richesses. Un chiffre exact devait avoir ici une éloquence décisive. Il était indispensable de citer au moins un chiffre, comme le fit M. Hector Denis, quand, à la Chambre des Représentants, à la séance du 4 avril 1895, il proposa de conférer aux femmes le droit de suffrage communal. Le plagiaire,

lui, a pris soin de ne point dire dans son projet combien de femmes laborieuses sa proposition va affranchir. Il omet cet argument fondamental des 882,219 femmes occupant en Belgique des situations lucratives indépendantes. Son devoir de féministe et d'économiste était pourtant de l'indiquer. Le chiffre est connu, renseigné dans la statistique officielle, première source à consulter. Le plagiaire ne le fait pas. Il me connaît trop bien. Il sait que j'ai la réputation d'être un féministe statisticien. Il supprime tout chiffre, afin de ne pas éveiller de soupçon.

2° D'autre part, le plagiaire prend la précaution, inutile, hélas ! pour lui, de laisser de côté l'argument le plus puissant, mais aussi le plus banal qui puisse être invoqué en faveur de la thèse. A la connaissance de tous les observateurs, une grande partie des millions gagnés en salaires par les femmes, sont gaspillés au cabaret par les maris. Permettre à la femme mariée de toucher elle-même le produit de son travail et d'en disposer librement, doit être l'un des moyens les plus efficaces de combattre et de restreindre l'alcoolisme, en enlevant à beaucoup d'hommes les moyens de s'adonner à la boisson. Cet argument est vulgaire ; il est cependant d'une irrésistible puissance. Pourquoi mon plagiaire ne s'en sert-il pas, puisqu'il est si bien au courant de la question féministe et que je ne cesse de développer cette idée-là dans mes conférences et dans mes écrits ? Est-ce par manque de sympathie pour la cause de la tempérance? Mon plagiaire socialiste n'ignore pas que l'usage de l'alcool est interdit dans les Maisons du Peuple. Non, il doit savoir cela ; mais il sait surtout que je suis un défenseur convaincu du féminisme et de l'anti-alcoolisme (1) ; il craint qu'en invoquant l'argument, il ne vienne aussitôt à l'esprit de tous cette pensée spontanée : < Ça, mais c'est du Frank tout pur ! > Aussi, évite-t-il avec soin le premier argument qu'un féministe sincère aurait invoqué. Il l'évite parce qu'il me craint.... Il l'évite pour dissimuler son plagiat.

3° Autre preuve de la dissimulation du plagiat :

Suppression systématique du mot « Salaires ».

« Dans tous les pays de l'Europe et partout, on entend par « salaires » la rémunération du travail. C'est la définition du

(1) La Femme contre V Alcool par Louis Frank, 1895.

père de l'économie politique, Adam Smith. Définition classique que M. Vandervelde ne peut ignorer. (Voy. Georges Cornil, Du Contrat de Travail, 1895, p. 12.)

Le mot * salaires » est donc l'expression consacrée. Le projet Vandervelde a pour objet de reconnaître à la femme mariée la libre disposition de ses salaires. Que fait le plagiaire ?

Il emploie une seule fois le mot salaire, terme propre, universellement admis.

Et il emploie la périphrase :

fruit de son labeur : 2 fois, fruit de son travail : 2 fois, produit de son travail : 1 fois.

Soit, une seule fois, le terme propre ; et cinq fois, la périphrase.

Il évite avec un soin méticuleux l'emploi du terme propre « salaires ».

Pourquoi cela ?

Parce que mon ouvrage qu'il plagie, est intitulé les « salaires de la famille ouvrière »; que, en tête de chacune des 115 pages du volume se trouve la répétition du titre « les salaires ».

La préoccupation constante de ne pas faire usage du mot classique « salaires » ; le soin qu'il a de cacher un terme consacré qui pourrait révéler la source de son larcin; son souci de couvrir d'une périphrase le mot « salaires », titre du volume plagié, établit la dissimulation et confirme les preuves évidentes du plagiat.

4° Autre preuve de dissimulation : le faux titre.

Pour cacher l'origine de la fameuse « source commune », mon plagiaire donne à son travail un faux titre. Il donne pour titre à sa proposition : « L'Epargne de la Femme Mariée », titre faux.

Pourquoi est-ce un titre faux ?

Parce que sa proposition a pour but d'accorder à la femme mariée le droit de disposer de ses salaires et de son épargne. Les quelques auteurs qui se sont occupés de la question, Bridel, Chauvin, le projet Vaudois, Goirand, Prins intitulent leurs projets : « du salaire », ou « du droit pour la femme de disposer du produit de son travail. »

Mon plagiaire emploie donc un titre inusité.

Titre non seulement inusité, mais impropre et illogique.

Titre impropre :

L'objet principal de la proposition Vandervelde est d'accorder à la femme mariée le droit de disposer du fruit de son travail, puis de son épargne.

Or, comment s'appelle scientifiquement le fruit du travail ?

Corail va nous répondre :

« Partout, dans tous les pays et pour toutes les écoles, la rémunération du travail s'appelle : salaires. » (Cornil, Contrat de Travail, p. 12).

Le salaire est la rémunération directe du travail, tandis que l'épargne est, soit l'excédent des recettes sur les dépenses, soit l'accumulation de cet excédent.

L'idée première, directe, principale, générique du projet est donc l'idée exprimée parle mot c salaires ».

Or, il est d'usage constant en littérature et en science de donner pour titre à un ouvrage, le mot ou les mots caractéristiques, exprimant l'idée maîtresse et fondamentale.

Le titre propre, le titre exact et adéquat à l'idée de l'ouvrage devait être « les salaires de la femme mariée. »

Mon plagiaire n'ose employer ce titre, parce que celui de mes deux ouvrages qu'il plagie, est précisément intitulé « les salaires de la famille ouvrière ».

Le titre de la proposition Vandervelde est non seulement incorrect et impropre ; il est, de plus, souverainement illogique.

En effet, le but de la proposition Vandervelde est, dans l'ordre logique, de permettre à la femme mariée :

1° de toucher son salaire ;

2° d'en disposer librement pour ses besoins personnels ou pour ceux du ménage ;

3° éventuellement, d'économiser une épargne.

Pourquoi donc, M. Vandervelde donne-t-il à sa proposition un titre fondé sur l'idée tertiaire, accessoire et particulière de son projet ? Pourquoi ne donne-t-il pas à sa proposition le titre exact et logique, le seul impliquant l'idée première et principale : « Les salaires ».

Pourquoi ? Parce qu'il plagie mon ouvrage « Les salaires de la Famille ouvrière. » Il donne un titre illogique et impropre, à seule fin de mieux dissimuler son plagiat.

Et ce titre d'Épargne, inusité, incorrect, illogique, est ici, dans l'espèce, d'autant plus étrange et plus faux que le projet du « socialiste » Yandervelde est présenté au nom du parti socialiste, qui, défendant l'idée collectiviste, ne cesse de combattre l'idée même de l'épabgne !

Page 1