‹ Cornilius Nepos: ou, le premier plagiaire collectivisteChapitre 3 sur 25 · LA POLÉMIQUE FRANK -VANDERVELDE · texte numérisé non relu

LA POLÉMIQUE FRANK -VANDERVELDE

Pour l'édification du lecteur, j'exposerai ici toute la polémique qui s'est engagée entre M. Vandervelde et moi. Mon but est de placer sous les yeux de chacun les pièces du procès. On aura ainsi l'occasion de constater que je donne toutes ces pièces sans y apporter le moindre changement, tandis que sous la plume de mes adversaires, ces mêmes documents apparaissent mutilés et faussés.

La polémique remonte au 23 avril 1896.

Le jour même du dépôt du projet Vandervelde, j'adressai à L'Indépendance belge la lettre suivante :

Monsieur le Directeur,

J'apprends que deux propositions de loi ayant pour objet l'épargne et les salaires de la femme mariée viennent d'être déposées à la Chambre.

Je tiens à noter une coïncidence.

Hier même, j'ai remis à mon imprimeur le bon à tirer de deux volumes sur ces mêmes matières et qui renferment le résultat d'une étude approfondie de ces questions.

Je pourrais trouver cette coïncidence étrange. Je préfère n'y voir qu'un événement heureux pour la cause féministe que je défends depuis neuf ans.

Je m'en félicite doublement, attendu que l'auteur de ces propositions est un féministe de conversion récente : preuve que la cause gagne à la fois du terrain et des prosélytes.

Veuillez agréer, monsieur le Directeur, l'assurance de*ma considération la plus distinguée.

Louis Frank.

L'Indépendance belge, 23 avril 1896.

M. Vandervelde répondit :

Monsieur le Directeur,

Vous publiez, dans votre numéro du 25 avril, une lettre de M. Frank, qui semble trouver étrange que nous ayons déposé une proposition de loi sur l'épargne de la femme mariée, alors qu'il se prépare à publier deux volumes sur la même matière.

Quelle que soit l'importance que la personnalité de votre correspondant donne a tout ce qui sort ou se prépare à sortir de sa plume, force m'est d'avouer que j'ignorais complètement ses intentions à cet égard.

Au surplus, je ne vois pas bien pourquoi l'approche de « cet heureux événement » était de nature à suspendre notre initiative parlementaire.

Recevez, Monsieur le Directeur, l'expression do mes sentiments très distingués.

E. Vanderveldk.

L'Indépendance fit cette remarque :

M. Vandervelde a l'air do se fâcher de ce que M. Louis Frank félicite le mouvement féministe du précieux appoint que sa conversion récente à ce mouvement lui apporte. Félicitez donc les gens!

V Indépendance belge, 2G avril 1896.

A la suite do la lettre de M. Emile Vandervelde, L'Indépendance behje publia cette riposte :

Monsieur le Directeur,

Oui, je le maintiens, il est étrange que le groupe socialiste présente à la Chambre une proposition ayant pour double objet de reconnaître à la femme mariée le droit de disposer de son épargne et de ses salaires, précisément la veille de la publication de mes deux volumes sur chacune de ces matières.

Comme lu question féministe est et doit demeurer étrangère aux mesquines rivalités de partis, dans tous les Parlements du monde où siègent de vrais détenseurs des intérêts féminins, il est de règle de présenter toutes les propositions d'ordre féministe au nom de membres appartenant à chaque groupe parlementaire important. Si les socialistes avaient eu réellement en vue d'assurer le succès de la proposition, ils auraient agi comme le font partout les féministes sensés, et le projet présenté au nom des divers groupes eût obtenu un assentiment général. Quant à moi. je n'aurais jamais, dans un tel cas. songé à soulever la moindre revendication; car, bien que * bourgeois -, j'ai mis au service

de cette cause généreuse toute mon ardeur et tout mon dévouement, en me confinant toutefois sur un terrain exclusivement scientifique : c'est dire que je repousse toute visée ambitieuse ou agitatrice.

Peu m'importe donc d'où vienne l'initiative parlementaire : c'est le fait seul du dépôt de ces projets qui constitue « l'événement heureux ».

Mais ce qui serait un événement néfaste et ce qu'on ne doit pas permettre, c'est que le fruit d'un travail consciencieux et désintéressé soit absorbé dans le vide du collectivisme pour exhausser les tréteaux des dandys socialistes.

Recevez, monsieur le Directeur, Fassuranco de ma considération la plus distinguée.

Louis Frank.

P. S. — Ci-joint, je vous remets un exemplaire de chacun de mes volumes, qui paraîtront sous peu de jours, quand le tirage en sera

achevé.

ISIndépewlance belge,

28 avril 1896.

M. Vandervelde oublia de répondre.

Après avoir lu le texte do la proposition Vandervelde, je lançai contre l'estimable député socialiste l'accusation formelle de plagiat. Ce qui rouvrit la polémique.

Le Journal de Bruxelles publia cet échange de lettres :

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