SAINT WENCESLAS ROI ET MARTYR
A Zdenka Braunerova.
Ni le coup sauvage du païen, ni la rage des hérétiques,
Ni les traîtres, ni les savants, ni les gens de la politique,
Ni ceux qui sur le seuil solennel où pend le corps assassiné
Ramassèrent le globe d'or et la couronne qui était tombée,
Ni le peuple orphelin qui l'oublie, ne sont efficaces
A détacher de la porte du ciel le magnifique Wenceslas,
A séparer de l'Eglise et de la porte de Dieu
Le poing royal qui la tient par l'anneau et par le milieu.
Main enracinée du martyr à qui tout le corps est suspendu,
Atteste la Porte au troupeau qui est épars et perdu !
D'autres ont acquis par l'or, d'autres ont façonné par le fer,
D'autres ont hérité, et d'autres ont épousé, leur terre.
Mais la Bohême a bu son souverain : pas un champ
Qui ne soit abreuvé de sa chair et pénétré de son sang,
Pas un cœur qui du Roi répandu n'ait reçu la couleur indélébile!
Après la moisson d'un jour, après l'œuvre du jour servile,
Ressort sur l'écu de l'Europe et témoigne de nouveau,
Où est le centre de l'Europe, où est le nœud de ses eaux,
Ressort encore, éclate encore et vit, et refleurit, et reparaît de nouveau,
CORON A BENIGNITATIS
Témoigne encore, immortellement nouvelle et toujours fraîche,
La tache que fait le sang de Saint Wenceslas sur la neige !
Tiens bon, Tchèque obstiné ! ne lâche point l'Anneau, Wenceslas !
Prie vertigineusement dans le ciel pour le grand désert de blé tout en bas,
Avec ses dures petites vallées soudain et ses larges étangs dormants,
Pour la Bohême qui est assise entre ses Quatre Forêts et qui attend ;
Pour les hommes ardents et fourbes et pour les grosses femmes aux yeux bleus,
Pour le désert de blé immense et platitudineux !
Tout est plat, mais l'on voit tout seul sur le ciel un long clocher comme une fleur d'oignon,
Et (loin de la ligne noire des sapins) une mare avec l'auberge et trois maisons,
Où commence par une croix de bois la route qui mène jusqu'à Dieu,
Bordée de tristes petits pommiers qui s'en vont indéfiniment deux par deux.