Livre enfin l'homme à son Dieu, porte royale et descellée
O cœur des torrents de la nuit en qui d'un ineffable accord,
La couleur d'argent de la colombe se mêle à la pâleur de l'Or !
Cependant une rumeur confuse emplit la terre et les champs.
Il commence sur la terre un cri, il commence dans le ciel un chant.
Les pasteurs, crosses en mains sur le troupeau, figure de ceux de l'Église,
Ecoutent la bonne nouvelle qu'un Ange leur évangélise,
Et cette phrase : Gloire et Paix, dans le ciel ouvert qui d'un Ordre à l'autre est répétée,
Gloire dans la hauteur à Dieu et sur la terre Paix aux hommes de bonne volonté!
Le Prodigue qui parmi les blasphèmes tout-àcoup a le sentiment de la musique
Se lève, il veut voir, et de l'ongle gratte la vitre de la maison publique.
Car déjà les pasteurs se sont mis en marche et toute la terre s'ébranle derrière eux,
Au pas de ces joueurs de musette, parmi lesquels le plus vieux,
Portant le tambour de la compagnie que des deux mains il frappe à coups valeureux !
Peuples ! Iles ! entendez, nations englouties ! ô vous tous à qui l'on a fait tort !
Le dur Israël est rompu, la flamme de Dieu brille librement au dehors !
Une lumière est née à ceux qui habitaient la région de l'ombre de la mort !
« Voici que je briserai sur vous le joug de l'exacteur ainsi qu'au jour de Madian,
CORON A BENIGNITATIS
Vous avez été vendus pour rien, dit le Seigneur, et moi je vous rachèterai sans argent.
Ne crains point, ô ver ! Je ne t'ai point oublié. Est-ce qu'une mère oublie son enfant?
Et si elle l'oubliait, et moi je ne t'oublierai pas, dit le Seigneur Dieu Tout-Puissant.
Qu'est cela qui m'est arrivé que mon peuple m'est enlevé gratis?
Je n'ajouterai pas davantage que sur ma terre passe l'immonde et l'incirconcis.
Lève-toi de la poussière, ô captif, et entends mon nom en ce jour-ci :
Car moi-même qui vous parlais, dit le Seigneur, me voici ! »
Anges de la Perse et des Grecs ! Ange de Rome ! Ange du Nord et de ceux de la mer !
O pasteurs de peuples aveugles dans la nuit! veilleurs d'une veillée amère !
Depuis assez longtemps comme un cri que les soldats répètent de tour en tour,
D'un bout du monde jusqu'à l'autre vous vous passez la question vers le jour !
Maintenant comme le sous-diacre du diacre, et celui-ci de l'officiant, lorsqu'il a reçu la paix,
S'en va vers le premier de ses frères ordonnés dans le chœur et le saluant avec respect,
Lui met les deux mains sur les épaules et la joue contre la joue :
Ainsi le messager qui va d'un bagne à l'autre, annonçant la levée de l'écrou.
Et bientôt, au milieu de la fumée et de l'or et du feu, du pontife qui officie à l'autel,
Précédé de l'encensoir et des trompettes, se détache le cortège solennel
Du héraut qui monte à l'ambon, proclamant l'évangile universel !
« Il est né, le divin Enfant! » Et vous aussi, quel est ce chant ! écoutez !
Vous, Anciens, que l'Enfer encore retient dans sa vaste capacité !
La racine obscurcie à la fleur de sa feuille sent éclore sa bénédiction.
L'arbre de Vie où naît le fruit éternel tressaille dans ses générations :
CORON A BENIGNITATIS
Voici le mâle admirable qu'une Vierge met dans les bras de Siméon !
Mères et patriarches, réjouissez-vous, ancêtres de Jésus-Christ !
De l'os qui est issu de vos os sort le Vengeur dont il est écrit.
Et bientôt au travers de tous les morts l'un sur l'autre engendrés qui le recouvrent,
La terre jusqu'au profond Adam tremble et s'entr'ouvre !
De la gêne et du noir cachot s'élèvent les voix exténuées
Des âmes gémissantes et disantes : O mon fils, tu es arrivé !
Jusqu'à ce que le Vivant lui-même demande passage à ce seuil de la Mort qu'il n'a point créée,
Et que précédant l'Ame-Dieu, au Samedi de sa descente,
Un Ange d'un coup formidable heurte aux portes retentissantes !
Mais déjà l'aube blanchit sur le désert, de ce jour qui ne finira plus,
Le point de notre premier jour chrétien, l'an Premier de la grâce et de notre salut !
Ici-bas et ci-après Dieu est avec nous pour toujours,
Pour tant que nous serons à lui, et pas même ! car le propos en nous est court.
Et tout de suite nous allons refaire le mal, mais nous avons un recours
A ce cœur dans le tabernacle qui est si faible pour nous et si plein d'amour !
C'est vraiment le jour de Noël tout d'or pur qu'aucun mal ne corrode.
Demain, puisqu'il le faut, nous servirons le cruel Hérode,
Reprenant l'outil de l'artisan et le siège de l'employé.
Moi, j'habite la joie divine, comme Joseph le charpentier,
Voyant à côté de moi ce petit enfant, qui est Notre-Seigneur,
Et Marie, notre mère, qui ne dit rien, et conserve ces choses dans son cœur.