MÉMENTO POUR LE SAMEDI SOIR
Psaume d'Asaph, « Parce qu'Éternelle est Sa miséricorde »,
Psaume donné aux enfants de Coré pour la lyre décacorde,
Psaume du roi David quand il se cachait dans la caverne d'Adullam,
Psaume à cause de mon fils Absalon quand les eaux ont pénétré jusqu'à mon âme,
Psaume du roi Salomon quand le Temple fut dédié,
Psaume de Jérémie et d'Eçéchiel pendant les Soixante-dix Années,
Cantique de Siméon, cantique de Zacharie, Élévation de la voix de Très-Sainte Vierge Marie,
Sur l'Empire terrassé Te Deum d'Augustin et d'Ambroise,
Vocifération dans les Conciles du Credo de Saint Athanase,
Séquence de Nottker, prose d'Adam de Saint- Victor,
Introït de la Grand'Messe de Pâques, entonné par le Prœcantor,
Chant perçant de l'orphelin, sanglot dans le cœur du sourd,
Et latin de Paul Claudel aux derniers jours !
Agréez cette voix étrange d'âge en âge et cette courte parole
D'une voix seule qui est au-dessus des autres voix comme le chant du rossignol.
COR ON A BENIGNITATIS
Poème de Paul Claudel qu'il composait en Asie, Loin de la vue de tous les hommes, au temps de la grande Apostasie,
Flûte basse sous le bruit profane insolente comme une trompette,
Articulation dans le chaos de la phrase forte et nette.
y 'ers arides et trait ardent de son cœur vers la patrie,
Comme il marchait le long des murs de Cambaluc, écoutant le coucou de Tartarie.
Ou sous un saule vermineux, près d'une grande tache de sel,
Sur une terre à moitié détruite, mangée d'eau sale et de ciel.
Ah, que ma langue se dessèche, expire en moi le souffle même, Si mon âme jamais s'oublie de toi, Jérusalem !
Comme le voyageur sur sa bête qui soupire et regarde l'étoile interminable,
C'est ainsi que mon cœur désire vers les sources désirables !
Là c'est le même silence et c'est la même nuit, Mais le temps est derrière moi et je sais que tout est fini.
Et tout-à-coup, subit et pur, j'entends dans le vent du jour qui se lève
L'Oiseau du ciel qui reprend le Capitule et la Leçon brève.
CORON A BENIGNITATIS