‹ Corot; biographie critiqueChapitre 4 sur 12 · COROT PAR LUI-MÊME · texte numérisé non relu

COROT PAR LUI-MÊME

(Musée du Louvre.)

Le CoLisÉE

Le voyageur partit par la Suisse et fut deux mois en route. Il arriva à Rome dans les derniers jours de novembre, par la pluie : ce qui fut pour lui un désenchantement. Mais, le soleil ayant bientôt reparu, il se mit tout de suite à la besogne. Ses premières études d'Italie sont des merveilles de limpidité atmosphérique. Témoin ce Cotisée pris de la terrasse du Palais Farnèse^ dont l'image se présente ici (PI. 2). C'est l'œuvre à laquelle le peintre avait passé la plupart des matinées du mois de mars de Tannée 1826. Il la chérissait à cause des douces heures qu'elle évoquait à sa mémoire. Jamais il n'avait consenti à s'enséparer, et ill'aléguéelui-môme «au Muséum », comme dit l'archaïque dédicace inscrite par le donateur au revers de la toile. Cette petite peinture marquait un moment décisif de sa carrière. Lorsqu'il y travaillait, elle avait attiré les regard s d'un passant. Ce passant, qui se nommait Aligny, jouissait d'un talent qui en faisait une autorité. Entendre cette bouche proférer : « C'est très-bien », quel encouragement pour un jeune peintre dont l'application consciencieuse n'avait encore provoqué que la raillerie, les camarades qu'il rencontrait étant habitués à traiter la nature avec moins de respect et de fidélité. La reconnaissance de Corot pour Aligny, qu'il proclamait son véritable maître, dura toute sa vie. Aligny lui ayant conseillé de dessiner beaucoup au

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cravon et à la pluiiic pour extM'ccr son œil à l'approcialioii exacte des i'onnes et des valeurs, ahslraction faite de la couleur, le disciple obéit ; et ses cartons s'emplirent d'études sévères, où les branches d'arbres elles quartiers de rochers étaient disséqués avec des soins d'analoniisle. La palette à la main, il ne se montra pas moins exigeant pour lui-même. Ce rigoureux apprentissage ne fut pas exempt de soucis. Ceux que le travailleur eut à supporter sont révélés par sa correspondance avec un ami (ju'il avait laissé à Paris. Il écrivait un jour à cet intime : « Ma peinture, par moments, me paraît bien mauvaise, malgré que quelques-uns me disent que j'ai fait des progrès. Je n'ai qu'un conseil à te donner : ne fais jamais de peinture si tu veux vivre heureux. »

Mais, après un découragement comme celui-là, il n'était pas long à reprendre 1e dessus, et l'enthousiasme succédait bientôt à la démoralisation. Les deux ans qu'il passa en Italie furent employés à un labeur acharné. L'été, il quittait Rome pour séjourner soit dans quelque gorge sauvage de la Sabine, soit sous les ombrages plus riants de Tivoli ou d'Albano. Ariccia, avec son église à large coupole, lu'i plaisait particulièrement. Une bande de joyeux camarades, qu'il animait lui-môme de sa gaîté native, l'accompagnait dans ces campagnes, et les murs de l'auberge de la Sibylle, à Tivoli, gardèrent longtemps le souvenir de leurs innocentes gamineries, dans une fresque oii Corot figurait au milieu d'un cortège caricatural, brossé avec humour par un de ses compagnons de folies. Mais, ni le charme de cette existence

sans conlrainle, ni l'application au travail ne prévalaient contre l'image chérie du foyer familial, emportée dans son cœur par le lils de la modiste parisienne. Malgré les enivrements de la terre classique, sa pensée habitait rue du Bac. L'idée du retour épanouissait son àme tendre, qui se confessait dans une lettre adressée à un familier des siens peu de temps avant son départ pour la France, a J'ai le projet, disait-il, de quitter l'Italie au mois de septembre prochain... Vous concevrez mon bonheur alors, au milieu de mes parents et amis^ livré à l'étude de mes tableaux. N'étant plus distrait par le beau ciel et les beaux sites, j'y serai tout entier et, après mon travail, j'aurai en perspective une soirée agréable pour me délasser et me rafraîchir pour le lendemain. Il y a douze ans, je rêvais ce bonheur. J'y touche. Que la fortune ne vienne pas me l'enlever. » 11 quitta Rome, comme il l'annonçait à son correspondant, en septembre 1828. Le désir de connaître Venise l'engagea à faire un détour, au lieu de rentrer tout droit; mais il n'y séjourna guère et, après quelques jours seulement passés au bord de l'Adriatique, s'empressa de regagner la maison oià l'attendaient ces parents qu'il aimait d'une tendresse de petit enfant. L'Italie le suivait. 11 la rapportait tout entière dans son bagage. Elle rayonna toute sa vie sur les murs de son atelier, ainsi que dans le trésor de sa mémoire.

La C.VTIlKDnALE DE ClIARTRES

Le père Corot paya à son (ils un atelier, où celui-ci composa des tableaux pourle Salon d'après ses études italiennes. 11 V fit poser pour leur portrait tous les enfants de sa sœur, les uns après les autres, ainsi que la vieille bonne qui les avait élevés; et puis, aussi, les plus gentilles ouvrières de la liianian, apportant à la reproduction de ces figures familières tout le soin qu'il avait mis à se peindre lui-même avant son voyage au delà des monts. En ce temps-là, oCi l'on ne soupçonnait pas encore que les images pourraient un jour se fixer toutes seules sur une plaque de verre pour être ensuite transportées sur une feuille de papier, le portraitiste jouissait d'an rôle iconograpliique dont l'invention de la pbotograpbie l'a presque complètement dépouillé au profit de cette rivale. Les œuvres du paysagiste, quand elles reproduisaient un site ou un monument marquant, possédaient également une valeur documentaire que la divulgation pbotograpbique des mêmes représentations a, sinon abolie, du moins considérablement diminuée. Corot se mit à peindre en chambre, pour les répandre, des vues du Château Saint-Ange ou de la place Saint-Marc, d'après celles qu'il avait prises sur nature. Mais, dès les premiers bourgeons, laissant là ces froides interprétations de luimême, il courait vers des motifs tout neufs. Le romantisme avait mis à la mode l'architecture du moyen âge. En route

(Uiché Yvon.

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