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sans qu'on pensât à la lui offrir : n y avait-il pas \ ingl-deux ans qu'il portail la croix de chevalier? Mais, c'étail un homme qui ne sa\;ùt rien demander pour lui. et qui excellait à se laisse]- oublier. L'Étal pensa encore à lui à l'heure «les achats du Salon. La Matinée à Ville-d 'Avray l'ut acquise et partit pour Rouen. Rouen n'était point une ville indifférente. pour lui. l'ne partie de sajeunesse détail écoulée là. C'était là que. collégien, il avait fait ses humanités; là qu'il s'était risqué plus tard à peindre son premier paysage sur nature. Donner son œuvre au Musée d'une ville que chérissait sou cœur, et dont la beauté avait en outre subjugué plus d'une fois ses pinceaux, c'était ajouter à l'hommage dont son talent était L'objet une délicate attention, à laquelle il se montra particulièrement sensible. Autrefois, au temps de sajeunesse. une fois que le gouvernement de Louis-Philippe lui avait acheté une de ses toiles, on lui avait demandé' où il désirait qu'elle allât. «ARouen, » avait-il répondu. Mais un député avait réclamé le tableau pour le musée de sa circonscription. Cette circonscription. elle n'appartient plus à la France. Le Corot esl devenu allemand avec .Met/et son musée. Grâce à Dieu, la Matinée à Ville-d' Avray jouit d'un meilleur destin : nulle concession .à la politique ne l'a détournée delà destination conforme aux vœux de son créateur.
8i COROT
La femme a la perle
Corot appartenait par sa naissance à une époque où, dans le domainede la peinture, les genres étaient nettement délimitée etoù le paysagiste n'abordail la (igure qu'en maraude. Cela ne l'avait pas empêché, on le sait, de s'instituer, ar* son jeune Age, le portraitiste de sa famille et de ses amis. Cependant, en dehors de ces « mouvements du cœur », qu'il dissimulait au public, ses figures ne furent longtemps pourlui que des exercices préparatoires en vuede ses paysages animés « dans la manière historique » Sur le tard, il s'affranchit de ses scrupules et transgressa hardiment les canons de l'École. En 18(j!l. en même temps qu'un nouveau Souvenir de Ville-d \Avray ', il exposait Une Liseuse. Cette Liseuse, d'une humanité très moderne, s'écartait de ses contemporaines par une certaine bizarrerie d'accoutrement. Le peintre, qui s'improvisail le couturier de ses modèles, inventait à leur usage les agencements les plus imprévus. Le fondde sagarde-robe féminine venait d'Italie; mais il n'avait nul souci de faire de* Italiennes pur sang avec les faubouriennes de Montmartre ou de Montparnasse qui hantaient son atelier, prêtant à ses pinceaux pour quelques heures leurs formes et leurs carnations juvéniles, comme un exemplaire plus ou moins impersonnel des grâces accordéesà la femme parle Créateur. Tel de ces corps inspirateurs, dépouillant toute parure, se montrait dans sa
nudité el s'appelait Naïade ou Bacchante. Tel autre, drape de quelque étoffe molle et transparente, figurait la nymphe Eurydice ou la Muse Calliope, au front ceint de l'épique laurier. La plupart, affublés d'oripeaux sans signification, appartenaient par leur costume au royaume delà Fantaisie. C'est le cas de celte héroïne au regard clair, qui habite depuis peu le Louvre, et qu'une tradition inexpliquée veul qu'on appelle La Femme à laperle\ PI. 19). En peignant ce visage suggestif, on dirait que Corot pensa simultanément à la Belle Ferronnière et à la Joconde. La grâce du légendaire sourire, mystérieusement envolé dechez nous, reviten partie surces lèvres plus jeunes. Cependant celte nouvelle Jocond n'a d'italien que quelques pièces d'un costume dans l'ensemble assez artificiel. La personne n'avait pas vu le jour au delà des monts. Le pavé de Paris avait produit cette Heur dont la beauté s'épanouissait dans les ateliers d'alors et stimulait L'inspiration des peintres. Berthe (c'était son nom) fui traduite par chacun àsa manière ; mais nul, que je sache, n'anima ses traits d'un charme aussi pénétrant. Ce n'est pas une perle qui brille su r si m Iront : c'est une maigre feuille qui s'échappe de sa couronne rustique. L'i Perle, c'est ellemême, grâce à l'orient dont le divin artiste a doté sa prunelle. Corot supplée Léonard, et sa candeur le rend égal à cette
tache.
Le pont de Mantes
Telles étaient les distractions de l'arrière -saison ou de l'hiver, lorsque la bise ou les frimas commandaient de remettre à plus tard les rendez-vous avec dame Nature. Mais la maîtresse bien-âimée gardait le cœur de son amoureux, qui s'envolait vers elle au premier sourire du zéphir. Yille-d'Avrav avait une rivale qui s'appelait Mantes. Elle lui disputait souvent ses faveurs, grâce aux: prestiges de celte rive de Seine où se mire, avec une végétation d'idylle, le caprice des architectures pittoresques. Que de fois il s'était complu à deviner, à travers les peupliers et les saules, les tours jumelles de l'aérienne cathédrale; que de fois il les avait fixées sur la toile et traitées, suivanl l'heure et le temps, dans une gamme joyeuse ou mélancolique! Celte cathédrale <le Manies, Corot l'a faite sienne par droit de conquête. Il s -est approprié de même Le Vieux pont, aux arches trapues qui enjambent lourdement le fleuve, chargées du poids d'antiques masures qui furent des moulins. Ce motif, bien l'ait pour capter l'enthousiasme du paysagiste, fut pendant trente ans un de ses thèmes favoris. Il ne s'en lassa jamais. A soixante-dix ans passés, il traçait avec une émotion conimunicative le portrait définitif qui figure ici (PI. 20). Cettepetite toile, touthumide de rosée, embaumel'air frais. Quelles bonnes matinées celui qui l'a peinte apasse'es
sur cette berge printanière! Qu'il y fui heureux, et comme il a bien su nous le faire comprendre !
En dehors du plaisir de [teindre. Corol trouvail à Mantes le charme de la plus cordiale hospitalité. Lue famille de vieille bourgeoisie, liée avec la sienne définis de longues années, lui réservai;! lé plus prévenant des accueils dans son intimité paisible. On flattait ses habitudes et ses goûts. Toujours la même chambre, dont la fenêtre, ouverte sur la vallée, embrassait un vaste horizon et offrait un observatoire idéal à ce contemplateur passionné du ciel et de ses féeries. Cette chambre, celui qui écritees lignes se rappelle avec émotion la visite qu'il fut admis à en taire, et il garde la mémoire d'un trumeau i|iii. orné, paraît-il, un beau soir d'un magistral fusain par l'hôte de ces lieux, s'en trouva malencontreusement dépouillé le lendemain matin par le zèle d'une servante insensible aux séductions de Fart. L'aimable cicérone, témoin jadis du coup de plumeau intempestif, sur les lèvres duquel j'en recueillis le récit, m'avait fait précédemment les honneurs de certaine n salle de bain « entièrement décorée parCorot, au temps de sa jeunesse enfiévrée de souvenirs italiens, et garnie, sur toutes ses faces, de peintures rappelant les sites les plus célèbres du noble pays de ses rêves. Le souvenir de l'artiste, choyé en celle demeure pendant Imite sa vie île fécond producteur, l'emplissait encore. I ne impression inoubliable de piété tendre s'en dégageait pour un visiteur disposé à partager le même culte, et a laissé dans la nié' moire de ce passanl une I race à jamais durable.
L'atelier
L'àme sereine de Corot devait maudire la guerre et ses horreurs. Notre agression par l'Allemagne le confondit. Tandis que le canon se mettait à gronder sur la frontière, il s'enferma avec sa sœur à Ville-d'Avray, refusant les invitations de ses amis. « Ce serait bon. répondait-il à l'un d'eux, d'étudier ensemble cette belle nature qui, elle, se fiche pas mal des folies des hommes. » Mais il n'osait pas s'éloigner en de telles conjonctures. Lorsque Paris se trouva bientôt menacé, le vieux Parisien rentra dans ses murs et réintégra l'atelier de la rue Paradis-Poissonnière, à l'heure même où les portes de la ville se fermaient. Malgré ses soixante-quatorze ans sonnés, il parlait gaillardement d'aller monter la garde aux remparts. Mais il avait mieux à faire. Sa peinture était devenue une mine d'or. II battit monnaie avec acharnement au profit des infortunes causées par le malheur des temps. Son ingénuité lui dicta un jour une démarche touchante. Le maire de son arrondissement recevait ce jour-là de lui une lettre bourrée de billets de banque avec ces mots : « Monsieur le maire, je consacre l'argent ci-joint à la confection de canons pour chasser les Prussiens des bois de Ville-d'Avray. »
faute de se trouver en âge de servir la patrie d'une manière plus directe, il se cloîtra des journées entières dans le lieu dont il a peint lui-même plusieurs fois l'image,
Pu. 19.