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SES CONFRÈRES ET SES ADMIRATEURS JUIN

Et Corot, les yeux baignés de larmes, dit tout bas à M. Marcotte, assis à son côté :

— On est bien heureux de se sentir aimé comme ça.

Malgré les efforts qu'il fit, ce soir-là, pour retrouver un peu de son

FRANCE, — PEINTRES

exubérante gaieté, Corot ne put tromper ses amis sur la gravité de son état. C'était bien fini pour lui; le dénouement fatal n'était plus qu'une affaire de quelques semaines.

Le mal fit des progrès rapides et, dès le 1 1 février, une ponction fut jugée nécessaire pour ralentir l'envahissement de l'hydropisie. Français, son compagnon de toute la vie et son élève favori, craignant un jour de le fatiguer, voulut se retirer. « Reste, mon enfant, lui répondit Corot, tu me fais plaisir, tu me fais du bien. »

Et après quelques instants de silence, où comme dans un rêve, il voyait venir l'heure qui devait l'emporter, il ajouta : « Me voilà presque arrivé à la résignation, mais ce n'est pas facile, et voilà longtemps que j'y travaille. Pourtant je n'ai pas à me plaindre de mon sort, bien au contraire; j'ai eu la santé pendant soixante-dix-huit ans, l'amour de la nature, de la peinture et du travail; ma famille se composait de braves gens, j'ai eu de bons amis et crois n'avoir fait de mal à personne ; mon lot dans la vie a été excellent, et, loin d'adresser aucun reproche à la destinée, je ne puis que la remercier. Il faut partir, je le sais, et ne veux pas y croire; malgré moi je conserve encore un peu d'espérance. »

En parlant ainsi, ce que Corot voulait, c'était surtout donner un peu d'espérance à Français, dont il connaissait et appréciait l'inébranlable attachement, et qui ne devait plus le revoir. Quelques jours après, en effet, Corot, se sentant plus épuisé, fit demander M. le curé de Coubron, qu'il connaissait et avec qui il désirait s'entretenir : « Mon père est mort ainsi, dit-il simplement, je veux faire comme mon père. »

Le 23 février 1875, il parut plus agité; il tenait ses doigts placés autour de pinceaux imaginaires, et murmurait d'une voix saccadée, hachée par la fièvre: «Vois-tu comme c'est beau! Je n'ai jamais vu d'aussi admirables paysages ! »

Comme sa bonne voulait lui faire prendre quelques aliments, et qu'il s'y refusait : « Aujourd'hui, fit-il avec cette philosophie des consciences robustes et cette intuition de la dernière palpitation de la vie, aujourd'hui, le père Corot déjeune là-haut ! »

Il mourut en effet ce même jour, à onze heures du soir.

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