‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 19 sur 79 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

mént^ mais où son tempérament n^était pas à Taise. De là vient Tinattention, le demi-dédain qu^on avait pour ses ouvrages.

On était cependant attiré alors vers les novateurs qui, à la suite de Géricault, cherchaient à secouer le joug des traditions, en paraissant oublier que le grand talent est toujours libre, se fait écouter d^où quùl vienne, et s’impose, comme Tavaient prouvé David rompant avec son époque pour remonter à Tantiquité ; Prud’hon, qui avait retrouvé sa parenté avec le Corrége ; Gros, qui ne ressemble à personne, puis Ingres, le serviteur respectueux des errements des maîtres de la Renaissance , marchant aussi seul et dans sa foi.

Mais révolution romantique est venue tout autant des écrivains que des artistes, et ses précurseurs datent de la fin du xviiT siècle, depuis Bernardin de Saint-Pierre et Jean- Jacques Rousseau jusqu’à Goethe, Byron, Victor HugO’ et Lamartine. Un mouvement considérable s’était produit dans la littérature étrangère, aussi bien qu’en France, et en vertu de cette impulsion la vitesse acquise

COROT

arrivée à son dernier ' terme allait produire Féclosion d^un art qui se croyait puisé à des sources nouvelles, tandis qu’en réalité il était tout charg-é de réminiscences, ainsi qu’il arrive aux civilisations déjà vieilles, en quête d’une naïveté qui n’est plus dans leur essence. La mise en œuvre de ces éléments divers fît naître une sorte d’éclectisme qui détruisit l’unité des productions d’un même temps et donna comme un alliage provenant de la fonte de différents métaux réunis ensemble à la sortie du creuset.

Le Salon de 1822 en fournit l’exemple : à coté de la Barque du Dante^ d’Eug-ène Delacroix, se tient Corinne sur le cap Misène, et il y a de tout dans ces deux toiles, même une parcelle de génie, mais elles sont d’un ordre composite, si l’on peut ainsi dire, et bien loin de la naïveté. La mêlée existait aussi dans le paysage ; après la mort de Michallon, la division s’était accentuée ; Victor Bertin avait encore ses partisans, mais le plus g-rand nombre penchait pour Watelet ou pour Paul Huet.

Un autre parti commençait à paraître, venant de l’étranger, et on regardait curieusement les ouvrages de deux peintres anglais.

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