CHAPITRE DEUXIEME
justes et que^ comme Rubens lorsqu'il a reproduit d^autres maîtres^ il y aurait mis sa personnalité.
De ce voyage, Corot rapporta des études de marines et des vues prises dans le Tyrol italien dont il s’inspira pour composer des tableaux*, Fun d’eux est inscrit au livret de 1835 : Vue prise à Ripa [Tjrol italien). Peut-être a-t-il trouvé aussi dans cette contrée le motif du paysage avec figures intitulé Diane surprise au bain, exposé l’année suivante en même temps qu’une Campagne de Rome , et Effet ddiiver. Cette toile fut remarquée et obtint l’honneur d’une citation de la part d’un délicat, d’un très-grand poëte. Alfred de Musset, pour cette fois seulement, fit, cette année-là, — 1836, — le Salon dans la Revue des Deux Mondes, et parmi les jeunes paysagistes dont les œuvres méritent de fixer l’attention, il nomme « Corot, dont la Campagne de Rome a des admirateurs » ; ce fut son premier succès en face du public ; quoique mince, il avait son prix, si l’on considère, rapprochement singulier, que ce mot d’encouragement venait d’un poëte et s’adressait à un autre poëte bien fait pour l’entendre.
COROT
Entre ces deux esprits Faffinité devait être facile^ et le peintre répondit dans la suite au petit éloge qu^il avait reçu en faisant le tableau qu^il a intitulé V Etoile du soir^, Tune de ses compositions les plus délicieuses^ pleine de rêverie^ peut-être la meilleure de son œuvre à cette époque^ au dire de juges très-expérimentés % et tout à fait digne des vers d^ Alfred de Musset ;
Pâle étoile du soir, messagère lointaine,
Dont le front sort brillant des voiles du couchant.
De ton palais d’azur, au sein du firmament.
Que regardes-tu dans la plaine?
Gustave Planche, — qui fut un des nôtres, — parle de Corot en 1837, à propos du Saint Jérôme, qui est le tableau donné à Téglise de Ville -d^Avray, il y a vingt-six ans, et il le traite assez sévèrement. Lui qui souhaitait si fort le renouvellement du paysage et £t connaître un des premiers (Salon de 1833) fluence exercée par Técole anglaise, il n^a pas
1. Il était à l’exposition du boulevard des Italiens en février 1860.