‹ Corot, souvenirs intimesChapitre 23 sur 79 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

compris tout de suite la tendance vers Fidéal qu^apportait le nouveau venu dans la peinture ; cependant il désirait que « sa voix fut entendue, que les peintres et les sculpteurs comprissent le néant du réalisme. Je voudrais que mon opinion, qui n^est pas une opinion solitaire, trouvât des échos de plus en plus nombreux, et convertît à Ihdéal tous les esprits qui s^obstinent dans Fimitation prosaïque de la nature. Je ne demande à mon pays qu^un retour à Fidéal. »

Il prenait, comme on voit, les choses de haut, étant bien persuadé que les arts sont une puissance considérable dans FÉtat, quhls ont un grand rôle sur la marche de la civilisation, et marquent le progrès et la décadence des peuples. Il était dans le vrai et soutenait les saines doctrines ; Fon s^étonne un peu, après cela, quhl n’ait pas compris Corot à livre ouvert. Il ne fut pas long, du reste, à reconnaître son mérite. L’année suivante, après avoir constaté que le tableau de Silène « est à peine remarqué », il ajoute : « Le paysage est conçu de telle sorte qu’il se passerait très-bien des figures »^, et par-

COROT

tant de là^ il eng-age l’artiste^ s^il veut en placer dans ses compositions, à ne pas oublier que Poussin a toujours étroitement relié ses figures et ses paysages ; enfin il reconnaît qufil s’occupe de l’idéal et que son ambition mérite d’étre applaudie.

Il s’exprime encore plus nettement en 1840 : U Ce paysage, dit-il, en parlant d’un Soleil couchant^, est d’un aspect délicieux, et cause le même plaisir que la lecture d’une belle idylle antique. » Cette fois, la glace est rompue, la note est juste et l’admiration est complète, sauf quelques réserves se rapportant à l’exécution.

Mais cette exécution tant attaquée, n’est-il pas possible de la défendre, malgré la grande autorité de l’éminent critique, et d’expliquer qu’elle est incomplète plutôt en apparence qu’en réalité ? La facture, le procédé, q’est le métier qu’il faut avoir dans la main, comme l’ouvrier qui doit savoir se servir de son outil, mais quand même il en connaît l’emploi, cela ne dit pas qu’il fera bien sa besogne. Non, le

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